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Automne 2010, Volume 14, no 1

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Dernières nouvelles de la recherche

 

Par Mark de la Hey

 

La dissociation est fréquente chez les personnes ayant des troubles liés à l’abus d’alcool et de drogues

Des chercheurs de l’Université de Hambourg (Allemagne) ont découvert des taux élevés de dissociation chez les personnes ayant des problèmes de toxicomanie, en particulier lorsque la dépendance concerne à la fois l’alcool et les drogues. Toutefois, ces liens semblent résulter des caractéristiques sous-jacentes de ces personnes, plutôt que de la consommation de ces substances. L’étude portait sur 459 personnes, dont 182 étaient dépendantes à l’alcool, 154 à la drogue et 123 à ces deux substances. Les participants ont rempli des questionnaires visant à confirmer leur dépendance à l’alcool et à la drogue et à mesurer les taux de traumatismes subis pendant l’enfance, de trouble de stress post-traumatique et de dissociation. Les résultats ont montré des taux élevés d’évènements traumatiques subis pendant l’enfance dans chacun des trois groupes. Les chercheurs ont observé chez les personnes dépendantes à la drogue et chez celles dépendantes à la fois à l’alcool et à la drogue des niveaux plus élevés de dissociation par rapport aux personnes uniquement dépendantes à l’alcool. Les femmes dépendantes à la drogue et celles dépendantes à la fois à l’alcool et à la drogue étaient les plus susceptibles de correspondre aux critères du trouble dissociatif. Une faible proportion d’hommes et de femmes dépendants seulement à l’alcool correspondaient à ces critères. Néanmoins, après prise en compte des traumatismes subis pendant l’enfance, des troubles de stress post-traumatique, de l’âge et du sexe, les problèmes de toxicomanie, quels qu’ils soient, n’avaient pas d’incidence significative. En fait, c’est la gravité des traumatismes subis pendant l’enfance, en particulier la violence psychologique, qui avait les liens les plus étroits avec la dissociation. Des taux plus élevés de dissociation étaient également manifestes chez les jeunes participants. Les auteurs ont donc conclu que le dépistage de la dissociation ne devait pas seulement se limiter à repérer les problèmes de toxicomanie, mais devait aussi prendre en compte le sexe féminin, le jeune âge et surtout les antécédents de traumatismes subis pendant l’enfance.

Drug and Alcohol Dependence, 1er juin 2010, vol. 109, nos 1‑3, p. 84‑89. Ingo Schäfer et coll, Center for Interdisciplinary Addiction Research, Université de Hambourg, Hambourg, Allemagne.

 

L’héroïne injectable constitue un traitement efficace contre la dépendance à l’héroïne

Selon une nouvelle étude du King’s College London, l’héroïne injectable peut être plus efficace que la méthadone pour traiter la dépendance à l’héroïne. L’étude a porté sur 127 personnes ayant une dépendance chronique à l’héroïne qui étaient traitées avec de la méthadone orale, mais qui continuaient à s’injecter régulièrement de l’héroïne de la rue. Les participants ont été désignés pour recevoir de l’héroïne injectable, de la méthadone injectable ou de la méthadone orale à des doses optimisées. Après six mois, 88 pour cent des personnes ayant reçu de l’héroïne injectable étaient restées sous traitement, contre 81 pour cent de celles ayant reçu de la méthadone injectable et 69 pour cent de celles ayant reçu de la méthadone orale. Le principal résultat visé était d’atteindre au moins 50 pour cent d’échantillons d’urine négatifs à l’héroïne de rue pendant les trois derniers mois de l’étude. Ce résultat a été atteint par 72 pour cent des personnes sous héroïne injectable, contre 39 pour cent de celles sous méthadone injectable et 27 pour cent de celles sous méthadone orale. L’abstinence à l’héroïne de rue au cours du dernier mois de l’étude a été atteinte par 37 pour cent des personnes sous héroïne injectable, 18 pour cent de celles sous méthadone injectable et 8 pour cent de celles sous méthadone orale. Selon les auteurs, bien que les coûts du traitement injectable supervisé soient relativement élevés, le gain en termes de réduction de la consommation d’héroïne est significatif compte tenu du danger considérable que cette drogue fait courir aux consommateurs, à leur famille et à la population générale.

