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Automne 2009, Vol 13, no 1

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Dernières nouvelles de la recherche

Par Hema Zbogar

 

La phobie sociale altère l’interprétation des repères sociaux

Selon une étude de l’Université du Manitoba à Winnipeg, les personnes qui souffrent de phobie sociale généralisée ont tendance à juger moins approchables les personnes aux visages souriants. Cette étude a examiné 12 personnes souffrant de phobie sociale généralisée et 28 n’ayant pas ce trouble. Les chercheurs ont demandé aux participants de regarder 24 visages émotifs sur un ordinateur portatif et de coter leurs expressions en indiquant si elles étaient joyeuses, dégoûtées ou en colère. On leur a ensuite demandé dans quelle mesure ils seraient susceptibles d’approcher ces personnes et de s’engager dans une interaction sociale avec elles. Les participants des deux groupes ont jugé les visages souriants plus approchables que les visages qui avaient un air de dégoût ou de colère. Cependant, les participants ayant une phobie sociale ont jugé les visages souriants moins approchables que les participants du groupe témoin. Les scores obtenus pour la dépression n’ont pas modifié la cote qu’une personne accorde à la facilité d’approche des personnes ayant un visage souriant. On ne peut donc pas soutenir que les symptômes de dépression étaient à la base de la tendance chez les personnes ayant une phobie sociale de juger les visages souriants moins approchables. Ces résultats concordent avec l’idée selon laquelle les personnes qui souffrent de phobie sociale n’ont pas le biais d’interprétation positive que l’on retrouve chez les personnes qui n’ont pas de phobie sociale. Elles démontrent plutôt un biais d’interprétation négative qui peut s’expliquer par le fait que les personnes qui souffrent de phobie sociale considèrent que les visages souriants expriment la moquerie, la domination sociale ou des attentes sociales élevées. Les auteurs de l’étude font remarquer que ces résultats mettent en lumière le besoin de traitements qui s’attaquent aux biais d’interprétation des signaux sociaux positifs et non pas seulement aux biais d’interprétation des signaux sociaux négatifs.

Campbell, D.W., et coll. Depression and Anxiety, département de psychiatrie, Université du Manitoba, Winnipeg (Manitoba), vol. 26 (mai 2009), p. 419-424.

 


Vulnérabilité accrue à la consommation abusive d’opioïdes chez les personnes ayant des troubles psychiatriques

Selon une nouvelle étude de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health de Baltimore au Maryland, les personnes ayant des troubles psychiatriques sont plus susceptibles de faire un usage non médical d’opioïdes et, inversement, les personnes qui consomment des opioïdes à des fins non médicales sont plus susceptibles de développer des troubles psychiatriques. Les opioïdes sont des substances dont les effets s’apparentent à ceux de la morphine et qui sont utilisés principalement comme analgésiques. Les chercheurs ont examiné les données concernant 43 093 participants au National Epidemiologic Survey on Alcohol and Related Conditions. Cet échantillon comprenait 1 815 personnes qui avaient consommé des opioïdes à des fins non médicales dans leur vie, dont 131 étaient considérés comme dépendants aux opioïdes. Les répondants qui avaient des troubles psychiatriques préexistants (dont troubles de l’humeur, trouble dépressif majeur, trouble bipolaire, trouble panique et trouble anxieux généralisé) étaient plus susceptibles que les personnes en santé de faire usage d’opioïdes à des fins non médicales dans des proportions allant de 2,2 fois plus susceptibles dans le cas des personnes ayant un trouble panique à 3,1 fois dans le cas des personnes ayant un trouble bipolaire. Les troubles psychiatriques préexistants étaient également plus susceptibles de créer une dépendance chez les consommateurs d’opioïdes à des fins non médicales, particulièrement chez les personnes ayant un trouble anxieux généralisé (10,8 fois plus susceptibles) et un trouble bipolaire (9,7 fois plus susceptibles). Par ailleurs, les personnes qui consommaient des opioïdes à des fins non médicales étaient plus à risque de développer des troubles psychiatriques subséquents comparativement aux non-utilisateurs, dans des proportions allant de 2,8 fois plus à risque de développer un trouble anxieux généralisé à 3,6 fois plus à risque de développer un trouble bipolaire. Les consommateurs d’opioïdes jugés dépendants étaient encore plus à risque de développer des troubles psychiatriques, dans des proportions allant de 4,9 fois plus à risque de développer des troubles de l’humeur à 8,5 fois plus à risque de développer un trouble panique. Pour les chercheurs, ces résultats mettent en relief une vulnérabilité générale sous-jacente à la consommation d’opioïdes ainsi qu’aux troubles de l’humeur et aux troubles anxieux, et soutiennent l’idée selon laquelle certains consommateurs d’opioïdes utilisent ces substances pour traiter des troubles psychiatriques préexistants sans l’avis du médecin.

Martins, Silvia S., et coll. Drug and Alcohol Dependence, Department of Mental Health, Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, Baltimore (Maryland), vol. 103 (juillet 2009), p. 16-24.

