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Le tout - puissant soutien des pairs

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Panser les blessures de stress opérationnel, notamment le trouble de stress post-traumatique : un succès pour un noyau de soldats

 

 

By Linda Hossie

 

Depuis qu’il y a des guerres, les soldats reviennent du combat avec des blessures psychologiques. La première réaction de stress de combat a été attestée par l’historien grec Hérodote en 490 av. J.-C. Dans son récit, celui‑ci décrivit le sort d’un soldat athénien qui n’avait subi aucune lésion corporelle mais qui était devenu aveugle après avoir vu un autre soldat mourir.

Pour la plupart des soldats, la preuve historique que ces blessures existent et sont réelles n’a été d’aucune aide. La panique, la désorientation et les flash‑back sont des symptômes classiques qui ont longtemps engendré un sentiment de honte et représenté tout ce qu’un « vrai » soldat ne ressentirait pas. La plupart des personnes qui ont connu de telles souffrances, ainsi que leurs familles, ont essayé de cacher leur affliction.

Dans l’armée, ce n’était pas mieux. Durant la Première Guerre mondiale, des centaines de soldats ont été exécutés pour lâcheté et désertion, bon nombre d’entre eux ayant porté les blessures psychologiques de la guerre. L’attitude de l’armée fut rendue notoire par le lieutenant-général George S. Patton, commandant de la 7e Armée américaine qui, le 3 août 1943, avait giflé un soldat hospitalisé pour une psychonévrose, l’accusant de lâcheté. Cet incident faillit mettre un terme à la carrière de Patton, mais son geste reflétait les idées véhiculées pendant des générations à propos des troubles liés au stress de combat.

Ce n’est qu’en 1980 que ces blessures — aléatoirement appelées « traumatisme dû au bombardement », « épuisement au combat » et soldier’s huart ou « trouble affectif du soldat » — ont été intégrées au Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux utilisé en psychiatrie, sous le nom de « trouble de stress post-traumatique » (TSPT).

Depuis, le milieu médical, le secteur militaire et le monde en général ont commencé, lentement mais sûrement, à prendre le TSPT plus au sérieux et à le considérer comme une affection soignable. Au moyen d’examens par imagerie à résonance magnétique, les médecins constatent à présent que les soldats qui reviennent du combat avec un TSPT ont au niveau du cerveau des marqueurs physiques qui expliquent les symptômes comportementaux qui accompagnent leur affection.

Le TSPT est une affection chronique grave qui peut créer chez les personnes qui en souffrent une prédisposition à la violence, aux dépendances et au suicide. Il y a des soldats atteints du TSPT qui n’ont pas quitté leur sous-sol depuis des années, un soldat qui, dans un acte désespéré attribuable à son état affectif, s’est encastré avec son véhicule utilitaire sport dans un bâtiment de garnison et un autre qui s’est réveillé en train d’empoigner sa femme à la gorge. Parfois les familles de soldats se désintègrent sous le poids du combat qu’elles mènent pour surmonter l’éventail de symptômes invalidants.

En 2008, Roméo Dallaire, lieutenant-général retraité qui avait commandé les forces des Nations Unies au Rwanda, décrivait un flash-back de 1997 à un comité parlementaire à Ottawa.

« Je voyageais avec ma famille à l'Île-du-Prince-Édouard. Nous roulions sur une route où étaient empilées, de chaque côté de la route, de grosses branches d'épinettes qui avaient été abattues. L'extrémité des branches faisait face à la route et les aiguilles étaient devenues brunes.

« J'ai eu immédiatement l'impression de me retrouver au Rwanda et de voir empilés au bord de la route les cadavres de Rwandais en décomposition. Cette impression était tellement forte que j'ai dû en fait m'arrêter et il m'a fallu beaucoup de temps et l'appui solide de ma famille pour me sortir de cet état. »

Le lieutenant-général Dallaire dit du TSPT qu’il est « de loin la blessure la plus courante de notre époque », mais les statistiques sont rares. Certains soldats rentrent chez eux avec des symptômes. D’autres voient les signes apparaître des mois, voire des années plus tard. Nombre d’entre eux ne demandent jamais d’aide et ne sont ni diagnostiqués ni recensés. Selon la méthode de comptage employée pour estimer sa prévalence, le TSPT frappe de 2 à 30 pour cent de la population militaire active.

Le lieutenant-colonel canadien Stéphane Grenier, qui a servi avec Roméo Dallaire au Rwanda, compte parmi les soldats qui en sont revenus avec le TSPT. Après une période de dépression et de désespoir au cours de laquelle il a échappé au suicide de justesse, c’est un officier supérieur compatissant qui l’a aidé à surmonter son problème.

