www.camh.netwww.reseaufranco.com

Réseau francophone de soutien professionnel

|
text size
+
| sitemap

Entre Charybde et Scylla

section identifier image

Les familles doivent prendre des décisions difficiles en ce qui concerne l’administration d’antipsychotiques à leurs enfants

par Patricia Nicholson

 

Le recours à des médicaments antipsychotiques nécessite souvent de mettre en balance les avantages pour la santé mentale et les effets secondaires pour la santé physique. Quand les patients sont des enfants, le choix est parfois difficile pour leur famille.

La Provincial Mental Health Metabolic Clinic de l’hôpital pour enfants de la Colombie-Britannique à Vancouver aide les familles à faire ce genre de choix tous les jours. Il s’agit de la seule clinique du genre au Canada, et peut-être même en Amérique du Nord. Elle surveille et gère les effets secondaires métaboliques associés à la prise des antipsychotiques atypiques. Même si ses clients sont des enfants et des adolescents, elle observe ce qui, dans la population générale, constitue habituellement des problèmes d’adultes, à savoir une prise de poids, un taux de cholestérol élevé, de l‘hypertension artérielle et une insulinorésistance.

La Dre Tammie Dewan, pédiatre à la clinique, explique : « Les familles se trouvent dans une position difficile, car leurs enfants sont assez affectés par leur maladie mentale ou leur problème comportemental et la prise de ces médicaments apporte souvent des avantages non négligeables ». Quand des effets secondaires physiques apparaissent, il est parfois difficile de mettre en balance les améliorations dans la qualité de vie et les capacités de l’enfant d’une part et les problèmes métaboliques qui pourraient perdurer pendant des années, voire des décennies, d’autre part.

Selon la Dre Dewan : « Nous essayons de proposer aux familles des stratégies qui les aideront à réduire au minimum les effets secondaires. (…) Nous espérons que, si nous instituons des recommandations précoces sur un mode de vie sain, et si nous parvenons à soutenir les familles, nous obtiendrons des avantages significatifs sur le plan des effets à long terme. »

Lisa* a été aiguillée vers la clinique quand elle a commencé à prendre du poids alors qu’elle était sous Seroquel. La jeune fille de 17 ans nous explique : « Ils m’ont aidée à gérer mon régime alimentaire et à reprendre une activité physique, comme je le faisais auparavant ». Lisa a surtout trouvé utile le niveau d’engagement du personnel de la clinique et le suivi. Elle déclare : « Ils m’envoyaient des courriels pour me demander si j’avais recommencé à courir et comment cela se passait. J’ai été très surprise par leur sollicitude. »

Jake Comin a été aiguillé vers la clinique métabolique au lendemain de ses 14 ans. Il prenait du Seroquel et du Risperidal depuis environ cinq ans. Sally, sa mère, affirme : « Il était sur le point de devenir diabétique. »

Après un examen complet réalisé par le médecin de la clinique, la diététiste a donné à la famille Comin des conseils pratiques sur la manière de contrôler la glycémie. Sally explique : « Ensuite, la conseillère en mode de vie sain vérifie la quantité d’exercice que vous faites. Elle nous a donné de nombreuses indications sur la manière d’augmenter un peu cette activité – mais en restant dans les paramètres des enfants et en rendant la chose amusante ». Elle ajoute : « Jake est autiste et il est extrêmement angoissé. Par conséquent, il est difficile de modifier quoi que ce soit dans sa routine quotidienne et les gens de la clinique ont fait un magnifique travail à cet égard. »

À la clinique, qui a accueilli environ 75 clients depuis son ouverture voici moins d’un an, une équipe multidisciplinaire élabore un plan sur mesure pour chaque client. La Dre Dewan affirme : « Ils rencontrent souvent des difficultés uniques en termes de santé mentale et de situation sociale (…) Ils ne peuvent pas toujours participer aux activités des autres enfants de leur âge. Par conséquent, nous nous attachons à individualiser le plan. »

Dans certains cas, les clients ont déjà des facteurs de risque génétique importants pour le diabète, les maladies cardiaques précoces ou le cholestérol élevé. Selon la Dre Dewan : « Ces familles sont tout à fait conscientes des effets secondaires et assez inquiètes – à juste titre (…) Cependant, beaucoup craignent également que les effets secondaires puissent limiter leur capacité à utiliser des médicaments auxquels leurs enfants répondent. » Comme pour toutes les thérapies, les familles doivent prendre des décisions en se fondant sur leurs propres valeurs et sur leurs perceptions, ajoute-t-elle.

Sally Comin raconte que les décisions concernant les médicaments peuvent faire partie des plus difficiles. Elle affirme : « C’est une décision terriblement dure pour un parent. Quand un enfant ne s’en sort pas et que vous entendez ce mot, “antipsychotique”, c’est perturbant, surtout quand votre enfant est jeune (…) Mais nous avons pensé que les résultats l’emportaient sur notre peur. »

Sally Comin étudie les avantages et les effets secondaires potentiels des différents médicaments, mais d’autres facteurs influent également sur les décisions relatives au traitement de Jake. Elle déclare : « Il faut toujours se demander où il en est et ce qui est le mieux pour lui. »

Les décisions sur le traitement des enfants et des adolescents sont compliquées par ce qui, selon la Dre Dewan est l'un des plus grands défis de la pédiatrie : le manque d’information. Elle explique : « C’est beaucoup plus difficile d’étudier différents médicaments et traitements en pédiatrie. Nous ne disposons donc pas des mêmes données solides que pour les adultes (…) C’est l’une des choses que nous essayons de faire. Nous élaborons une base de données qui rassemble tous les renseignements collectés auprès des enfants dont nous nous occupons. »

La clinique souhaite partager ces renseignements. La Dre Dewan précise : « Beaucoup de médecins de la province prescrivent ces médicaments pour les enfants et ils devraient eux aussi disposer de ces renseignements. »

À cette fin, la clinique a mis au point pour les professionnels une trousse à outils qui contient tous les éléments probants qu’elle a rassemblés sur l’efficacité et les effets secondaires des antipsychotiques atypiques chez les enfants, ainsi qu’un outil de surveillance métabolique.

La Dre Dewan indique qu’une trousse destinée aux familles sera bientôt disponible. « Cette trousse contiendra des stratégies que les familles peuvent appliquer pour essayer de réduire le surcroît d’appétit et la prise de poids des enfants qui prennent ces médicaments. Nous souhaitons donner aux familles les moyens d’instituer des mesures de prévention dès les premiers jours. »

Le traitement des jeunes à l’aide de médicaments psychiatriques nécessitera toujours de peser les avantages et les risques. Lisa explique que les cliniciens et sa famille étaient plus inquiets des effets secondaires potentiels qu’elle ne l’était. À l’époque, ce qui l’intéressait surtout, c’était soigner sa dépression, son stress post-traumatique et son angoisse. Elle connaissait les risques posés par les médicaments, mais elle était également consciente de l’importance du traitement. Elle déclare : « Il fallait que je voie ce qui m’était utile. J’ai fait confiance aux membres du personnel de la clinique pour faire de leur mieux au moment de choisir les médicaments à me donner (…) Ils m’ont vraiment aidée. Aucun médicament ne sera jamais parfait. Alors, je ne m’attendais pas à recevoir un médicament qui me ferait perdre du poids, me rendrait heureuse et tout le reste. Cela aurait été fantastique, mais ce n’est pas comme cela que ça marche. »

*nom d’emprunt