 

La résistance aux préjugés aide les consommateurs à mener une vie épanouissante

Des recherches menées à l’Université médicale de Vienne révèlent que la capacité de résister aux préjugés de la maladie mentale peut aider les personnes affectées à se rétablir et à vivre une vie épanouissante. Les chercheurs ont demandé à 157 personnes chez qui un diagnostic de schizophrénie ou un trouble schizo-affectif a été posé de remplir des questionnaires évaluant leur expérience subjective de préjugé sur l’échelle ISMI (Internalized Stigma of Mental Illness) qui mesure la résistance aux préjugés et comprend quatre indicateurs de préjugé : la désaffection, l’acceptation des préjugés, la discrimination vécue et le repli sur soi. Presque les deux tiers des répondants ont démontré des niveaux élevés de résistance aux préjugés : 44 p. 100 pour la désaffection, 38 p. 100 pour la discrimination, 34 p. 100 pour le repli sur soi et 15 p. 100 pour l’acceptation des stéréotypes. La résistance aux préjugés a été corrélée positivement avec l’estime de soi, la prise en charge de soi et la qualité de vie. Elle a été corrélée négativement avec la dépression et tous les indicateurs de préjugé sauf la discrimination vécue. Des niveaux élevés de résistance aux préjugés ont été constatés chez les personnes qui avaient un réseau social comptant un nombre suffisant d’amis, les personnes célibataires ou mariées plutôt que séparées et celles qui recevaient des traitements en clinique externe au lieu d’être hospitalisées ou traitées en clinique. Selon les chercheurs, la thérapie peut être plus efficace à réduire les effets des préjugés si elle est axée sur le développement de la résistance aux préjugés puis, en second lieu seulement, sur la lutte contre les préjugés eux-mêmes. 

Ingrid Sibitz, et coll. Schizophrenia Bulletin, département de psychiatrie et de psychothérapie, Université médicale de Vienne, doi: 10.1093/schbul/sbp048 (1er juin 2009).


Une faible réaction à l’alcool augmente les risques de problèmes d’alcool

Selon une étude menée à l’Université de Californie à San Diego, les personnes qui ont une réaction relativement faible à l’alcool sont plus susceptibles de développer des troubles liés à l’abus d’alcool plus tard dans la vie. Des chercheurs ont examiné 297 hommes ayant participé à la San Diego Prospective Study qui consommaient de l’alcool mais n’étaient pas alcoolo-dépendants au moment du recrutement pour déterminer leur réaction à l’alcool. Les hommes étaient âgés de 18 à 25 ans au moment du recrutement et ont été suivis pendant 25 ans. Le tiers avaient développé des troubles liés à l’abus d’alcool au suivi de 25 ans. Les faibles réactions à l’alcool ont accru les risques de développer des troubles liés à l’abus d’alcool à l’âge adulte. Ce résultat se confirmait même lorsque les chercheurs ont examiné d’autres facteurs de risque de développer des troubles liés à l’abus d’alcool, comme les antécédents familiaux, l’âge du premier verre et le niveau de consommation au moment du recrutement. La présence de troubles liés à l’abus d’alcool dans la famille n’a pas eu d’effets comparables, sauf chez les participants qui étaient des buveurs excessifs lorsqu’ils ont été recrutés. Les participants qui étaient des buveurs excessifs lorsqu’ils ont été recrutés risquaient davantage de développer des troubles liés à l’abus d’alcool à l’âge adulte. Les chercheurs ont conclu que leurs résultats prouvaient qu’une faible réaction à l’alcool est un facteur de risque unique de développer des troubles liés à l’abus d’alcool à l’âge adulte et pas simplement le reflet d’un éventail plus large de facteurs de risque.

Trim Ryan S., et coll. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, département de psychiatrie, Université de Californie à San Diego, San Diego, vol. 33, no 9 (septembre 2009), p. 1-9.

 

Le suicide et l’automutilation sont liés à la dépendance à la nicotine chez les filles

De nouvelles recherches provenant de l’hôpital universitaire d’Oulu en Finlande montrent que la dépendance à la nicotine est liée à un risque accru de tentatives de suicide et d’automutilation chez les adolescentes. Les chercheurs ont recueilli des données auprès de 508 personnes âgées de 12 à 17 ans (300 filles et 208 garçons) qui ont été hospitalisées pour recevoir des traitements psychiatriques. Ils ont interviewé les participants au moyen de l’Affective Disorder and Schizophrenia for School-Age Children. Cinquante-cinq participants (35 filles et 20 garçons) avaient fait une tentative de suicide, 95 (74 filles et 21 garçons) s’étaient automutilés et 49 (43 filles et 6 garçons) avaient tenté de se suicider et s’étaient automutilés. Les filles qui avaient une forte dépendance à la nicotine étaient quatre fois plus susceptibles d’avoir fait une tentative de suicide et près de cinq fois plus susceptibles de s’être automutilées que celles qui ne fumaient pas. Même si le risque de tentatives de suicide augmentait en fonction du niveau de dépendance, le risque d’automutilation était élevé même chez les filles ayant une faible dépendance à la nicotine. La dépendance à la nicotine n’avait aucun effet sur les tentatives de suicide ou l’automutilation chez les garçons. Comme il s’agit de la première étude à établir un lien entre la dépendance à la nicotine et les tentatives de suicide et l’automutilation chez les filles mais non chez les garçons, les auteurs demandent d’autres études portant spécifiquement sur le sexe. Ils recommandent également que la dépendance à la nicotine soit prise en compte dans l’évaluation du risque de suicide chez les adolescents.