Stéphane Grenier emploie le terme « permission culturelle » pour désigner le fait que, dans l’armée, le TSPT est reconnu comme une véritable blessure qui impose un traitement. Il a reçu cette permission d’un ancien patron, le colonel Chris Corrigan, qui lui a raconté avoir lui-même traversé un dur moment et eu besoin de prendre du temps pour s’occuper de lui-même.

L’empathie que lui a témoignée le colonel Corrigan a permis à Stéphane Grenier de comprendre l’avantage que les soldats pourraient retirer d’un soutien par les pairs; aussi a-t-il proposé un programme offrant ce type de soutien au sein de l’armée.

Il s’agit du programme Soutien social : blessures de stress opérationnel (SSBSO), établi en 2001 et aujourd’hui offert dans toutes les provinces. Jusqu’en 2006, il a été dirigé par le lieutenant-colonel Grenier, qui affirmait lors d’une interview qu’il avait dû « militer, débattre, faire face, protester et naviguer à contre-courant pour mettre ce projet en marche ».

« Vous savez, quand on est colonel et qu’on admet ouvertement souffrir d’un TSPT et de dépression et vouloir faire quelque chose pour aider les soldats et les familles qui passent à travers les mailles du filet, à droite et à gauche, on ne se fait pas d’amis. »

« Que font les soldats? demande-t-il. Ils obéissent aux ordres. Qualifier leur blessure psychologique de trouble, c’est leur retourner le fer dans la plaie ».

Les tensions politiques entre ses supérieurs et lui ont conduit le colonel Grenier, en 2006, à perdre l’emploi qu’il occupait au sein du programme SSBSO. Il a été déployé en Afghanistan et est retourné à un autre poste en santé mentale en 2007. Sa mission : organiser une formation à l’intention des soldats pour aider à réduire la stigmatisation de ceux qui souffrent de blessures liées au stress. Il a quitté l’armée depuis.

Le programme de formation qu’il a conçu dans le cadre de son dernier emploi de militaire s’appuyait sur les principes et les comportements de leadership et sur des discussions « détaillées et concrètes », explique‑t‑il. Des anciens combattants chevronnés ont été recrutés pour donner la formation et, au moment de dévoiler leurs propres luttes psychologiques à la fin de ces séances d’un jour et demi, ils avaient déjà démontré leur crédibilité en tant que soldats. Le colonel Grenier appelle cela « mettre à profit l’expérience vécue » pour réduire la stigmatisation.

Stéphane Grenier affirme que les préjugés subsistent, mais qu’ils ont diminué considérablement en comparaison de ce qu’ils étaient il y a 12 ans, quand il a révélé publiquement ses difficultés. À l’époque, dit‑il, l’effet était « glacial ». De nos jours, c’est comme un « vent froid d’automne ».

La stigmatisation empêche encore certains soldats de demander le soutien des pairs. Prenons, à titre d’exemple, un major retraité qui avait accepté de livrer son récit à la chronique CrossCurrents. Cet homme a été diagnostiqué du TSPT mais il s’oppose à ce diagnostic pour lui-même. Il veut bien admettre la dépression et l’angoisse, car celles-ci peuvent toucher des personnes qui n’ont pas fait de service militaire.

Admettre le TSPT, pense-t-il, ce serait admettre qu’il « ne peut pas gérer » les exigences de la vie militaire. Il deviendrait l’un de ceux que les soldats de sa génération ont appris à regarder avec mépris, exclu d’une communauté qui a été une famille pour lui durant la majeure partie de sa vie. Son père, ancien combattant de la guerre de Corée, a lui aussi été soldat, ce qui resserre encore davantage sa relation à cette famille.

L’emphase mise sur le terme « blessure » plutôt que « trouble » était l’innovation de Stéphane Grenier. Il a créé le terme « blessure de stress opérationnel » et cela s’explique en toute logique par sa connaissance de la culture militaire.

« Que font les soldats? demande-t-il. Ils obéissent aux ordres. Qualifier leur blessure psychologique de trouble, c’est leur retourner le fer dans la plaie ».

La principale raison d’être du programme SSBSO tenait au fait que les personnes qui comprennent le chaos et les bouleversements qui ont frappé les soldats atteints du TSPT sont les mieux placées pour les aider à l’accepter. Le succès du SSBSO a suscité un intérêt planétaire et des conférenciers en ont parlé en Europe, devant l’OTAN et aux États-Unis. Roméo Dallaire a été invité récemment à participer au congrès annuel de l’American Psychiatric Association pour discuter de la possibilité de remplacer le terme « trouble de stress post-traumatique » par « blessure de stress post-traumatique ».

