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Hiver 2010-11, Vol 14 no 2

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Dernières nouvelles de la recherche

 

Par Mark de la Hey

 

Le trouble des conduites est relié au trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention et aux troubles liés à l’abus d’alcool et de drogues chez l’adulte

D’après des chercheurs de la faculté de médecine de l'Université de New York, les adolescents qui souffrent d’un trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention (THADA) sont plus susceptibles d’avoir des troubles liés à l’abus d’alcool et de drogues à l’âge adulte, cette relation ayant pour catalyseur un trouble des conduites. Les chercheurs ont suivi 485 personnes pendant près de 25 ans. Ils ont effectué deux évaluations initiales à 14 et 16 ans et trois évaluations des résultats entre 27 et 37 ans. Aux deux premières évaluations, ils ont diagnostiqué un THADA chez 12 pour cent des adolescents et un trouble des conduites chez 12 pour cent également. Dans le cadre des trois évaluations effectuées à l’âge adulte, ils ont établi que 11 pour cent des participants avaient des troubles liés à l’abus d’alcool et de drogues. Les personnes ayant souffert d’un THADA à l’adolescence étaient presque deux fois plus nombreuses que les autres à développer des troubles liés à l’abus d’alcool et de drogues à l’âge adulte, mais ce résultat n’était pas statistiquement significatif quand on tenait compte du trouble des conduites. Les adolescents qui présentaient un trouble des conduites étaient 3,5 fois plus nombreux que les autres à souffrir de troubles liés à l’abus d’alcool et de drogues à l’âge adulte, et ce résultat restait significatif quand on tenait compte du THADA. Comme la probabilité d’avoir un trouble des conduites était presque 6,5 fois plus élevée chez les adolescents ayant un THADA, les chercheurs ont conclu que le trouble des conduites servait de médiateur dans la relation entre le THADA à l’adolescence et les troubles liés à l’abus d’alcool et de drogues à l’âge adulte.

Archives of Pediatrics and Adolescent Medicine, octobre 2010, vol. 164, no 10, p. 930-934. David W. Brook et coll., département de psychiatrie, New York University School of Medicine, New York, NY.


Les problèmes d’alcool accroissent le risque de décès prématuré

Des chercheurs de l’Université de Munich ont trouvé davantage de preuves selon lesquelles les personnes ayant des problèmes d’alcool présentent un risque accru de décès prématuré. Ils ont recruté 1 465 personnes de plus de 15 ans résidant dans les zones rurales de la Bavière et les ont suivies pendant 20 ans. Ils ont procédé à une évaluation initiale des problèmes d’alcool des participants à l’aide du test de dépistage de l’alcoolisme de Munich. Presque deux pour cent des participants ont été classés comme ayant des problèmes graves d’alcool et quatre pour cent comme ayant des problèmes modérés d’alcool. À la fin de l’étude, 448 participants étaient décédés, dont 11 des 24 personnes ayant des problèmes graves d’alcool, 21 des 59 ayant des problèmes modérés d’alcool et 416 des 1 382 n’ayant aucun problème d’alcool. Les participants ayant des problèmes graves d’alcool étaient 2,4 fois plus susceptibles de décéder au cours de l’étude que ceux n’ayant aucun problème d’alcool. Les personnes ayant des problèmes modérés d’alcool étaient 1,5 fois plus susceptibles de décéder, mais ce résultat n’est pas statistiquement significatif. Les auteurs de l’étude ont conclu que les discussions sur le risque de mortalité des personnes ayant des problèmes d’alcool devaient tenir compte du degré de gravité de ces problèmes, au lieu de se concentrer exclusivement sur l’alcoolisme grave ou le niveau élevé de consommation d'alcool. Ils recommandent de mener d’autres recherches afin d’établir si les résultats sont comparables dans les zones urbaines.

European Archives of Psychiatry and Clinical Neuroscience, 13 septembre 2010 en ligne, doi : 10.1007/s00406-010-0141-y. Manfred M. Fichter et coll., département de psychiatrie, Université de Munich, Allemagne.


Les hallucinations liées à la schizophrénie varient d’une culture à une autre

Selon une étude de l’Université médicale de Vienne (Autriche), les hallucinations des personnes schizophrènes varient considérablement d’une culture à une autre. Les auteurs de cette étude ont évalué sur une année la prévalence des hallucinations chez 1 080 personnes schizophrènes d’Autriche, de Pologne, de Lituanie, de Géorgie, du Pakistan, du Ghana et du Nigeria. Les hallucinations auditives étaient les plus répandues dans tous les pays, les taux les plus élevés étant enregistrés au Ghana et au Nigeria (91 pour cent et 85 pour cent) et les plus faibles en Autriche (67 pour cent). Les hallucinations visuelles étaient les plus fréquentes au Ghana et au Nigeria (54 pour cent et 51 pour cent) et les moins fréquentes au Pakistan (4 pour cent). Dans les pays européens, les taux s’échelonnaient entre 45 pour cent en Pologne et 10 pour cent en Géorgie (classée dans les pays européens aux fins de cette étude). Les hallucinations cénesthésiques (concernant la sensation générale qu’un individu ressent dans son corps en raison du fonctionnement de ses organes) étaient les plus répandues au Ghana, puis dans les pays européens. Les hallucinations olfactives et gustatives étaient les plus fréquentes dans les pays européens. Les auteurs n’ont pas constaté de différences significatives entre les pays en ce qui concerne les hallucinations tactiles. Selon leur hypothèse, la grande variation entre les différents taux d’hallucinations visuelles s’explique par des « différences culturelles dans les processus de la perception et de l’attention » entre les populations occidentales et les populations est-asiatiques. Ils supposent également que les taux élevés observés dans les populations de l’Afrique de l’Ouest pourraient être liés à la tendance qu’ont les non-Occidentaux à appréhender davantage l’aspect perceptif (concret) du milieu que l’aspect conceptuel (abstrait).

