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Été 2010, Volume 13 no 4

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Dernières nouvelles de la recherche

 

Par Mark de la Hey

 

Les personnes ayant eu des épisodes d’incapacité mentale risquent davantage de rechuter

Une nouvelle étude réalisée par le Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto, en Ontario, révèle que les travailleurs qui ont bénéficié d’un congé d’invalidité pour cause de maladie mentale sont plus à risque de connaître un nouvel épisode de cette sorte. Ces conclusions sont fondées sur des données recueillies sur 10 061 travailleurs employés par une société canadienne d’exploitation de ressources. Douze pour cent de ces employés ont eu un épisode d’invalidité en 2005 : deux pour cent pour un trouble mental et 10 pour cent pour un problème physique. En comparaison des travailleurs qui ont eu des épisodes d’invalidité liés à un problème physique, les cas d’incapacité mentale ont été plus nombreux parmi les femmes, les couples ayant des problèmes conjugaux ou les célibataires. Les taux de rechute étaient élevés chez les personnes ayant eu des épisodes d’incapacité mentale. En comparaison de ceux qui n’en avaient jamais eu, les travailleurs ayant connu des épisodes d’invalidité mentale ont été presque sept fois plus nombreux à revivre de tels épisodes par la suite. En revanche, par rapport à ceux qui n’en avaient jamais eu, les travailleurs qui avaient eu des épisodes d’invalidité liée à des problèmes physiques n’ont été que deux fois plus nombreux à retraverser de tels épisodes par la suite. Le fait que les travailleurs mariés étaient moins nombreux à avoir un épisode d’incapacité mentale que leurs collègues mariés qui avaient des problèmes conjugaux laisse penser que le soutien en milieu de travail pourrait aider à protéger les travailleurs contre l’incapacité mentale.

Journal of Occupational and Environmental Medicine, décembre 2009, vol. 51, no 12, p. 1394‑1402. Carolyn S. Dewa et coll., programme d’évaluation et de recherche sur le bien-être en milieu de travail, Centre de toxicomanie et de santé mentale, Toronto (Ontario).

 

L’usage de cannabis à un jeune âge peut accroître le risque de psychose

L’usage de cannabis à un jeune âge peut accroître considérablement le risque de psychose chez les jeunes adultes, selon les recherches du Park Centre for Mental Health à Wacol, en Australie. Les chercheurs ont étudié la relation entre l’usage de cannabis et la santé mentale chez 3 801 sujets nés entre 1981 et 1984. Ces personnes ont été suivies pendant 21 ans au terme desquels ils ont été interrogés sur leur usage du cannabis et soumis à des évaluations visant à déterminer s’ils avaient une psychose non affective, des hallucinations et des idées délirantes. Soixante‑cinq sujets ont fait l’objet d’un diagnostic de psychose non affective telle que la schizophrénie, un trouble délirant persistant ou des troubles psychotiques aigus et transitoires, et 233 ont été consignés à l’interview diagnostique comme ayant eu des hallucinations au moins une fois. En comparaison de ceux qui n’en avaient jamais fait l’usage, les sujets qui avaient fait l’usage de cannabis pendant six ans ou plus étaient deux fois plus nombreux à développer une psychose non affective, quatre fois plus nombreux à avoir des scores élevés d’idées délirantes et presque trois fois plus nombreux à avoir eu des hallucinations. Parmi les 228 couples de frères ou de sœurs formant l’échantillon étudié, ceux qui avaient fait l’usage de cannabis pendant de plus longues périodes étaient plus nombreux à avoir des scores élevés d’idées délirantes. Ceci réduit les probabilités que les associations notées dans cette étude fussent le résultat d’influences génétiques ou environnementales, car on pourrait présumer que les frères ou les sœurs ont le même bagage génétique et environnemental.

Archives of General Psychiatry, 1er mars 2010, vol. 67, no 5, doi : 10.1001/archgenpsychiatry.2010.6. John McGrath et coll., Queensland Centre for Mental Health Research, Park Centre for Mental Health, Wacol, Australie.

 

Les infirmières exercent une influence bénéfique sur les enfants de clients ayant des troubles psychiatriques

