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Printemps 2012 vol 15 no 3

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Dernières nouvelles de la recherche

 

Mark de la Hey

 

Les jeunes aux prises avec un THADA sont laissés pour compte à l’âge adulte

On croit généralement que le trouble d'hyperactivité avec déficit de l'attention (THADA) ne concerne que les enfants, alors qu’il persiste souvent à l’âge adulte. Selon une nouvelle étude du King’s College de Londres (Angleterre), au Royaume-Uni, le mécanisme de transition entre les services pour enfants et les services pour adultes est défaillant pour les personnes aux prises avec un THADA. En étudiant la littérature existante, les chercheurs ont constaté que deux tiers des jeunes aux prises avec un THADA continuent à rencontrer des difficultés liées à ce trouble à 25 ans, mais que la plupart sortent complètement du système de soins à 21 ans. Cette situation vient en partie du fait que le traitement du THADA a toujours fait l’objet d’une mauvaise coordination entre les services pour enfants et ceux pour adultes. Les mécanismes de transition sont généralement inexistants ou mal conçus, et les services de traitement du THADA pour les enfants s’arrêtent souvent au début de l’adolescence. Mais depuis peu, au Royaume-Uni, les services pour enfants continuent à fournir des soins jusqu’à 18 ans et plus en raison de la difficulté de la transition vers les services pour adultes. Nombre de professionnels de la santé mentale doutent que le THADA puisse toucher les adultes et les services de santé mentale pour adultes considèrent souvent que la prise en charge du THADA ne fait pas partie de leurs attributions. Les auteurs de l’étude proposent un ensemble de 19 recommandations, dans lesquelles ils préconisent notamment aux fournisseurs de soins de santé de reconnaître que le THADA persiste souvent à l’âge adulte et d’unir leurs efforts afin d’élaborer des protocoles clairs pour la transition des personnes atteintes de THADA des services pour enfants aux services pour adultes.

BMC Psychiatry, 3 novembre 2011, 11, p. 174, doi : 10.1186/1471-244X-11-174. Susan Young et coll., Institute of Psychiatry, King’s College London, Royaume-Uni.

 

Les croyances peuvent être plus efficaces que les médicaments pour traiter la dépression

Selon une nouvelle étude de l’Hôpital général du Massachusetts (Boston), pour soigner la dépression, les croyances du patient concernant son traitement peuvent avoir une plus grande incidence sur le résultat que le traitement lui-même. Pour parvenir à cette constatation, les chercheurs ont analysé les réponses de 207 adultes aux prises avec un trouble dépressif majeur qui ont participé à un essai comparatif entre le millepertuis commun, la sertraline (Zoloft) ou un placebo. Après huit semaines de traitement, les auteurs de l’essai ont demandé aux participants quelle substance ils croyaient recevoir. Il s’est avéré que la nature de la substance réellement administrée n’a pas eu d’effet significatif sur le résultat du traitement. Cependant, on a observé une amélioration significative chez les personnes qui pensaient avoir reçu du millepertuis commun ou de la sertraline, avec des résultats légèrement meilleurs chez celles ayant cité le millepertuis commun. L’amélioration était limitée chez les personnes qui croyaient recevoir un placebo. Les auteurs de l’essai ont considéré que 68 pour cent des participants ayant cité le millepertuis commun répondaient bien au traitement, c’est-à-dire que les symptômes de dépression avaient diminué d’au moins 50 pour cent à la fin de l’essai. Cette proportion était de 56 pour cent pour les personnes ayant cité la sertraline, contre seulement 24 pour cent pour les personnes ayant cité le placebo. Étant donné que l’essai sur lequel reposent ces constatations avait été présenté comme un essai clinique du millepertuis commun, les participants croyaient peut-être davantage en cette plante que le reste de la population, ce qui a pu influencer les résultats. Les auteurs de l’étude concluent que des recherches complémentaires sont nécessaires afin d’expliquer le pouvoir des croyances sur le résultat d’un traitement.

Journal of Clinical Psychiatry, 4 octobre 2011, publication en ligne, doi : 10.4088/JCP.10m06453. Justin A. Chen et coll., Department of Psychiatry, Massachusetts General Hospital, Boston.