« Jamais en cent ans je n’aurais cru que cette formule puisse devenir un terme clinique », affirme Stéphane Grenier.

Les personnes qui occupent les premiers rangs aux côtés des soldats canadiens sont leurs conjointes. Ces femmes reconnaissent l’importance du soutien des pairs parce qu’elles voient comment leurs maris agissent à la maison, avant et après leur déploiement. L’une d’elles affirmait que la rencontre d’autres soldats lors d’une thérapie avait été « la chose la plus utile » pour elle et son mari.

« Il s’est profondément lié d’amitié avec eux, dit-elle. Il leur téléphone tout le temps, ils discutent et ils savent tous de quoi chacun parle. C’est une vraie thérapie pour lui. C’est peut-être même mieux qu’un conseiller qui n’a aucune piste. »

L’histoire de cette femme, et celle de cinq autres conjointes de militaires, ont été citées dans une thèse de doctorat en psychologie de l’orientation présentée par Holly Beth McLean à l’Université de Colombie‑Britannique. Les maris de ces femmes faisaient tous partie d’un groupe de soutien non militaire appelé Transition Program for Canadian Soldiers.

À ce jour, 6 300 soldats ont profité des services de SSBSO. Bien que ce nombre semble peu élevé, Stéphane Grenier a fait remarquer que durant sa première année, le programme ne comptait que quatre travailleurs de soutien mais que leur nombre avait augmenté graduellement au cours des années suivantes.

« Durant les six années au cours desquelles j’ai géré ce programme, 70 pour cent de nos cas actifs concernaient des personnes extrêmement instables [mais] les soldats et les familles qui se sont prévalus du programme ont continué leur chemin et se sont engagés sur la voie de la guérison. »

Le programme offre un soutien par les pairs aux familles — à toutes les personnes qui vivent avec un soldat « qui a subi une blessure de stress opérationnel », raconte le major Carl Walsh, directeur national du programme SSBSO.

Lorsque les travailleurs chargés du soutien des pairs et un militaire portant une blessure de stress opérationnel se trouvent face à face, explique-t-il, l’un des principaux rôles de ces travailleurs consiste à « modéliser » le rétablissement de la personne en lui disant « voilà où tu pourrais être » quand tes symptômes se seront dissipés.

Les travailleurs responsables du soutien des pairs sont embauchés et formés par un docteur en psychologie et leur travail est supervisé en permanence, ajoute le major Walsh.

Le programme est également doté de personnel disponible sur place. Les soldats qui reviennent de mission sont soumis à ce qu’on appelle des « décompressions dans un tiers lieu » avec du personnel qui les informe des services auxquels ils ont accès pour un éventail de besoins éventuels.

Stéphane Grenier a souligné que le besoin pour un soldat d’obtenir l’aide du programme SSBSO dépend du soutien des pairs qui lui est accessible en dehors de ce programme. « Un grand nombre de commandants et d’unités sont très attentifs aux besoins des soldats qui éprouvent des difficultés, dit‑il. Les militaires qui se retrouvent chez nous sont ceux qui passent à travers les mailles du filet. »

Il a également fait remarquer que le programme actuel avait laissé tomber son « protocole d’autosoins à sept ou huit paliers ». Étant donné la nature très exigeante du travail de soutien des pairs, sous la direction du colonel Grenier, les travailleurs de soutien ont été vivement encouragés à suivre des plans détaillés pour s’occuper de leur propre santé mentale. À présent, les travailleurs qui éprouvent des difficultés sont simplement adressés au programme d’aide aux employés, explique-t-il.

Il a été dit par un certain nombre de soldats que les opérations modernes de maintien de la paix sont en partie responsables du TSPT. Les Canadiens ont une tradition honorable de soldats de la paix, mais les opérations modernes de maintien de la paix peuvent impliquer des situations d’extrême violence qui bafouent les droits de la personne. Après la guerre civile dans les Balkans, au cours de laquelle plus de 130 000 personnes furent tuées et des crimes de guerre commis à très vaste échelle, la Commission d’enquête sur la Croatie mise en place en 1999 a conclu que le stress était la cause probable du nombre élevé de maladies ayant frappé les soldats de la paix canadiens sur ce territoire.

Non seulement les soldats sont en situation de combat, mais ce combat oppose les forces civiles et les soldats de la paix sont sévèrement restreints dans leur recours à la force. « Les dilemmes éthiques, moraux et juridiques dans cette situation, comme le disait Roméo Dallaire, sont venus s’ajouter à ce qui était autrefois le stress de combat ».