Les enfants de parents ayant une maladie mentale, c’est bien connu, sont davantage à risque de maladie mentale et de troubles du comportement au cours de leur vie. Cependant, des recherches réalisées par l’Université de Kuopio en Finlande indiquent que les infirmières, qui sont en contact fréquent avec les clients et leur famille, peuvent contribuer de manière considérable à améliorer l’issue pour les enfants de ces clients. Les résultats de l’étude ainsi réalisée sont fondés sur les réponses aux questionnaires remplis par 222 infirmières autorisées et 88 infirmières auxiliaires affectées au service psychiatrique pour adultes de divers centres hospitaliers universitaires de Finlande. Bien que la plupart des infirmières aient déclaré avoir rencontré les enfants de leurs clients quelquefois par an ou ne les avoir jamais rencontrés, 95 pour cent des infirmières autorisées et 96 pour cent des infirmières auxiliaires ont affirmé avoir régulièrement recueilli des renseignements sur ces enfants. Toutes les infirmières ont affirmé qu’elles cherchaient à garantir la sécurité des enfants et à leur obtenir les soins nécessaires au besoin. Soixante‑huit pour cent des infirmières autorisées et 70 pour cent des infirmières auxiliaires ont pris le temps d’expliquer aux enfants la maladie de leur père ou de leur mère. Cependant, seuls 46 pour cent des infirmières ont abordé avec les enfants la crainte qu’ils ont d’avoir, eux aussi, une maladie mentale. Les infirmières autorisées étaient plus nombreuses à discuter de la situation du père ou de la mère avec les enfants si elles-mêmes avaient des enfants ou si elles étaient plus âgées, avaient 20 ans d’expérience ou plus, étaient divorcées ou veuves, recevaient des soins axés sur la famille ou avaient une éducation familiale supérieure. Les auteurs concluent que les soins axés sur la famille intensifient l’interaction des infirmières avec les enfants et accroissent leur capacité à implanter le travail familial axé sur l’enfant dans l’exercice de leur profession.

Scandinavian Journal of Caring Sciences, mars 2010, vol. 24, no 1, p. 65‑74. Teija Korhonen et coll., département de sciences infirmières, Université de Kuopio, Kuopio, Finlande.

 

Des cliniques pour les jeunes aident les immigrantes préoccupées par l’honneur de la famille

De nombreux pays sont de plus en plus inquiets devant le nombre de jeunes femmes issues de l’immigration qui ont été exposées à des meurtres, à des violences et à d’autres actes perpétrés par les hommes de leur sang au nom de l’honneur de la famille. Les recherches de l’Institut Karolinska, en Suède, indiquent aujourd’hui que les cliniques pour les jeunes peuvent contribuer de très près à résoudre les problèmes des femmes qui craignent les répercussions liées aux mesures visant à protéger l’honneur de la famille. À Stockholm, sept sages‑femmes et cinq conseillères de quatre cliniques pour les jeunes ont participé à une série d’interviews de groupe dans le cadre de cette étude. Le personnel de ces cliniques au service des jeunes femmes aux prises avec des problèmes liés à l’honneur avait pour principal souci de ne pas aggraver leur situation. Le personnel entamait généralement un processus d’analyse des préoccupations qui nécessitait la création d’un refuge, l’évaluation du risque, ainsi que des mesures de réduction des inquiétudes. La crainte constante que le secret de leur activité sexuelle soit découvert et la crainte d’être isolées et de subir des violences étaient pour les femmes une source de stress qui les exposait à la dépression. L’une des difficultés pour elles était que le seul fait de fréquenter la clinique pour les jeunes pouvait être vu par leur famille comme la preuve qu’elles avaient eu des relations sexuelles, ce qui enfreignait les règles de l’honneur. Par conséquent, les femmes pouvaient hésiter à demander de l’aide si la clinique se trouvait dans un lieu public. Les mesures de réduction des inquiétudes prises par le personnel des cliniques pour les jeunes pouvaient inclure l’émancipation, la protection de son secret, la médiation avec la famille, ou la prévention secondaire destinée à empêcher la femme de se remettre dans une situation inquiétante. L’émancipation impliquait généralement de fournir à celle‑ci des renseignements sur le fonctionnement du corps et les questions sexuelles, de lui servir d’alliés et de l’encourager à être maîtresse d’elle-même.

Scandinavian Journal of Caring Sciences, mars 2010, vol 24, no 1, p. 32‑40. Venus Alizadeh et coll., Center for Family and Community Medicine, Institut Karolinska, Huddinge, Suède.

 

L’hostilité peut créer un lien entre l’humeur dépressive et la mortalité

L’humeur dépressive est connue pour être associée à un risque accru de décès. Aujourd’hui, de nouvelles recherches réalisées par l’Hôpital européen Georges‑Pompidou, à Paris, indiquent que cette association peut s’expliquer en grande partie par l’hostilité. En France, des chercheurs ont suivi 14 356 employés des sociétés nationales de gaz et d’électricité sur une période moyenne de 15 ans ayant débuté en 1989. Ils ont demandé aux employés de remplir des questionnaires pour évaluer leur humeur et leur personnalité. Au terme de l’étude, 687 participants étaient décédés. La mortalité avait été prédite par l’humeur dépressive, même après la prise en compte de variables telles que l’âge, le sexe, le niveau de scolarité, l’indice de masse corporelle, la consommation d’alcool et le tabagisme. Cependant, un ajustement pour l’hostilité (les pensées hostiles) a réduit considérablement cette association. En revanche, l’hostilité a été le seul trait de personnalité à demeurer associé de près à la mortalité après la prise en compte de l’humeur dépressive et de l’ensemble des variables. La mortalité n’a pas été prédite par la personnalité de type A, ce qui met en question les conclusions qui auparavant reliaient la personnalité de type A à une mauvaise santé et à la mortalité. Les auteurs avancent que l’hostilité peut accroître la mortalité en favorisant l’humeur dépressive, ou que l’humeur dépressive pourrait entraîner plus d’hostilité, ce qui au final pourrait augmenter la mortalité. Ils recommandent des recherches plus poussées pour déterminer si des interventions thérapeutiques ciblant l’hostilité pourraient améliorer les résultats en termes de santé associés à l’humeur dépressive chez les personnes en bonne santé et chez les personnes malades.