 

Une utilisation potentiellement dangereuse d’analgésiques chez les personnes traitées à la méthadone

Selon une étude de CAMH (Toronto), les personnes qui suivent un traitement de substitution à la méthadone obtiennent souvent des prescriptions pour d’autres opioïdes, ce qui peut entraîner une surdose. Les auteurs de l’étude ont consulté la base de données du Programme de médicaments de l’Ontario et examiné les fiches de 18 759 personnes ayant suivi un traitement de substitution à la méthadone pendant au moins 30 jours. Ils ont constaté que 18 pour cent de ces personnes avaient reçu au moins une prescription de plus de sept jours pour un opioïde autre que la méthadone. Parmi ces personnes, le nombre moyen de prescriptions d’opioïdes autres que la méthadone était de douze par an et les médicaments les plus souvent prescrits étaient la codéine et l’oxycodone (OxyContin). Presque la moitié des prescriptions d’opioïdes autres que la méthadone provenaient d’un médecin ou d’un pharmacien ne participant pas au traitement à la méthadone établi pour le client. Les auteurs de l’étude supposent donc que « beaucoup de ces prescriptions montrent une duplicité de la part du client, qui recherche des médicaments à des fins de consommation personnelle ou de trafic et de profit financier. » Ils précisent que la prescription d’autres opioïdes en plus de la méthadone est risquée et craignent particulièrement que les grandes quantités d’oxycodone d’action prolongée qui ont été prescrites puissent entraîner une surdose mortelle. Selon eux, « [ce] problème pourrait être considérablement réduit si médecins et pharmaciens pouvaient accéder en temps réel aux données sur les prescriptions établies avant de remplir leur propre ordonnance, ce qui n’est actuellement le cas que dans quelques circonscriptions au Canada, aux États‑Unis et dans d’autres pays. »

Addiction, 2 novembre 2011, publication en ligne, doi : 10.1111/j.1360-0443.2011.03707.x. Paul Kurdyak et coll., Centre de toxicomanie et de santé mentale, Toronto.

 

Une substance chimique présente dans le cerveau et similaire à la marijuana pourrait donner naissance à de nouveaux analgésiques

Des chercheurs de l’Université de Californie (Irvine) ont découvert un moyen d’accroître l’efficacité de l’anandamide, une substance chimique naturellement présente dans l’organisme et ayant des effets analgésiques similaires à ceux de la marijuana. À l’instar du principe actif présent dans la marijuana, l’anandamide est un neurotransmetteur qui agit sur les récepteurs de cannabinoïdes, provoquant un effet analgésique. Cependant, l’anandamide a une durée de vie brève, car elle est transportée dans des parties des neurones où elle est dégradée par une enzyme appelée hydrolase des amides d'acides gras (FAAH). Les chercheurs ont découvert une protéine qu’ils ont baptisée FLAT (transporteur d’anandamide similaire à la FAAH), qui transporte l’anandamide vers les zones où celle-ci est inactivée. Ils ont ensuite découvert un composé appelé ARN272, qui empêche l’anandamide de se lier à la FLAT. L’administration d’ARN272 a augmenté le taux sanguin d’anandamide et réduit les comportements liés à la douleur chez des souris auxquelles on avait injecté un produit chimique irritant afin d’induire une douleur. Selon les chercheurs, ces résultats démontrent l’importance de la FLAT dans le transport de l’anandamide dans les neurones, et des médicaments ciblant la FLAT pourraient être mis au point afin de servir d’analgésiques. L’ARN272 semble être un candidat idéal pour l’élaboration de ce genre de médicaments.

Nature Neuroscience, 20 novembr

 

Une consommation excessive de méthamphétamines accroît le risque de schizophrénie

Selon une nouvelle étude de CAMH (Toronto), les personnes ayant une consommation excessive de méthamph étamines présentent un risque élevé de schizophrénie. Les auteurs de cette étude ont examiné les dossiers de sortie de patients hospitalisés en Californie pour la période comprise entre 1990 et 2000. Ces dossiers concernaient des patients dont le diagnostic indiquait une consommation abusive ou une dépendance à l’égard des méthamphétamines, du cannabis, de l’alcool, de la cocaïne ou des opioïdes, ainsi qu’un groupe témoin de patients ayant souffert d’une appendicite et sans antécédents de consommation de drogue ou de dépendance. Les auteurs ont constaté que les patients du groupe « méthamphétamines » étaient 1,5 à 2,8 fois plus susceptibles de souffrir de schizophrénie que ceux des groupes « cocaïne », « opioïdes » ou « alcool », et 9,4 fois plus que ceux du groupe « appendicite ». Cependant, la probabilité de souffrir de schizophrénie n’était pas significativement plus élevée dans le groupe « méthamphétamines » que dans le groupe « cannabis ». Le risque de schizophrénie était plus élevé pour toutes les formes de dépendance à la drogue ou de consommation abusive que pour l’appendicite. Les auteurs supposent que la grande consommation d’une drogue, quelle qu’elle soit, peut accroître le risque de psychose persistante, étant donné que toutes les drogues sont des agents stressants, qui agissent pour la plupart sur le système dopaminergique. Ils recommandent aux cliniciens de « se montrer attentifs aux signes d’apparition d’une réaction psychotique persistante dans le suivi de leurs patients toxicomanes ».

