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Une étude souligne la nécessité d’un plan de traitement personnalisé pour traiter la schizophrénie

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Actualités

Par Helen Buttery

Hiver 2005-2006, Vol 9 n°2

 

Nouveau ne veut pas nécessairement dire meilleur. Du moins pas lorsqu’il s’agit d’antipsychotiques utilisés pour traiter les personnes atteintes de schizophrénie, selon les résultats d’une étude publiée dans le New England Journal of Medicine. Cette étude, financée par le National Institute of Mental Health de Bethesda (Maryland) est la plus vaste étude clinique de ce type. Au lieu d’une étude contrôlée visant à vérifier la conformité par rapport aux normes de sécurité et d’approbation du gouvernement, les recherches se sont concentrées sur l’efficacité réelle de certains médicaments déjà présents sur le marché.

L’étude (Clinical Antipsychotic Trials of Intervention Effectiveness – CATIE) s’est penchée sur près de 1 500 personnes prenant des antipsychotiques et a comparé l’efficacité globale des antipsychotiques de seconde génération, plus récents (olanzapine, quétiapine, rispéridone et ziprasidone) avec l’un de leurs prédécesseurs de la première génération, à savoir la perphénazine.

Selon le DRobert B. Zipursky, directeur clinique du Programme de traitement de la schizophrénie au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) de Toronto et vice-président de la recherche au département de psychiatrie de l’Université de Toronto, « nouveau ne veut pas nécessairement dire meilleur ». L’étude a révélé que l’olanzapine était modérément plus efficace, devançant de peu les autres antipsychotiques, notamment ceux de la première génération.

Pour le DZipursky, ce résultat confirme ce que lui-même et ses collègues du Programme de traitement de la schizophrénie soupçonnent depuis des années : « cette étude confirme que les médicaments plus récents ne sont pas plus efficaces pour contrôler les symptômes de la schizophrénie ».

Cependant, prévient le DZipursky, cette conclusion ne signifie pas pour autant que les antipsychotiques plus anciens soient « raisonnablement égaux » en ce qui concerne le traitement. Les médecins et leurs clients doivent trouver un compromis entre l’efficacité et les effets secondaires au moment de choisir le médicament approprié. Un traitement efficace pour une personne peut ne pas l’être pour une autre. Selon le Dr Zipursky, « les effets secondaires varient et la probabilité qu’une personne interrompe son traitement varie également selon le médicament ; les personnes étaient moins susceptibles d’interrompre un traitement à l’olanzapine ».

La conception unique de l’étude a permis aux chercheurs d’établir ces distinctions. Pour le Dr Donald Addington, directeur du Regional Clinical Department of Psychiatry de la région sanitaire de Calgary et chef du département de psychiatrie de l’Université de Calgary, « cette étude représente un changement important dans la conception des essais cliniques pharmacologiques pour la schizophrénie. Elle a été commandée par un organisme gouvernemental qui s’intéresse aux avantages cliniques pour les patients et aux coûts pour le système de santé. » Cela pourrait aussi avoir d’éventuelles conséquences sur la manière dont les cliniciens perçoivent ces médicaments.

Contrairement aux essais de médicaments habituels, qui testent l’efficacité d’un médicament et qui sont parrainés par des entreprises pharmaceutiques souhaitant obtenir l’agrément de Santé Canada ou, pour les États-Unis, du secrétariat américain aux produits alimentaires et pharmaceutiques, cette étude parrainée par le gouvernement visait à établir l’efficience des médicaments. Efficacité et efficience sont deux notions complètement différentes.

Les études de l’efficacité (souvent conçues sous la forme d’essais contrôlés) sont réalisées dans des conditions expérimentales contrôlées pour savoir si un médicament fonctionne. Par exemple, une étude peut examiner 250 hommes schizophrènes âgés d’une trentaine d’années et n’ayant aucun autre problème de santé – ce qui n’est pas un échantillon réaliste du groupe de personnes qui prennent ces médicaments. Pour corriger ce problème, l’étude CATIE s’est intéressée à l’efficience des médicaments – en d’autres termes elle a tenté de montrer s’ils fonctionnaient dans des conditions de la vie réelle. Selon le Dr Addington, « certains patients souffrent d’une cardiopathie et d’autres pas ; certains sont âgés et d’autres jeunes. Toutes ces variables qui portent à confusion sont supprimées lors d’un essai rigoureusement contrôlé ».

Avec l’ensemble de leurs caractéristiques individuelles, les participants ont poursuivi le traitement à l’olanzapine un peu plus longtemps que les autres médicaments. Avant 18 mois, le taux d’interruption pour l’olanzapine était de 64 pour cent tandis que pour les autres médicaments, le taux se situait en moyenne à 74 pour cent. Ces taux peuvent sembler élevés mais, selon le DAddington, il sont assez typiques des personnes schizophrènes. Le Dr Addington attribue cette tendance à ce qui est souvent un manque de conscience de la nécessité de l’observance thérapeutique, un scénario que l’on retrouve souvent avec les autres programmes de médication compliqués utilisés pour soigner d’autres maladies à long terme comme le diabète. Selon lui, « il est tout à fait humain de ne pas vouloir être piégé par un schéma thérapeutique compliqué ».

Cependant, l’olanzapine avait bien le plus faible taux d’interruption, amenant les chercheurs à conclure que ce médicament était le plus efficient. Le DAddington explique : « Conclusion intéressante, parce que l’olanzapine est associée à une importante prise de poids et qu’il s’agit du médicament le plus cher. Il existe manifestement des avantages globaux qui viennent compenser ces désavantages. » Toutefois, le fait que les résultats n’aient pas enregistré de variation significative entre ces médicaments est une leçon utile pour les cliniciens : les clients sont des êtres individuels – le traitement qui fonctionne dépend du client, et non du médicament le plus récent ou le plus efficace. Le Dr Addington met en garde contre une approche à l’emporte-pièce à l’égard de la prescription de médicaments. Les cliniciens doivent travailler avec chaque client pour voir comment il réagit à un médicament. Le Dr Addington se souvient d’un client qui avait des antécédents familiaux de diabète. Comme l’olanzapine entraînait une prise de poids, il a arrêté son traitement. « Chaque personne a des valeurs différentes. Il ne s’agit pas uniquement de traiter la schizophrénie. Il s’agit de traiter une personne », déclare le Dr Addington.

 

Cette conclusion ne signifie pas pour autant que les antipsychotiques plus anciens soient « raisonnablement égaux » en ce qui concerne. Les médecins et les clients doivent trouver un compromis entre l’efficacité et les effets secondaires au moment de choisir le médicament approprié. Un traitement efficace pour une personne peut ne pas l’être pour une autre.