Pour sa part, le lieutenant-colonel Alexandra Heber, psychiatre au Centre de soutien pour trauma et stress opérationnels des Forces canadiennes à Ottawa, n’est pas d’accord. La tenue de dossiers n’était pas assez rigoureuse durant la Seconde Guerre mondiale pour qu’on puisse aujourd’hui faire des comparaisons entre cette période et le taux de TSPT des soldats de la paix de l’ère moderne. Quoi qu’il en soit, Alexandra Heber soutient qu’il est possible qu’entre deux hommes combattant côte à côte dans un conflit violent, l’un soit frappé d’un TSPT et l’autre non.

Pour les personnes qui souffrent de cette affection, le programme de soutien des pairs est ce qui peut les sauver. Un travailleur affecté au soutien des pairs racontait au journaliste Randy Turner que dans le programme SSBSO, « l’important, c’est qu’il y ait un dénominateur commun pour tous. Nous avons tous servi à notre manière. Qu’importe que vous soyez officier ou sous-officier, que vous soyez homme ou femme. Vous avez subi un traumatisme et nous sommes là pour vous aider à vous en remettre, voilà ce qui compte. »

Le TPST en chiffres

Un document de recherche publié en 2011 par la Bibliothèque du Parlement tentait de fournir des chiffres à partir de « la seule étude scientifique d’envergure ayant trait au TSPT chez les militaires canadiens, [une étude menée] sur un échantillonnage spécial élaboré par Statistique Canada lors du recensement de 2001 et [portant] sur 8 441 militaires en service ».

  • Quand le TSPT est étroitement défini de façon à exclure les autres affections psychiatriques telles qu’une dépression majeure, précise le rapport, son incidence est de 2,3 pour cent environ.
  • Si l’on tient compte des soldats qui ont participé au combat, l’incidence de TSPT double; quand les soldats qui ont été témoins d’atrocités sont pris en compte, le taux monte en flèche et atteint près de 10 pour cent.
  • Comme l’indique le rapport, chez ces groupes, le risque de TSPT au cours d’une vie est de deux à quatre fois plus élevé et peut donc toucher de nombreux militaires.
  • Une étude plus spécifique menée par les Forces canadiennes en 2011, intitulée Étude sur l'incidence cumulative du trouble de stress post-traumatique (TSPT) et d'autres troubles mentaux (http://forces.gc.ca/health-sante/ps/mh-sm/osi-bso/default-fra.asp) estimait à huit pour cent la proportion de soldats qui parmi ceux déployés en Afghanistan avaient été diagnostiqués d’un TSPT. Cette étude comportait l’examen du dossier médical d’un échantillon de 2 045 membres du personnel.

Le TSPT : une affaire de famille

L’an dernier, Kelly Thompson attendait impatiemment le retour de son mari militaire, qui était en service en Afghanistan. Au cours des 40 jours qui ont suivi son retour à la maison, les conjoints n’ont dormi que cinq nuits dans le même lit.

« Le corps de Mark est si tendu qu’une fois endormi, ses jambes n’arrêtent pas de bouger, écrit Kelly dans un blogue pour la revue Châtelaine en janvier  2011. Il donne des coups de pied, agite les bras, il m’abîme carrément les tibias… Et quand je le réveille doucement, il marmonne quelque chose à propos d’un combat contre les talibans ou du monstre à abattre avec le Predator. »

Mais plus le temps passait, plus Mark avait un sommeil paisible. Lui et Kelly avaient l’espoir de retrouver leurs nuits confortables d’autrefois.

Les familles de militaires n’ont pas toutes cette chance. Celles de soldats qui rentrent de mission avec un TSPT évident ou qui se manifeste plus tard subissent les contrecoups d’une affection chronique et profondément invalidante. Toutes n’y résisteront pas.

Les soldats peuvent présenter des symptômes qui vont de la méfiance, de l’insomnie et de la colère aux dépendances en passant par une perte de sensualité et de désir sexuel. Leurs conjoints ou conjointes, dans leur démarche pour s’adapter à l’étranger qui revient à eux, souffrent aussi d’angoisse, de dépression, de repliement social et de troubles du sommeil. Et ce n’est là qu’un aperçu des symptômes.

