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Garder le corps à l’esprit

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Éliminer les obstacles à une bonne santé physique

 

Par le Dr Steve Kisely et Leslie Anne Campbell

 

Automne 2010, Volume 14 no 1

 

Les maladies physiques et les maladies mentales sont étroitement liées. Les problèmes de santé mentale peuvent accroître les risques de diabète, de cardiopathie et d’accident vasculaire cérébral. Ainsi, la dépression est non seulement une maladie chronique grave, mais aussi un facteur de risque majeur de cardiopathie et de cancer. Par ailleurs, de solides éléments de preuve indiquent que la santé mentale joue un rôle important dans la gestion des facteurs de stress et le maintien d’une bonne santé physique et d’un mode de vie sain.

Cette interdépendance peut avoir des conséquences fatales. Le risque de mortalité est de plus de 70 pour cent supérieur chez les personnes ayant une maladie mentale que dans la population générale, même après avoir tenu compte de données démographiques comme le statut socioéconomique. Le risque supplémentaire de mortalité due à des affections physiques chroniques, dont les maladies cardiovasculaires, le cancer et les maladies pulmonaires chroniques, est dix fois supérieur au risque de suicide. Pourtant, ce problème reçoit beaucoup moins d’attention. En 2007, dans Archives of General Psychiatry, Saha et ses collaborateurs ont publié une méta-analyse de la mortalité due à la schizophrénie portant sur 36 études menées dans 19 pays. Ils ont remarqué des augmentations pour toutes les causes de décès, hormis les maladies cérébrovasculaires. Contre toute attente, ils ont également constaté que l’écart de mortalité différentielle associée à la schizophrénie était en hausse. Ces données laissent supposer que les personnes ayant une maladie mentale n’ont pas profité de l’amélioration de la santé de la population générale.

Bien que les facteurs liés au mode de vie, comme l’obésité, la consommation d’alcool ou le tabagisme, soient souvent avancés pour expliquer la mortalité accrue des personnes atteintes de psychose, ils ne sont probablement pas la seule explication. Dans un article publié en 2008 dans Archives of Internal Medicine, Hamer et ses collaborateurs ont indiqué que la mortalité toutes causes confondues restait élevée, même après avoir tenu compte des facteurs de risques liés au comportement, comme le tabagisme, l’activité physique et l’indice de masse corporelle. En ce qui concerne le cancer, nous avons indiqué en 2008 dans la Revue canadienne de psychiatrie que les taux de mortalité pour certains cancers étaient de 65 pour cent plus élevés chez les personnes ayant une maladie mentale que dans la population générale, alors que les taux d’incidence étaient similaires. Il est peu probable que le mode de vie puisse expliquer ce fait, car si c’était le cas l’incidence devrait mieux refléter cette mortalité accrue.

Les médicaments prescrits peuvent aussi prédisposer à des maladies physiques par des mécanismes comme la prise de poids. Le plus grand groupe de médicaments associés à la prise de poids vise les affections psychiatriques et comprend les agents antipsychotiques et les stabilisateurs d’humeur les plus souvent utilisés ainsi que quelques antidépresseurs.

La mortalité accrue pourrait aussi s’expliquer par le fait que les maladies physiques passent inaperçues chez les personnes ayant une maladie mentale grave. Les raisons pourraient notamment être que les personnes ayant une psychose font généralement moins état de doléances médicales et ont plus de mal à interpréter les symptômes physiques ou à faire la différence entre ceux-ci et ceux de leur maladie mentale. Il se peut aussi que ces personnes soient moins à même de résoudre les problèmes et de prendre soin d’elles.

Dans Family Practice, en 2007, Roberts et ses collaborateurs ont indiqué que même lorsque l’on diagnostiquait des problèmes de santé physique, les personnes ayant une maladie mentale étaient moins susceptibles de recevoir un traitement adéquat pour ces problèmes. Pourtant, le taux de consultation d’un médecin est plus élevé parmi les personnes ayant une maladie mentale grave. Ainsi, Hippisley-Cox, parmi d’autres, a indiqué que les personnes ayant une maladie mentale sont moins susceptibles de passer un examen physique ou d’être évaluées et traitées pour une hyperlipidémie (taux anormalement élevé de lipides, en particulier de cholestérol). Ces personnes sont aussi moins susceptibles d’être dépistées pour le cancer. Nos données préliminaires laissent supposer que les retards dans la présentation initiale du patient font que le cancer est diagnostiqué à un stade plus avancé.

La gestion de la santé physique dans les services de soins de santé secondaires peut ne pas être meilleure. Fait particulièrement préoccupant, les personnes atteintes d’une maladie mentale grave comme la schizophrénie sont moins susceptibles de bénéficier d’interventions médicales ou chirurgicales simples. Dans le Journal de l'Association médicale canadienne en 2007, nous avons indiqué que les personnes ayant une maladie mentale et une maladie du système circulatoire étaient moins susceptibles que la population générale de recevoir une intervention spécialisée comme un cathétérisme cardiaque et un pontage aortocoronarien, malgré leur taux de mortalité largement supérieur. L’an dernier, nous avons signalé dans le British Journal of Psychiatry que les personnes ayant une maladie mentale étaient aussi moins susceptibles de recevoir les médicaments appropriés après une hospitalisation pour une crise cardiaque.

