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Le Docteur virtuel est branché

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La technologie au secours des jeunes en détresse

 

Par Helen Buttery

Printemps 2010, Volume 13, no 3

 

 

Kirsten* et sa mère, Carol*, ont rendez-vous avec une psychiatre de l’adolescent – pour une consultation virtuelle. Elles viennent chercher de l’aide parce que Kirsten, 12 ans, est en proie à des angoisses, de la dépression et des terreurs nocturnes qui ont commencé après qu’elle a été victime, il y a quatre ans, de violences sexuelles. Lorsque Kirsten et sa mère arrivent à l’hôpital de leur petite ville du Nord de l’Ontario, une infirmière les conduit dans une salle où elles s’assoient devant un grand écran de télévision surmonté d’une caméra vidéo. L’infirmière laisse seules Kirsten et Carol, qui concentrent leur attention sur la télévision. Elles découvrent le regard avenant d’une psychiatre de l’adolescent qui se trouve à des centaines de kilomètres, au Centre des sciences de la santé mentale Ontario Shores, à Whitby. La psychiatre sourit, se présente et commence la séance.

Cette scène se déroule dans la salle d’urgences virtuelle, programme qui, depuis sa création en 2008 dans le Réseau local d'intégration des services de santé du Centre-Est, s’est répandu dans la province. De Scarborough, à l’extrémité est de Toronto, jusqu’au parc Algonquin, dans le Nord de la province, le programme utilise la vidéoconférence interactive en direct, gérée par le Réseau Télémédecine Ontario. Ces salles d’urgences consacrées à la télémédecine relient les jeunes ayant une urgence en santé mentale à trois psychiatres d’Ontario Shores, et reçoivent les patients aiguillés par trois autres hôpitaux – Lakeridge Health, le Centre régional de santé de Peterborough et l’Hôpital Ross Memorial. L’espoir est d’étendre le programme à tout l’Ontario.

L’objectif est réaliste, car le Réseau Télémédecine Ontario constitue le plus vaste réseau de télémédecine au monde. Ce réseau est relié à environ 900 sites en Ontario, dont des bureaux de santé, des centres de traitement de la toxicomanie et des bureaux d’infirmières praticiennes en milieu rural. Selon son directeur général, le Dr Ed Brown, il constitue une ressource précieuse, car l’Ontario se heurte à une répartition inégale des professionnels médicaux. Grâce à la salle d’urgences virtuelle, il vise à rééquilibrer la répartition géographique des spécialistes en reliant et en intégrant les ressources. Ainsi, Peterborough n’a pas de pédopsychiatre mais on peut aiguiller un patient en passant par la salle d’urgences virtuelle et celui-ci sera évalué dans les 72 heures. En ce qui concerne Kirsten, sa conseillère en matière de violences sexuelles l’a aiguillée vers une salle d’urgences virtuelle, et moins de deux semaines plus tard, la jeune fille avait rendez-vous avec une psychiatre de l’adolescent.

L’Ontario se heurte à une répartition inégale des professionnels médicaux. La salle d’urgences virtuelle vise à rééquilibrer la répartition géographique des spécialistes en reliant et en intégrant les ressources.

L’an dernier, le Réseau Télémédecine Ontario a dispensé 53 000 consultations virtuelles. Presque la moitié d’entre elles, dont celle de Kirsten, concernaient des problèmes de santé mentale. Particulièrement efficace dans le domaine de la santé mentale, la télémédecine utilise l’application la plus simple de cette technologie – le dialogue. « Vous n’avez pas besoin d’un équipement extravagant », affirme le Dr Brown, qui ajoute : « La technologie est excellente, et vous pouvez recevoir des soins de santé mentale comme si vous étiez physiquement dans le cabinet du médecin. »

Sans ce lien virtuel vital, les jeunes en détresse devraient attendre des mois pour avoir une consultation – si tant est qu’ils trouvent de l’aide. Actuellement, parmi les jeunes de moins de 18 ans atteints d’une maladie mentale, seul un sur six reçoit une aide appropriée en Ontario, selon le Dr Brown. La salle d’urgences virtuelle met tout en œuvre pour augmenter cette proportion, en accélérant un processus souvent entravé par les distances et les temps d’attente. À Ontario Shores, par exemple, les trois psychiatres de l’adolescent qui interviennent dans la salle d’urgences virtuelle dispensent en moyenne sept consultations par semaine.

La Dre Gabrielle Ledger, l’une de ces psychiatres, explique l’importance de recevoir une aide immédiate : « Sur un plan diagnostique, le fait de voir la personne au moment où elle présente les symptômes est très utile ». Imaginez, par exemple, que vous souffriez d’une crise de calculs biliaires, que vous deviez attendre six mois pour voir un médecin et que l’on vous demande au bout de cette période de vous souvenir de ce que vous avez ressenti et d’autres détails précis. C’est la même chose pour les problèmes de santé mentale. « Quand on voit les enfants au début de leur maladie, on peut évaluer la situation quand tout est frais et on a un bon aperçu de ce qui se passe et de la gravité des problèmes », affirme la Dre Ledger.

Les patients sont souvent aiguillés vers la Dre Ledger et les autres psychiatres par le service des urgences ou un médecin de famille. Par exemple, un adolescent frappé d’un début de crise de panique à l’école est aiguillé vers la salle d’urgences virtuelle par son médecin de famille. Autre exemple, après une tentative de suicide, un jeune finit au service des urgences local, où un travailleur social l’aiguille vers la salle d’urgences virtuelle. « C’est un moyen de jeter un pont entre les services existants et d’appuyer l’équipe soignante », affirme la Dre Ledger.

Kirsten avait atteint ce que sa mère appelle « un barrage thérapeutique ». Elle avait besoin d’une aide qui n’était pas disponible dans sa petite collectivité du Nord. « Sa conseillère ne parvenait à lui faire surmonter sa peur et sa dépression », indique Carol. C’est ce qui les a amenées à la salle d’urgences virtuelle. Pendant sa séance, Kirsten a passé des évaluations complètes en matière de psychiatrie et de fonctionnement familial ainsi qu’un dépistage pour d’autres symptômes de santé mentale. « Elle a communiqué des renseignements personnels et privés qu’elle n’avait jamais révélés avant », explique Carol. La psychiatre a donné à Kirsten et à sa mère une rétroaction sur le diagnostic le plus probable et a même prescrit des médicaments psychotropes.

En fait, les possibilités du psychiatre ne se limitent pas au bloc d’ordonnances. Les psychiatres virtuels peuvent remplir un Formulaire 1, qui permet d’hospitaliser une personne pendant un maximum de 72 heures pour des examens psychiatriques complémentaires lorsqu’elle représente un danger pour les autres ou pour elle-même, ou qu’elle est jugée incapable de consentir à un traitement. Pour la Dre Ledger, cette capacité prouve que l’on considère que les consultations virtuelles sont aussi utiles et fiables que les examens en vis-à-vis.

La technologie reflète également la manière dont les jeunes communiquent : « Les enfants utilisent déjà ces technologies dans leur vie quotidienne au moyen de Skype (un service de téléphonie par Internet) et des webémissions », indique la Dre Ledger. « C’est donc en toute logique que nous utilisons cette technologie pour communiquer avec eux. Le docteur est littéralement branché. »

*Noms d’emprunt