« J’ai l’impression de marcher sur des œufs, contrainte de dire ce qu’il veut entendre, explique une femme. Maintenant, il m’arrive d’avoir un peu peur. Dans ces moments-là, je quitte la pièce et je me retire. »

Elle est au nombre des sujets visés par une étude sur les conjointes de personnes présentant un TSPT, étude qui avait été menée par Holly Beth McLean dans le cadre d’un doctorat en psychologie de l’orientation à l’Université de Colombie-Britannique (UBC).

« En tant que soldat, Joe avait appris à ne montrer aucun signe de faiblesse et à réagir aux dangers avec un maximum de violence, un maximum d’agressivité, affirme une autre femme. Je ne subissais pas cette force dans toute sa mesure, mais elle était là, à fleur de peau, et elle me faisait vraiment peur. »

Toutes les conjointes de personnes souffrant d’un TSPT ne ressentent pas cette peur. Jane, femme d’un major qui avait pris part à trois missions de maintien de la paix en zones violemment frappées par la guerre, racontait que les symptômes psychologiques de son mari ne les avaient jamais aliénés l’un de l’autre. Dans une interview menée dans leur agréable demeure ensoleillée, il l’a appelée « ma meilleure amie », une amie sans laquelle, a-t-il ajouté, « je ne serais pas là ».

Tout n’a pas pour autant été facile pour eux. Major retraité, son mari a été diagnostiqué d’un TSPT, mais il n’accepte pas ce diagnostic. Il en éprouve malgré cela de nombreux symptômes, notamment de l’insomnie. Il est nerveux, tous deux sont d’accord. Il est profondément déprimé. Il a demandé à être soigné pour la dépression et l’angoisse, notamment par électrochoc.

Pendant un moment, il avait de tels problèmes de mémoire qu’il devait prendre un téléphone cellulaire quand il sortait – il se perdait, même dans la petite localité du Centre de l’Ontario où il habitait. Jane l’accompagne à tous ses rendez-vous chez le médecin pour combler ses trous de mémoire.

« La route a été longue », dit-elle.

Les enfants aussi souffrent quand leur père ou leur mère présente un TSPT. Ce qui a surtout retenu l’attention, ce sont les symptômes que les enfants manifestent quand leur père ou leur mère est en service. Ils ont des cauchemars et la sécurité de ce parent les angoisse.

Vivre avec le TSPT au retour du soldat n’est pas non plus une mince affaire, comme l’explique clairement la Société pour les troubles de l’humeur du Canada dans un rapport présenté cette année au gouvernement du Canada, citant Deborah Harrison, professeure de sociologie à l’Université du Nouveau-Brunswick.

« Leur vie et la situation à la maison changent du tout au tout, précise-t-elle. C’est une crise au même titre que d’autres maladies graves ou toute forme de violence au foyer. »

Un ancien combattant présentant un TSPT qui avait participé à une étude en collaboration avec l’Université Western Ontario a dit reconnaître à quel point son affection perturbait ses enfants.

« Mon état a vraiment eu de profondes répercussions sur mon fils aîné parce que… ma relation avec lui a changé. Il ressent une grande colère et une profonde souffrance. Il a pour ainsi dire été abandonné… incapable de comprendre pourquoi j’avais ces sautes d’humeur et cette colère. »

Même dans les familles où il n’y a pas de comportements violents ni de dépendances, il arrive que l’un des conjoints assume à lui seul toutes les tâches domestiques en plus de travailler à l’extérieur, pour que la famille puisse continuer à fonctionner.

« Maintenant, mon emploi convient très bien à ma situation parce que j’alterne les semaines de travail et de congé, ce qui me permet de m’acquitter de mes obligations professionnelles et d’être à la maison plus souvent, raconte une femme à Holly Beth McLean. Je suis chez moi tous les jours pour préparer les enfants pour l’école le matin. Tout ce que Luke a à faire, c’est les installer dans le camion et les emmener à l’école. Je suis à la maison tous les jours pour le repas de midi et je reviens peu après 17 h. Je suis là pour m’occuper de tout à midi, m’assurer que tout le monde mange et que tout se passe bien, puis je retourne au travail et je rentre… J’ai vraiment eu beaucoup de chance de décrocher cet emploi, vous savez. »

Même dans ces récits affligeants, il y a un rayon de soleil. Toutes les femmes qui ont participé à l’étude McLean évoquent le vif souvenir des hommes pleins d’humour et en parfaite santé qui savouraient la vie à pleines dents, ceux qu’elles ont envoyés en service. Mais toutes, malgré le stress qu’elles ont décrit, sont restées loyales à leurs maris et ont continué leur vie conjugale. Dans l’étude menée par l’Université Western Ontario, seul un soldat de la paix canadien sur les dix qui ont participé à l’étude a vécu une séparation et un divorce.