Riala Kaisa, et coll. Comprehensive Psychiatry, département de psychiatrie, hôpital universitaire d’Oulu, Oulu, Finlande, vol. 50 (juillet-août 2009), p. 293-298.


Les enfants victimes de violence sont revictimisés à l’âge adulte

Une forte proportion des mères adolescentes a fait l’objet de violence physique dans l’enfance, est revictimisée à l’âge adulte et présente un fonctionnement psychosocial perturbé. Des recherches de l’Université de Washington à Seattle viennent de faire la lumière sur les causes qui associent ces phénomènes démontrant que la violence faite aux enfants perturbe d’abord le fonctionnement psychosocial, ce qui conduit, à l’âge adulte, à la revictimisation (violence interpersonnelle) qui, à son tour, maintient ou aggrave le comportement psychosocial perturbé. Les chercheurs ont recruté 229 adolescentes enceintes non mariées et les ont interviewées périodiquement pendant les neuf ans et demi à onze ans et demi. Plus de la moitié avaient été victimes au moins une fois d’un acte de violence physique pendant leur enfance. De 21 à 22 ans, près de la moitié des participantes ont déclaré avoir connu une forme de violence interpersonnelle et 10 p. 100 avoir été victimes d’une agression sexuelle cette année-là. Les taux de dépression et d’anxiété pour tout l’échantillon ne différaient pas de ceux de la population en général. La consommation d’alcool était semblable à celle de la population en général, mais la consommation de marijuana était plus élevée. La violence physique vécue pendant l’enfance a eu un effet sur le degré de stress psychologique vécu dans l’adolescence qui s’est maintenu pendant les premières années de la vie adulte et qui a également mené à la détresse psychologique et à la consommation d’alcool et de drogues à l’âge adulte par deux voies intermédiaires : une qui passait par la détresse psychologique et la violence interpersonnelle subséquente, et l’autre directement par la violence interpersonnelle. La violence physique vécue dans l’enfance a peu influé sur le degré de consommation d’alcool et de drogues et même si la consommation de marijuana a eu des répercussions sur la violence interpersonnelle à l’âge adulte, les voies qui ont mené à la consommation d’alcool et de drogues n’étaient pas aussi importantes que la détresse psychologique dans les résultats à l’âge adulte. Les chercheurs concluent à la nécessité d’une intervention précoce chez les mères adolescentes qui viennent de familles violentes et qui présentent un niveau élevé de détresse psychologique.

Lindhorst, Taryn, et coll. American Journal of Orthopsychiatry, école de travail social, Université de Washington, Seattle, vol. 79 (avril 2009), p. 181-190.


Résultats médiocres dans le cas de la dépression résistante au traitement

De nouvelles recherches provenant du King’s College de Londres révèlent des taux élevés de rechute dans le cas de la dépression résistante au traitement. Au moyen de bases de données comme MEDLINE et PsycINFO, les chercheurs ont relevé neuf études sur les résultats qui mettaient l’accent sur la dépression résistante au traitement. Ces études comptaient au total 1 279 participants, recrutés pour la plupart dans les services de santé secondaires et tertiaires. Globalement, les taux de rechute (réadmission ou décès prématuré) variaient entre 28 p. 100 et 68 p. 100. Cependant, les taux de rechute au cours de l’année suivant la rémission atteignaient 80 p. 100 chez les personnes qui avaient besoin de traitements multiples. Les personnes dont la maladie s’était prolongée avaient environ 40 p. 100 de chances de se rétablir dans les 10 ans. Trois études portaient sur la mortalité et faisaient état de taux comparables à ceux touchant la dépression en général. Les chercheurs ont également constaté que la dépression résistante au traitement était associée à une mauvaise qualité de vie. Les prédicteurs des résultats relevés dans ces études étaient semblables à ceux de la dépression en général, indiquant que la dépression résistante au traitement fait partie du continuum de troubles dépressifs et n’est pas une maladie séparée ou distincte. Compte tenu de la grande variabilité que démontrent les études disponibles pour ce qui est des procédures de recrutement, des définitions et de l’évaluation des résultats, les auteurs recommandent que des études supplémentaires soient faites pour mieux comprendre la dépression résistante au traitement et planifier des traitements efficaces.

Fekadu, Abebaw, et coll. Journal of Affective Disorders, Institute of Psychiatry, King’s College, Londres, vol. 116 (juillet 2009), p. 4-11.