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Été 2012, Volume 15 no 4

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Les dernières nouvelles de la recherche

 

Par Mark de la Hey

 

La réponse d’un bébé au contact des yeux serait une façon de dépister l’autisme dès le jeune âge

La réaction d’un bébé au regard d’une personne serait un indicateur précoce du risque d’autisme chez ce bébé, selon une nouvelle recherche de l’Université de Londres. Cette étude portait sur 104 nourrissons, parmi lesquels 54 étaient à risque en raison d’antécédents familiaux et 50 faisaient partie d’un groupe témoin sans antécédents familiaux. Chez les nourrissons âgés de 6 à 10 mois, les chercheurs ont utilisé l’électroencéphalogramme (EEG) pour mesurer l’activité électrique cérébrale lorsqu’on leur montrait des visages en images sur un écran d’ordinateur : certains visages regardaient le nourrisson, d’autres regardaient dans une autre direction. Dix-sept nourrissons du groupe à risque étaient atteints d’autisme dès leur troisième anniversaire. À l’EEG, les nourrissons qui faisaient partie du groupe à risque mais qui ne sont pas devenus autistes montraient des différences importantes dans leur réaction aux visages qui les regardaient et à ceux qui regardaient dans une autre direction, et il en était de même des nourrissons qui faisaient partie du groupe témoin. En revanche, les nourrissons qui sont devenus autistes ne montraient aucune différence dans leur réaction aux deux types de visages. Ces constatations révèlent que dans le futur, on pourra éventuellement dépister les nourrissons qui présentent le plus grand risque d’autisme et, ainsi, les cibler pour qu’ils puissent bénéficier d’une intervention précoce.

Current Biology, 21 février 2012, vol. 22, p. 338-342. Mayada Elsabbagh et coll., Centre for Brain and Cognitive Development, Université de Londres, Londres, Royaume-Uni.

 

Les troubles du sommeil sont parmi les symptômes les plus perturbants du sevrage du cannabis

Cauchemars, débordements de colère et irritabilité : de tous les symptômes de sevrage du cannabis, ceux-là comptent parmi les plus intenses, selon une recherche réalisée par l’Université de New South Wales de Sydney, en Australie. Environ 10 pour cent des usagers de cannabis développent une dépendance et celle-ci est susceptible d’augmenter à 50 pour cent environ chez les utilisateurs qui en font un usage quotidien. Les traitements disponibles ont un faible taux de réussite. L’étude portait sur 49 usagers de cannabis à qui on a demandé de s’abstenir pendant deux semaines. Dix participants ont rechuté pendant la phase d’abstinence de l’étude, tandis qu’une analyse d’urine a révélé que deux autres participants qui prétendaient être restés abstinents avaient, en fait, rechuté. Au nombre des symptômes les plus intenses du sevrage observés chez les participants, il y avait les cauchemars ou les rêves étranges, les débordements de colère, l’irritabilité et l’insomnie. La difficulté à s’endormir était le symptôme le plus perturbateur pour les participants même si, en intensité, ce symptôme se classait au cinquième rang. Les participants qui avaient une forte dépendance éprouvaient des symptômes de sevrage plus intenses et expérimentaient une plus grande détresse liée à leurs symptômes que ceux qui avaient une moins forte dépendance. Dans l’ensemble, les scores d’intensité donnés par les chercheurs allaient de légers à modérés, les participants à forte dépendance obtenant en moyenne 28 pour cent seulement du score maximum possible. La sévérité de l’état de manque de cannabis était prévisible selon la sévérité de la dépendance, mais pas selon les diagnostics de dépendance ou la quantité de cannabis consommée ni selon l’âge ou le sexe.

Drug and Alcohol Dependence, décembre 2011, vol. 119, p. 123 à 129. David J. Allsop et coll., National Cannabis Prevention and Information Centre, Université de New South Wales, Sydney, Australie.

