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Selon un sondage, la santé mentale des Canadiens et des Canadiennes est médiocre mais peu d’entre eux cherchent à se soigner

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Actualités

Par Nate Hendley

Printemps 2004, Vol 7 n°3

 

D’après un sondage inédit, dont les résultats ont été annoncés en septembre par Statistique Canada, un Canadien ou une Canadienne sur dix aurait eu un trouble psychiatrique au cours des 12 derniers mois. Certains troubles tels que la dépression seraient aussi communs que le diabète, les maladies cardiovasculaires et les troubles thyroïdiens.

L’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) se base sur des données collectées en 2002 auprès de 37 000 personnes de tout le Canada. Pour cette enquête, on a demandé aux participants s'ils avaient eu un des cinq troubles psychiatriques suivants : dépression majeure, manie, trouble panique, phobie sociale ou agoraphobie. On les a également interrogés au sujet de leur consommation d’alcool et d'une éventuelle dépendance à des drogues illicites.

D’après les réponses fournies, 4,5 pour cent des participants avaient eu une dépression majeure, 0,8 pour cent, un trouble maniaque, 1,6 pour cent, un trouble panique; 0,7 pour cent disaient avoir une agoraphobie et 3 pour cent, une phobie sociale. Une  dépendance à l’alcool a été signalée par 2,6 pour cent des répondants tandis que 0,7 pour cent d’entre eux ont dit avoir une dépendance à une drogue illicite.

En comparaison, 5 pour cent de la population canadienne a le diabète, 5 pour cent, une maladie cardiovasculaire et 6 pour cent, un problème thyroïdien.

Le taux élevé de maladies mentales s’avère coûteux pour le Canada. Selon l’Organisation mondiale de la santé, cinq des dix principales causes de déficience au monde sont liées à des troubles psychiatriques. Quant au ministère de Santé Canada, il a estimé qu’en 1998, 4,7 milliards de dollars des dépenses canadiennes en frais médicaux étaient imputables aux troubles psychiatriques. Et pourtant, en dépit du tort causé par ces troubles, l’ESCC a révélé que seulement 32 pour cent des gens qui en sont atteints cherchent à se faire soigner pa un professionnel.

Dr Alain Lesage, psychiatre montréalais et chercheur invité à l’école de santé publique de Harvard, offre plusieurs suggestions pour remédier à cette situation. Il demande instamment aux gouvernements provincial et fédéral de considérer les maladies mentales comme un problème de santé publique et de lancer une campagne de sensibilisation similaire aux campagnes antitabac ou à celles contre l’alcool au volant. Cette campagne, qui pourrait comprendre des annonces et des messages publicitaires des services publics, aurait pour objectif de réduire la stigmatisation des maladies mentales en même temps que de sensibiliser les gens à des troubles particuliers. Les organismes psychiatriques professionnels pourraient s'associer pour contribuer au succès de cette campagne ou lancer leurs propres initiatives de sensibilisation.

Dr Lesage ajoute que toute campagne de sensibilisation devrait mettre l’accent sur les coûts abordables d'une psychothérapie et ses avantages élémentaires. « Admettons, dit-il, que vous ayez besoin d’un traitement de 20 séances d’une heure chacune avec un psychologue. À raison de 70 $ de l’heure, cela vous revient en tout à 1 400 $ pour traiter un problème permanent. Même pour la personne à revenu modéré qui devra en assumer le coût, ce n’est pas une somme énorme. » Il souligne que la plupart des gens n’hésiteraient pas à dépenser une telle somme chez le dentiste.

L’ESCC a révélé que 26 pour cent des gens qui se font soigner s’adressent généralement à leur médecin traitant, tandis que seulement 12 pour cent d’entre eux font appel à un psychiatre et 8 pour cent consultent un psychologue.

Dr Lesage dit que les associations de santé mentale et les agences publiques de la santé ont besoin de renforcer les ressources psychiatriques à la disposition des médecins généralistes. Cela pourrait se résumer à leur fournir des renseignements précis sur les services de soins disponibles dans leur collectivité, pour qu'ils soient davantage en mesure de référer leurs patients à un spécialiste.

D’après les résultats de l’ESCC, ce sont les jeunes qui risqueraient le plus d’avoir un trouble psychiatrique ou un problème de dépendance. En effet, 18 pour cent des répondants de 15 à 24 ans ont affirmé avoir eu un trouble psychiatrique, comparés à 12 pour cent des répondants de 25 à 44 ans, 8 pour cent de ceux de 45 à 64 ans et moins de 3 pour cent des personnes âgées (plus de 65 ans).

Pourtant, les jeunes étaient les moins susceptibles de se faire soigner. Ils n’ont souvent pas suffisamment de connaissances sur les troubles psychiatriques pour chercher à se soigner ou pensent pouvoir surmonter seuls leurs problèmes. Le facteur communication entre aussi en jeu – comment s’y prendre pour atteindre les jeunes. Selon le DLesage, la meilleure façon de les atteindre est peut-être de se servir du relais des parents : éduquer les mères et les pères aux questions de santé mentale, en espérant qu’ils transmettent l'information à leurs enfants ou les guident par l’exemple (c’est-à-dire, en reconnaissant leurs propres problèmes et en se faisant soigner). Des parents éduqués devraient, à tout le moins, être bien placés pour reconnaître les signes d’une maladie mentale chez leurs enfants.

Bien que les experts recommandent à toute personne atteinte d’un trouble psychiatrique de consulter quelqu’un, ils affirment qu’il n’est pas essentiel de consulter un spécialiste tel qu’un psychiatre ou un psychologue. Les intervenants en santé communautaire, les médecins de famille, les infirmières, les groupes de soutien et les conseillers sont également capables de traiter des troubles psychiatriques, en particulier les moins graves.

Le Dr Lesage, quant à lui, dit : « Je compare la maladie mentale au diabète. Est-ce que vous voudriez que les gens consultent un spécialiste à chaque fois qu’ils ont un problème de diabète ? » Et d’ajouter : « S’il fallait que toutes les personnes atteintes d’agoraphobie consultent un psychiatre ou un psychologue clinique, le système de santé serait en faillite », ajoute-t-il.

Pour de plus amples renseignements sur l’ESCC et sur diverses enquêtes sur la santé publique, consultez le site Web de Statistique Canada,

 

Les gouvernements provincial et fédéral doivent considérer les maladies mentales comme un problème de santé publique et lancer des campagnes de sensibilisation similaire aux campagnes antitabac ou à celles contre l’alcool au volant.