Comprehensive Psychiatry, 6 septembre 2010 en ligne, doi : 10.1016/j.comppsych.2010.06.008. Susanne M. Bauer et coll., département de psychiatrie et de psychothérapie, Université médicale de Vienne, Autriche.

 

Les étudiants en médecine dépressifs sont plus susceptibles d’avoir des préjugés sur eux-mêmes

On sait que les étudiants en médecine présentent des taux de dépression, de pensées suicidaires et de suicide plus élevés que le reste de la population. Pourtant, ils sont moins susceptibles de recevoir un traitement alors qu’ils y ont en principe accès plus facilement. Une nouvelle étude de l’Université du Michigan propose une explication possible à ce paradoxe, en indiquant que les étudiants en médecine dépressifs sont plus susceptibles que leurs pairs non dépressifs d’être d’accord avec des préjugés sur la dépression. Les chercheurs ont interrogé 769 étudiants inscrits à la faculté de médecine de l’Université. Ils ont évalué le niveau de dépression des participants et leur ont demandé d’indiquer s’ils étaient d’accord ou non avec 27 affirmations concernant les préjugés et la dépression. Le taux de dépression modérée à sévère était de 18 pour cent chez les femmes et de 9 pour cent chez les hommes. Les étudiants de troisième et de quatrième année étaient plus nombreux à affirmer avoir des pensées suicidaires que les étudiants de première et de deuxième année (8 pour cent contre 1 pour cent). Les étudiants ayant une dépression modérée à sévère étaient plus susceptibles que ceux ne souffrant d’aucune dépression ou d’une dépression minimale d’être d’accord avec l’affirmation selon laquelle les autres étudiants et les enseignants considèrent que les personnes dépressives sont incapables de s’acquitter de leurs responsabilités (83 pour cent contre 55 pour cent). Ils étaient aussi plus susceptibles de croire que leurs condisciples respecteraient moins leur avis (56 pour cent contre 24 pour cent). Les hommes étaient plus susceptibles que les femmes de croire que les étudiants dépressifs représentaient un danger pour leurs patients (36 pour cent contre 20 pour cent). Les étudiants ayant des niveaux élevés de dépression étaient moins enclins que ceux ayant des niveaux bas à affirmer qu’ils chercheraient à traiter leur dépression (47 pour cent contre 87 pour cent). En fait, entre 70 et 80 pour cent d’entre eux ont déclaré qu’ils n’avaient jamais été diagnostiqués ou traités pour la dépression. Selon les auteurs, ces constatations montrent qu’il faut de nouvelles approches « pour réduire les préjugés entourant la dépression et améliorer la prévention, la détection et le traitement de celle-ci. »

Journal of the American Medical Association, 15 septembre 2010, vol. 304, no 11, p. 1181‑1190. Thomas L. Schwenk et coll., département de médecine généraliste, Université du Michigan, Ann Arbor, Michigan.

 

Un service mobile aide les travailleuses du sexe à accéder à un traitement contre la toxicomanie

Selon des chercheurs de l’Université de Colombie-Britannique, à Vancouver, un programme mobile d’action sociale géré par des pairs augmente la probabilité que les travailleuses du sexe consommant de la drogue entament un traitement de la toxicomanie. Les chercheurs ont interrogé 242 travailleuses du sexe au début de l’étude, puis deux fois par an sur une période de 18 mois, obtenant ainsi 479 comptes rendus. Selon eux, 42 pour cent des comptes rendus indiquaient que la répondante avait eu recours aux services de la camionnette du programme mobile d’action sociale de Vancouver, qui fonctionne de nuit avec une équipe constituée d’une conductrice, d’une travailleuse de soutien et d’une pair-conseillère. Les femmes ayant utilisé les services de la camionnette d’action sociale étaient plus susceptibles de présenter un risque élevé, à savoir d’avoir eu 10 clients ou plus au cours de la semaine précédente et d’exercer dans des endroits isolés, comme des allées, des rues secondaires ou des zones industrielles. Au total, 45 comptes rendus indiquaient que les femmes interrogées avaient eu recours à des services de traitement de la toxicomanie pour personnes hospitalisées (désintoxication ou traitement de la toxicomanie en établissement), et 161 comptes rendus indiquaient qu’elles avaient utilisé des services de consultations externes (méthadone ou counseling en matière de toxicomanie). Les femmes utilisant les services de la camionnette d’action sociale étaient au moins quatre fois plus susceptibles que les autres femmes d’accéder à des services de traitement de la toxicomanie pour personnes hospitalisées. Elles étaient également six fois plus susceptibles de consulter un conseiller en toxicomanie. Les auteurs de l’étude concluent que les programmes mobiles d’action sociale jouent un rôle essentiel pour atteindre les travailleuses du sexe « là où elles travaillent, quand elles travaillent », ce qui facilite leur accès aux services de traitement de la toxicomanie.