Lancet, 29 mai 2010, vol. 375, no 9729, p. 1885‑1895. John Strang et coll., National Addiction Centre, King’s College London, Londres, Royaume-Uni.

 

On constate des taux élevés de TSPT et de dépression chez les vétérans d’Irak

D’après une nouvelle étude menée par l'Institut de recherche militaire Walter Reed de Silver Spring (Maryland), les soldats américains revenant du combat en Irak présentent des taux continuellement élevés de trouble de stress post-traumatique (TSPT) et de dépression. L’étude a porté sur 13 226 soldats de l’armée des États-Unis, issus de quatre brigades de combat de l’armée régulière et de deux brigades de combat de la Garde nationale. Les chercheurs ont réalisé auprès des soldats des enquêtes anonymes sur la santé mentale, trois et douze mois après que ceux-ci sont rentrés d’Irak. Après trois mois, les taux de TSPT avec déficience fonctionnelle grave étaient de huit pour cent chez les soldats de l’armée régulière et de sept pour cent chez les soldats de la Garde nationale. Après douze mois, les taux avaient augmenté pour passer à neuf pour cent chez les soldats de l’armée régulière et à douze pour cent chez les soldats de la Garde nationale. À trois mois, les taux de dépression avec déficience fonctionnelle grave étaient de huit pour cent chez les soldats de l’armée régulière et de cinq pour cent chez les soldats de la Garde nationale. À douze mois, ces taux avaient augmenté et étaient passés à neuf pour cent chez les soldats de l’armée régulière et à sept pour cent chez les soldats de la Garde nationale. Le fait que les taux de TSPT et de dépression aient augmenté entre les enquêtes effectuées au troisième mois et au douzième mois a conduit les auteurs à conclure que les 12 à 18 mois généralement accordés aux soldats de l’armée régulière entre deux déploiements pourraient ne pas être suffisants pour leur permettre de récupérer.

Archives of General Psychiatry, juin 2010, vol. 67, no 6, p. 614‑623. Jeffrey L. Thomas et coll., Department of Military Psychiatry, Walter Reed Army Institute of Research, Silver Spring, Maryland.

 

Les jeunes fumeurs savent rarement reconnaître les signes avant-coureurs de l’accoutumance

D’après une étude de la Faculté de médecine de l’Université du Massachusetts à Worcester, les jeunes qui fument occasionnellement présentent des symptômes manifestes de dépendance à la nicotine, mais ne se rendent pas souvent compte que ce sont les signes avant-coureurs de l’accoutumance. Les chercheurs ont examiné les données concernant 370 adolescents recueillies dans le cadre d’une étude de quatre ans sur la dépendance à la nicotine. Soixante‑deux pour cent de ces jeunes, âgés de 11 à 13 ans au début de l’étude, fumaient au moins une fois par mois, dont 25 pour cent quotidiennement. Trente-trois pour cent ont signalé des symptômes de dépendance, comme l’état de manque, des symptômes de sevrage, la sensation d’accoutumance ou la difficulté à contrôler leur consommation de cigarettes. Plus les participants fumaient fréquemment, plus nombreux étaient les symptômes de dépendance qu’ils signalaient. Quarante pour cent des jeunes qui fumaient au moins une fois par mois sont passés à une consommation quotidienne. La présence d’un symptôme de dépendance, quel qu’il soit, augmentait le risque que la consommation devienne quotidienne. Les participants ont généralement ressenti un état de manque et des symptômes du syndrome de sevrage à la nicotine avant de passer à une consommation quotidienne de tabac. C’est après s’être mis à fumer quotidiennement qu’ils ont commencé à éprouver une sensation d’accoutumance et des difficultés à contrôler leur consommation. Selon les auteurs, ce schéma indique que le tabagisme non quotidien engendre une dépendance à la nicotine, laquelle entraîne une augmentation de la fréquence de la consommation de tabac. Cette dernière génère à son tour d’autres symptômes de dépendance, créant une boucle de réaction positive qui accroît la fréquence du tabagisme. Les jeunes ne se rendent généralement pas compte que l’état de manque et le sevrage sont des symptômes d’accoutumance. Par conséquent, les auteurs ont recommandé de mener d’autres recherches afin d’établir si le fait d‘apprendre aux jeunes à reconnaître les premiers symptômes de la dépendance pourrait contribuer à rendre plus efficaces les efforts pour arrêter de fumer.