American Journal of Psychiatry, publication en ligne le 8 novembre 2011, doi : 10.1176/appi.ajp.2011.10070937. Russell C. Callaghan et coll., Centre de toxicomanie et de santé mentale, Toronto.

 

Lire Shakespeare pourrait aider les médecins à mieux prendre conscience du lien entre l’esprit et le corps

Depuis longtemps, on admire Shakespeare pour l’acuité de sa perception de l’esprit humain. Aujourd’hui, une étude de l’Université de Bristol (Royaume-Uni) montre que Shakespeare savait mieux que tous les auteurs de son temps dépeindre l’état mental de ses personnages en utilisant des sensations physiques. Kenneth W. Heaton a comparé 42 œuvres majeures de Shakespeare avec 46 œuvres sélectionnées parmi celles de ses contemporains. Il a recherché des descriptions de sensations physiques autres que celles faisant intervenir la vision, le goût, le cœur, et l’estomac et les intestins. Shakespeare utilise le vertige pour décrire la détresse émotionnelle de cinq de ses personnages, tandis qu’un seul de ses contemporains évoque cette sensation. La dyspnée, que Kenneth W. Heaton assimile à de l’hyperventilation, est citée onze fois chez Shakespeare, mais seulement deux fois chez les autres auteurs. La fatigue, qui est une manifestation du chagrin, est décrite au moins neuf fois par Shakespeare, mais seulement quatre fois par ses contemporains. La surdité qui survient dans un moment d’émotion intense est utilisée trois fois par Shakespeare, mais jamais par ses contemporains. La sensation d’engourdissement éprouvée face à l’angoisse et l’exacerbation des sens résultant de l’excitation sont ressenties par quatre personnages shakespeariens, mais ne sont citées par aucun autre auteur étudié. Kenneth W. Heaton conclut que Shakespeare était un « auteur exceptionnellement conscient du corps », qui a peut-être utilisé des sensations physiques pour humaniser davantage ses personnages ou accroître l’intensité émotionnelle de ses pièces et de ses poèmes. Selon lui, les médecins pourraient devenir de plus habiles praticiens s’ils se replongeaient dans les œuvres de Shakespeare afin de se rappeler que les symptômes physiques peuvent avoir des causes psychologiques.

Medical Humanities, 2011, 37, p. 97-102, première publication en ligne le 4 juin 2011 , doi : 10.1136/jmh.2010.006643. Kenneth W. Heaton, Department of Medicine, University of Bristol, Bristol (Royaume-Uni).

 

Le manque d'aptitudes sociales résultant de l’exposition à l’alcool in utero est persistant

Selon des chercheurs de l’Université de l’Alberta (Edmonton), les personnes ayant été exposées à l’alcool in utero souffrent d’un manque d'aptitudes sociales qui persiste à l’âge adulte et peut même s’aggraver en vieillissant. Les chercheurs ont examiné les études sur le manque d'aptitudes sociales des personnes exposées à l’alcool in utero, qu’elles soient ou non aux prises avec l’ensemble des troubles causés par l'alcoolisation fœtale (ETCAF). Ils ont constaté que les enfants et les adolescents aux prises avec l’ETCAF qui ont été exposés à l’alcool in utero ont du mal à s’intégrer dans la société et rencontrent des difficultés pour nouer et entretenir des relations sociales. Les enfants aux prises avec l’ETCAF manquent généralement d'aptitudes sociales, et ont notamment des comportements socialement inacceptables; une attitude démesurément amicale; et une absence d’inhibition, avec une tendance à faire des déclarations inappropriées et à avoir des réactions et des interactions sociales médiocres. Ils sont parfois houspillés en raison de ce manque d'aptitudes sociales. Adultes, les personnes souffrant de l’ETCAF peuvent avoir des années de retard par rapport aux gens de leur âge en termes de développement social et d’aptitudes en communication. Ce manque d’aptitudes sociales, et le rejet qui peut en résulter, peuvent engendrer des comportements antisociaux, un décrochage scolaire, des problèmes avec la justice et des troubles de santé mentale. Cependant, selon les chercheurs, certaines preuves montrent qu’un apprentissage adéquat chez les enfants aux prises avec l’ETCAF peut atténuer certains problèmes liés au manque d'aptitudes sociales.

 

Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 21 octobre 2011, publié en ligne, doi : 10.1111/j.1530-0277.2011.01661.x. Katrina Kully-Martens et coll., Department of Pediatrics, Université d’Alberta, Edmonton.