Drug and Alcohol Dependence, 2010, doi : 10.1016/j.drugalcdep.2010.07.007. Kathleen N. Deering et coll., School of Population and Public Health, Université de Colombie-Britannique, Vancouver, Colombie‑Britannique.

 

La mise en avant des facteurs neurobiologiques a peu d’effet sur les préjugés

Selon des chercheurs de l’Université de l’Indiana, l’accent mis sur l’origine neurobiologique de la maladie mentale au cours des deux dernières décennies par les défenseurs des droits, les décideurs et les professionnels de la santé a peu d’effet sur la réduction des préjugés. Les chercheurs ont interrogé près de 2 000 personnes en 1996 et en 2006. En 2006, quatre-vingt-six pour cent de ces personnes pensaient que la schizophrénie avait une cause neurobiologique, contre 76 pour cent en 1996. Pour la dépression, ces chiffres étaient de 54 pour cent en 1996 et de 67 pour cent en 2006. En ce qui concerne la dépendance à l’alcool, la proportion est passée de 38 pour cent en 1996 à 47 pour cent en 2006. Cependant, la croyance selon laquelle la dépendance à l’alcool est due à une mauvaise moralité a aussi augmenté, passant de 49 pour cent en 1996 à 65 pour cent en 2006. Le nombre de personnes croyant dans l’utilité d’un traitement médical a augmenté pour les trois affections susmentionnées. Cependant, seule la schizophrénie a reçu une majorité d’avis favorables pour une hospitalisation, passant de 53 pour cent en 1996 à 66 pour cent en 2006. Malgré ces tendances essentiellement positives, les chercheurs n’ont constaté aucune diminution sensible des préjugés. En fait, ils ont observé une hausse importante du nombre de personnes indiquant avoir des appréhensions à l’idée que l’un de leurs voisins soit schizophrène ou qu’un membre de leur famille épouse une personne dépendante à l’alcool. Ils ont remarqué une augmentation générale de toutes les attitudes stigmatisantes en ce qui concerne la schizophrénie. Ils suggèrent que pour lutter plus efficacement contre les préjugés, il faut davantage mettre en avant les capacités, les compétences et l’intégration sociale des personnes ayant une maladie mentale.

American Journal of Psychiatry, 15 septembre 2010 en ligne, doi : 10.1176/appi.ajp.2010.09121743. Bernice A. Pescosolido et coll., Schuessler Institute for Social Research, Université de l’Indiana, Bloomington, Indiana.

 

Les centres d’injection supervisés favorisent l’arrêt de la consommation de drogue

Selon des chercheurs du St. Paul’s Hospital de Vancouver (Colombie-Britannique), les centres d’injection supervisés amélioreraient le recours au traitement de la toxicomanie, augmentant ainsi la probabilité que les consommateurs cessent d’utiliser des drogues injectables. Les chercheurs ont suivi 902 personnes qui se sont rendues dans un centre d’injection supervisé de Vancouver entre décembre 2003 et juin 2006. Après deux ans de participation à cette étude, 57 pour cent des personnes avaient suivi un traitement pour usage de drogues injectables et 23 pour cent avaient cessé d’utiliser des drogues injectables pendant au moins six mois. Les personnes qui fréquentaient régulièrement les centres d’injection et celles qui avaient des contacts réguliers avec des conseillers en toxicomanie au centre étaient plus susceptibles d’avoir suivi un traitement. Les participants qui travaillaient dans l’industrie du sexe ou qui étaient autochtones étaient moins susceptibles de suivre un traitement. Selon les chercheurs, la fourniture d’un endroit sûr pour la consommation de drogues injectables attirerait une population cachée d’utilisateurs dans le milieu des soins de santé, ce qui pourrait amener ceux-ci à cesser leur consommation. À propos de leur constatation selon laquelle les personnes autochtones sont moins susceptibles de suivre un traitement, les chercheurs concluent qu’il est nécessaire de « trouver pour le traitement de la toxicomanie des services novateurs et culturellement adaptés, élaborés en consultation avec les personnes autochtones qui consomment de la drogue ».

Drug and Alcohol Dependence, 30 août 2010 en ligne, doi : 10.1016/j.drugalcdep.2010.07.023. Kora DeBeck et coll., B.C. Centre for Excellence in HIV/AIDS, St. Paul’s Hospital, Vancouver, Colombie‑Britannique.