Pediatrics, juin 2010, vol. 125, no 6, p. 1127‑1133. Chyke A. Doubeni et coll., Département de médecine familiale et de santé communautaire, Faculté de médecine, Université du Massachusetts, Worcester, Massachusetts.

 

Manquer la victoire de peu inciterait les joueurs à problèmes à jouer davantage

Selon des recherches menées par l’Université de Nottingham (Angleterre), chez les joueurs réguliers, le fait de manquer la victoire de peu stimule les parties du cerveau associées à la récompense, ce qui pourrait les inciter à jouer davantage. Les chercheurs ont recruté 20 joueurs réguliers, de la personne jouant à des fins uniquement récréatives à celle ayant probablement un problème de jeu pathologique. Ils ont effectué des IRM fonctionnelles sur les participants pendant que ceux-ci jouaient à une simulation de machine à sous. Deux bobines étaient présentées sur un écran d’ordinateur et les participants devaient choisir une icône sur la bobine de gauche. La bobine de droite tournait et si elle s’arrêtait sur l’icône choisie, le participant recevait une petite récompense pécuniaire. Les chercheurs ont observé chez les participants des réponses significatives dans la région du cerveau appelée striatum ventral après que ceux-ci ont gagné ou qu’ils ont perdu de peu (arrêt de la bobine sur l’icône juste au-dessus ou au-dessous de celle choisie). Ils ont également remarqué une relation positive entre la gravité du problème de jeu et la réponse dopaminergique dans le mésencéphale lorsque le joueur avait perdu de peu – plus le problème de jeu était grave, plus la réponse était importante. Aucune relation de ce genre n’a été constatée dans les situations de victoire. Ces résultats suggèrent que le fait de perdre de peu améliore la transmission de la dopamine chez les joueurs à problèmes, ce qui pourrait expliquer ce qui incite les joueurs perdant de peu à jouer davantage. Selon les chercheurs, ce phénomène attire l’attention sur les similarités neurobiologiques entre le jeu problématique et l’accoutumance à la drogue, qui fait également intervenir une transmission plus efficace de la dopamine. Les réponses de l’organisme aux situations où l’on manque la victoire de peu peuvent contribuer à expliquer les distorsions cognitives qui poussent les joueurs à problèmes à surestimer leurs futures chances de gagner. Les chercheurs suggèrent qu’à l’avenir, les médicaments qui réduisent la transmission de la dopamine pourraient contribuer à l’atténuation de ces distorsions cognitives.

Journal of Neuroscience, 5 mai 2010, vol. 30, no 18, p. 6180‑6187. Henry W. Chase et Luke Clark, School of Psychology, Université de Nottingham, Nottingham (Royaume-Uni).