Psychotherapy and Psychosomatics, 2010, vol. 79, no 3, p. 164‑171. Cédric Lemogne et coll., service de psychologie clinique et de psychiatrie de liaison, Hôpital européen Georges‑Pompidou, Paris, France.

 

La discrimination liée à l’orientation sexuelle accroît le risque de toxicomanie

Selon des recherches effectuées par l’Université du Michigan à Ann Arbor, la discrimination semble accroître le risque de toxicomanie chez les lesbiennes, les gays et les personnes bisexuelles qui en sont victimes à l’âge adulte. Les chercheurs ont utilisé les données recueillies sur plus de 34 000 adultes américains [dont 577 se sont dits lesbiennes, gays ou bisexuels (LGB) au cours de la vague 2 de l’enquête épidémiologique nationale de 2004‑2005 sur l’alcool et les affections s’y rapportant (National Epidemiologic Survey on Alcohol and Related Conditions)]. Dans l’ensemble, les troubles de toxicomanie étaient plus répandus chez les adultes LGB (28 pour cent) que chez les adultes hétérosexuels (11 pour cent). Environ les deux tiers des adultes LGB ont subi au moins un type de discrimination au cours de leur vie. Au cours de la dernière année, 38 pour cent des adultes LGB ont cité une discrimination liée à leur orientation sexuelle, 48 pour cent une discrimination fondée sur le sexe, 50 pour cent une discrimination fondée sur l’origine raciale ou ethnique et 11 pour cent une discrimination liée à ces trois caractéristiques. Pour les adultes LGB qui ont cité ces trois formes de discrimination, les probabilités ajustées d’avoir un trouble de toxicomanie au cours de la dernière année étaient presque quatre fois plus fortes que pour ceux qui n’ont signalé aucune forme de discrimination. Ceux qui ont déclaré une discrimination d’ordre racial seulement au cours de leur vie ou qui ont rapporté à la fois une discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et une discrimination fondée sur le sexe couraient également un risque considérablement accru de troubles de toxicomanie en comparaison de ceux qui n’ont cité aucune discrimination. Les auteurs concluent que les professionnels de la santé devraient prendre en compte « le rôle des formes de discrimination multiples dans l’apparition et le traitement de troubles de toxicomanie chez les adultes LGB. »

American Journal of Public Health, 14 janvier 2010 en ligne : e1-e7, doi : 10.2015/AJPH.2009.163147. Sean Esteban McCabe et coll., Substance Abuse Research Center, Université du Michigan, Ann Arbor, Michigan.

 

Femmes enceintes contraintes sous pression à poursuivre un traitement contre la toxicomanie

Selon une étude réalisée par la Wayne State University de Detroit, au Michigan, les pressions exercées de l’extérieur peuvent accroître, pour les femmes enceintes faisant l’usage de drogues, le risque de devoir rester sous traitement. Des chercheurs ont examiné les données recueillies sur 200 femmes ayant participé à des essais cliniques dans le cadre d’une étude menée par le National Institute on Drug Abuse et reçu un traitement contre la toxicomanie offert en milieu communautaire. On a demandé à ces femmes si elles avaient été contraintes de participer à un traitement à force de pressions et sous peine d’emprisonnement ou sous peine de perdre la garde de leurs enfants ou leur logement. Trente‑six participantes ont déclaré avoir été contraintes sous pression à entreprendre un traitement, tandis que 164 n’ont subi aucune pression. Parmi celles qui ont rapporté une contrainte, 44 pour cent ont été soumises aux pressions de la justice, 17 pour cent à des pressions liées à leur logement, 36 pour cent aux pressions des services de protection de l’enfance et trois pour cent aux pressions de la justice et des autorités responsables du logement. Les chercheurs ont conclu que les femmes du groupe sous pression ont suivi en moyenne 71 jours de traitement avant de décrocher, contre 46 jours dans le groupe n’ayant subi aucune pression. Le groupe sous pression avait également moins de résultats positifs aux tests de dépistage de drogues dans l’urine au départ (29 pour cent contre 40 pour cent), pendant le traitement (15 pour cent contre 29 pour cent) et après trois mois (18 pour cent contre 27 pour cent), en comparaison du groupe n’ayant subi aucune pression. Bien que la réduction et la prévention de l’usage de drogues pendant la grossesse soit un objectif important, les auteurs émettent une mise en garde : « les pressions exercées de l’extérieur risquent d’inciter les intéressées à s’éloigner des milieux de soins de santé ou de les dissuader de divulguer leur consommation de drogues ».

Drug and Alcohol Dependence, 1er mars 2010, vol. 107, nos 2-3, p. 149‑153. Steven J. Ondersma et coll., département de psychiatrie et de neurosciences du comportement, Wayne State University, Detroit, Michigan.