Toutes ces données laissent penser que, même lorsque le système de santé a détecté la maladie physique comorbide des personnes ayant une maladie psychiatrique, ces dernières ne reçoivent pas le même niveau de traitement actif que la population générale. Cette situation peut être le reflet de difficultés pratiques à intégrer ces personnes dans les systèmes de santé complexes, notamment un manque de coordination entre les services de santé mentale et ceux de santé générale. Dans un article publié voici dix ans dans le Journal of the American Medical Association, Shander affirmait que les médecins étaient peu enclins à proposer certaines interventions en raison du stress psychologique connexe, des préoccupations liées à la capacité du patient ou au respect des soins postopératoires, ainsi que de l’existence de contre-indications comme le tabagisme. En 2005, dans Archives of General Psychiatry, Daumit et ses collaborateurs affirmaient eux aussi que les personnes ayant une maladie mentale avaient probablement plus de risques de développer des complications après des interventions médicales et chirurgicales, ou présentaient de moins bons résultats postopératoires.

Ces explications sont moins applicables à la prescription de médicaments connus pour réduire la morbidité et la mortalité. Les contre-indications à des interventions spécialisées, comme le tabagisme ou les problèmes liés au consentement éclairé, sont moins pertinentes pour la prescription de médicaments de l'appareil cardiovasculaire comme les inhibiteurs ECA, les bêta-bloquants ou les statines. Il est donc inquiétant que l’on ne propose pas les traitements appropriés en raison des préjugés entourant les troubles mentaux dans les établissements de médecine générale. Ainsi, dans un article publié en 1979 dans le Journal of the American Medical Association, Goodwin affirmait que certains médecins de soins primaires pouvaient considérer les personnes ayant une maladie mentale grave comme des éléments perturbateurs pour leur cabinet ou se sentir mal à l’aise pour les traiter. Dans BMC Family Practice, en 2009, Fleury et ses collaborateurs ont indiqué que le manque de connaissances spécialisées alimentait aussi la réticence des médecins généralistes à s’occuper de patients ayant une maladie mentale grave. Le changement consistant à aiguiller les personnes ayant une maladie mentale grave vers des soins communautaires s’accompagne de la nécessité de mieux informer les médecins en soins primaires.

 

Le Dr Steve Kisely est directeur de Health LinQ (Université du Queensland – Australie) et est professeur auxiliaire au département de psychiatrie et au département de santé communautaire et d’épidémiologie de l’Université Dalhousie à Halifax (Nouvelle-Écosse).
Leslie Anne Campbell est chargée de cours dans ces départements et coordonnatrice de la recherche auprès de Capital Health à Halifax.

 

Faits saillants sur la santé physique et la maladie mentale

Par rapport à la population générale, les personnes ayant une maladie mentale grave sont :

  • 2,5 fois plus susceptibles de mourir d’une maladie cardiovasculaire;
  • au moins deux fois plus souvent en surcharge pondérale ou obèses;
  • plus susceptibles de développer un diabète de type 2;
  • moins actives physiquement;
  • plus susceptibles de fumer et de fumer beaucoup;
  • 3,5 fois plus susceptibles d’avoir une maladie du foie et une cirrhose.

Ressource : Activate : Mind and Body

Facteurs de risque de développement d’une dépression dans une maladie physique
  • antécédents de troubles psychiatriques;
  • maladies ou traitements affectant le système nerveux central;
  • douleur chronique ou maladie invalidante ou défigurante empêchant les soins auto-administrés;
  • affections mettant en jeu le pronostic vital;
  • traitements lourds et déplaisants;
  • absence de soutien social;
  • sentiment de perte associé à une maladie physique grave;
  • effets sur l’image du corps, l’estime de soi, le sentiment d'identité;
  • capacité restreinte à travailler et à entretenir des relations.

Ressource : Siobhan MacHale, « Managing depression in physical illness », Advances in Psychiatric Treatment, 2002.

 

La gestion des maladies chroniques en Ontario

L’amélioration de la gestion et de la prévention des maladies chroniques est une priorité dans le programme des soins de santé de l’Ontario. En partenariat avec d’autres organisations, la division de l’Ontario de l'Association canadienne pour la santé mentale travaille à définir la place de la maladie mentale et de la santé mentale dans le Cadre de prévention et de gestion des maladies chroniques. Pour en savoir plus sur les politiques et les recherches relatives à ce Cadre, rendez-vous dans le site Web de la division de l’Ontario de l'Association canadienne pour la santé mentale et consultez le document des politiques publiques intitulé « Chronic Disease Prevention and Management ».

La Ontario Chronic Disease Prevention Alliance a conçu des messages que peuvent utiliser les personnes, les groupes et les organisations afin de promouvoir les initiatives pour la prévention des maladies chroniques. Ces messages portent sur cinq facteurs de risque des maladies chroniques : consommation excessive d’alcool, inactivité physique, santé mentale précaire, tabagisme (actif ou passif) et mauvaise alimentation.