 

L’usage occasionnel de drogues dures vers l’âge moyen augmente le risque de décès

Les personnes qui continuent à faire un usage occasionnel de drogues dures à l’âge moyen augmentent leur risque de décès, selon une recherche du VA Medical Center de Birmingham, en Alabama. Des études récentes révèlent qu’un nombre croissant d’adultes d’âge moyen font un usage occasionnel de drogues, bien que généralement leur usage ne remplisse pas les critères justifiant un diagnostic de trouble lié à l’usage de drogues. Les chercheurs ont examiné des données concernant 4 301 adultes qui vivent dans quatre villes américaines (Birmingham, Chicago, Minneapolis et Oakland) et qui ont participé à une étude à long terme sur les maladies cardiovasculaires pendant la période de 1987 à 2006. D’après les rapports volontaires, 7,9 pour cent des participants à l’étude ont fait un usage occasionnel de drogues dures (cocaïne, amphétamines ou opioïdes) quand ils étaient jeunes mais ont cessé de le faire à l’âge moyen (usagers occasionnels précoces), 3,7 pour cent ont déclaré un usage occasionnel qui a continué ou augmenté à l’âge moyen (usagers occasionnels chroniques) et 2,6 pour cent ont déclaré en avoir fait un usage fréquent au début de l’âge adulte et avoir continué à en faire un usage occasionnel à l’âge moyen (usagers habituels précoces et usagers occasionnels tardifs). Les autres étaient des non-usagers. En comparaison des non‑usagers, les trois groupes d’usagers étaient moins nombreux à avoir terminé des études secondaires ou collégiales, moins nombreux à être mariés et plus nombreux à avoir eu des problèmes financiers et à avoir été élevés dans des conditions difficiles. Ils étaient également plus susceptibles d’être fumeurs et d’avoir des habitudes de consommation dangereuse d’alcool. En 2008, 4,6 pour cent des participants étaient déjà décédés. Il y avait eu cinq fois plus de décès chez les usagers habituels jeunes et les usagers occasionnels plus âgés que chez les non‑usagers. Le nombre de décès était multiplié par plus de trois chez les usagers occasionnels chroniques et par un peu plus de deux chez les usagers occasionnels jeunes, bien que ces résultats n’aient pas été jugés statistiquement significatifs. Ces constatations peuvent aider les cliniciens à conseiller les patients d’âge moyen qui continuent à s’adonner aux drogues dures.

Journal of General Internal Medicine, 25 janvier 2012 en ligne, doi : 10.1007/s11606-011-1975-3. Stefan G. Kertesz et coll., Center for Surgical Medical and Acute Care Research, Birmingham VA Medical Center, Birmingham, Alabama.


Les personnes touchées par des problèmes de santé mentale plus souvent victimes de violence

Le risque de subir des violences est considérablement plus élevé chez les adultes atteints de maladies mentales qu’au sein de la population en général. C’est ce que révèle une étude menée par la Liverpool John Moores University, au Royaume-Uni. Des chercheurs se sont penchés sur 26 études scientifiques qui fournissaient des données sur 21 557 personnes ayant un handicap. Dix-sept de ces études portaient sur des personnes atteintes de maladies mentales et englobaient au total près de 5 000 participants. Dans l’ensemble, ces études montraient que la prévalence de la violence au cours des 12 mois précédents était d’un peu plus de trois pour cent chez les personnes ayant un handicap en général, mais que ce chiffre s’élevait à plus de 24 pour cent chez les personnes atteintes de maladies mentales. Parmi les personnes atteintes de maladies mentales, le taux de violence physique était de 21,4 pour cent, tandis que le taux de violence sexuelle était de 5,5 pour cent. Trois de ces études fournissaient des données révélant que les taux de violence de la part d’un partenaire intime chez les personnes atteintes de maladies mentales étaient de près de 38 pour cent. Les personnes atteintes de maladies mentales étaient près de quatre fois plus susceptibles que les personnes sans handicap d’êtres victimes de violence, tandis que les adultes ayant un handicap en général étaient 1,5 fois plus susceptibles d’avoir subi des violences récentes. Les auteurs notent que leurs données ne couvrent que les violences récentes et que les taux d’exposition à la violence au cours d’une vie sont probablement beaucoup plus élevés. Ils notent également que les études sur lesquelles ils se sont penchés concernent six pays où les revenus sont élevés (l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, Taiwan, le Royaume-Uni et les États‑Unis) et un pays aux revenus moyens (Afrique du Sud), soulignant un besoin en matière de recherches comparables sur les handicaps et la violence dans les pays aux revenus faibles et ceux aux revenus moyens.

The Lancet, 28 février 2012 en ligne, doi : 10.1016/S0140-6736(11)61851-5. Karen Hughes et coll., Centre for Public Health, Liverpool John Moores University, Liverpool, Royaume-Uni.