 

Chez les adolescents, le frisson d’un comportement à risque l’emporte sur les préoccupations relatives à ses conséquences

De nouvelles recherches menées par le University College London révèlent que la tendance des adolescents à adopter un comportement à risque s’explique non pas par la difficulté à évaluer les conséquences négatives de leur comportement, mais par le fait qu’ils privilégient le frisson ressenti dans les situations à risque. Les chercheurs ont recruté 89 hommes : 20 préadolescents de 9 à 11 ans, 26 jeunes de 12 à 15 ans au début de l’adolescence, 26 jeunes de 15 à 18 ans au milieu de l’adolescence et 17 adultes de 25 à 35 ans. Les participants ont actionné l’une des deux « roues de la Fortune » qui leur étaient présentées sur un ordinateur et ont fait part de leur réaction émotionnelle après chaque essai. Les chercheurs ont constaté que la capacité à évaluer la valeur attendue (valeur des résultats potentiels pondérée par la probabilité qu’ils se produisent) augmentait avec l’âge. Les participants plus âgés ont montré une préférence pour les jeux d’argent avec une valeur attendue plus élevée. En revanche, la préférence pour les jeux d’argent risqués (jeux avec une variance plus importante dans le résultat) culminait chez les jeunes de 14 ans et déclinait avec l’âge. Par rapport aux préadolescents, on a observé chez les jeunes au début de l’adolescence une hausse significative des sentiments de soulagement ou de regret quand ils voyaient que le résultat aurait pu être pire ou meilleur s’ils avaient choisi l’autre roue. Ces émotions diminuaient à mesure que l’on progressait vers le milieu de l’adolescence et l’âge adulte. Selon les chercheurs, la préférence des adolescents pour les jeux d’argent à risque semble être largement mue par la forte joie ressentie en gagnant dans des situations où ils s’en sont sortis de justesse (où le résultat aurait pu être bien pire s’ils avaient choisi l’autre roue). Ces résultats éclairent certes les raisons pour lesquelles les adolescents prennent des risques, mais les auteurs préviennent que la prise de risques dans la vie réelle a probablement diverses causes sous-jacentes.

Cognitive Development, avril-juin 2010, vol. 25, no 2, p. 183‑196. Stephanie Burnett et coll., University College London Institute of Cognitive Neuroscience, Londres (Royaume-Uni).

 

La thérapie par téléphone pourrait atténuer la dépression

Selon des nouvelles recherches menées par la Brigham Young University de Provo (Utah), la psychothérapie par téléphone pourrait être presque aussi efficace qu’une psychothérapie en face à face pour traiter la dépression. Cette étude de six mois a porté sur 30 adultes suivant un traitement pour une dépression dans une clinique externe de santé mentale. Le traitement comportait une thérapie cognitivo-comportementale dispensée par téléphone pendant huit séances hebdomadaires d’une demi-heure, suivies de deux séances de rappel mensuelles d’une demi-heure. Tous les participants ont passé l’évaluation de suivi à trois mois, et 87 pour cent ont passé l’évaluation à six mois. Tous les participants ont suivi au moins une séance téléphonique, 90 pour cent en ont fait au moins quatre et 77 pour cent au moins huit. À l’évaluation des six mois, 69 pour cent des participants ont déclaré être « très satisfaits » du traitement reçu. Quarante-deux pour cent des participants ont été considérés comme rétablis après six mois, tandis que dans une autre étude récente sur la thérapie cognitivo-comportementale dispensée en face à face, les chiffres étaient de 50 pour cent. Le coût de chaque séance de thérapie par téléphone était d’environ 40 dollars, ce qui est avantageux par rapport aux 96 dollars récemment estimés pour une séance traditionnelle de counseling dans un cabinet. Les participants à l’étude ont indiqué qu’ils appréciaient l’intimité et la souplesse du counseling par téléphone. Selon les auteurs, la thérapie par téléphone a l’avantage d’éviter quelques-uns des obstacles associés à la psychothérapie traditionnelle en cabinet, comme les préjugés, le déplacement, le temps d’attente et les coûts.

Behavior Therapy, juin 2010, vol. 41, p. 229‑236. Steve Tutty et coll., Brigham Young University, Provo, Utah.