 

Privées de rapports sexuels, les mouches des fruits seraient portées sur l’alcool

Des chercheurs de l’Université de Californie à San Francisco ont constaté que lorsque les téphrites (mouches des fruits) mâles sont privés de rapports sexuels, ils montrent une préférence nettement supérieure pour l’alcool. Les chercheurs ont présenté un groupe de téphrites mâles à des femelles qui s’étaient déjà accouplées et, par conséquent, ont rejeté les avances des mâles. Un second groupe a été jumelé à des femelles vierges qui ont été plus réceptives à leurs avances. Les téphrites mâles ont ensuite eu la possibilité de consommer, soit leur nourriture habituelle, soit de la nourriture contenant 15 pour cent d’alcool. Les mâles rejetés ont consommé une quantité considérablement plus élevée de nourriture renfermant de l’alcool que leurs congénères sexuellement satisfaits. Quand les mâles rejetés ont ultérieurement eu la possibilité de s’accoupler, l’effet de rejet a été inversé et ils ont consommé moins d’alcool que les mâles rejetés qui n’avaient pas eu cette possibilité. Les chercheurs ont constaté que l’accouplement augmentait — tandis que la privation sexuelle diminuait — les concentrations d’un neurotransmetteur connu sous le nom de neuropeptide F (NPF) dans le cerveau de ces mouches. Les chercheurs ont ensuite démontré que lorsqu’ils augmentaient artificiellement les concentrations de NPF chez les téphrites mâles, ceci entraînait une baisse de la consommation d’alcool comparable à celle observée chez les téphrites accouplés, tandis qu’une réduction des concentrations de NPF conduisait à une augmentation de la consommation d’alcool. Par conséquent, ils ont conclu que les fluctuations dans la concentration de NPF étaient le lien de causalité entre l’expérience sexuelle et la consommation d’alcool. Un neurotransmetteur similaire, le neuropeptide Y, est présent chez les humains et accroît la possibilité que la manipulation du neuropeptide Y chez ceux-ci puisse un jour servir de thérapie efficace pour les comportements liés aux dépendances.

Science, 16 mars 2012, vol. 335, p. 1351-1355. Galit Shohat-Ophir et coll., département d’anatomie de l’Université de Californie à San Francisco, Californie.


Fumer pour surmonter une douleur chronique irait à l’encontre de ce même but

Les personnes qui fument la cigarette pour surmonter une douleur chronique constateront éventuellement qu’en réalité, leur tabagisme exacerbe leur douleur et réduit leur capacité à la surmonter, selon une nouvelle étude du Portland VA Medical Center de Portland, en Oregon. Cette étude portait sur 151 patients souffrant de douleur chronique : 79 d’entre eux étaient fumeurs, tandis que 72 étaient non-fumeurs. Trente-neuf fumeurs disaient fumer pour surmonter leur douleur, tandis que les 40 autres fumeurs niaient le faire pour cette raison. Les participants ont été invités à remplir un certain nombre de questionnaires portant, entre autres, sur l’humeur, l’angoisse et la capacité fonctionnelle selon la douleur (la mesure dans laquelle la douleur entravait leurs activités de la vie quotidienne). Les patients qui fumaient la cigarette pour surmonter une douleur chronique ont signalé une douleur plus intense, une capacité fonctionnelle médiocre à cause de la douleur et une plus grande peur de la douleur. Ces mesures ne révélaient aucune différence entre les non‑fumeurs et les personnes qui fumaient mais qui ne le faisaient pas pour surmonter leur douleur. Les deux groupes de fumeurs avaient des niveaux comparables d’usage de la cigarette pour ce qui concerne la fréquence de l’usage et leur dépendance à la nicotine. Ainsi, les différences entre eux n’étaient probablement pas attribuables à la fréquence des symptômes de sevrage. Les auteurs notent qu’il est possible que les fumeurs ayant affirmé fumer la cigarette pour surmonter la douleur aient été plus préoccupés par la douleur et que cette préoccupation les ait incités à signaler une capacité fonctionnelle médiocre liée à la douleur. Ils ont recommandé la conduite de recherches plus approfondies pour clarifier le rapport de causalité entre l’usage du tabac, les stratégies d’adaptation et la capacité fonctionnelle liée à la douleur.

The Journal of Pain, March 2012, vol. 13, p. 285-292. Alexander L. Patterson et coll., Mental Health and Clinical Neurosciences Division, Portland VA Medical Center, Portland, Oregon.