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Hiver 2009/10, Vol 13 no 2

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Dernières nouvelles de la recherche

Hiver 2009/10 volume 13, no 2

Par Mark de la Hey

 

Les ados qui prennent des risques montrent une structure cérébrale d’une maturité surprenante

De nouvelles recherches indiquent que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, les adolescents qui côtoient le danger à travers des comportements comme le tabagisme, l’usage de drogues ou d’alcool et la conduite en état d’ébriété ont un cerveau qui à certains égards est plus mûr dans sa forme que celui de leurs camarades ayant une aversion pour le risque. Les chercheurs de l’Emory University School of Medicine d’Atlanta, en Géorgie, ont utilisé l’imagerie par tenseur de diffusion pour mesurer l’organisation de la substance blanche dans le cerveau de 91 adolescents. Ils ont évalué le comportement dangereux au moyen de l’Adolescent Risk Questionnaire (ARQ), qui mesure les comportements casse‑cou, rebelles, insouciants et antisociaux. Comparés à des adolescents plus prudents, ceux qui s’engageaient dans des comportements risqués avaient dans leur substance blanche frontale une plus grande anisotropie fractionnelle (AF) et une moins grande diffusivité transverse (DT), ces deux facteurs révélant une structure cérébrale plus développée. Les chercheurs ont constaté qu’une bonne partie de la corrélation entre les scores de risque et l’AF et la DT découlait des corrélations avec ce qu’ils appelaient « comportements rebelles » (consommation d’alcool, tabagisme, usage de drogue). Cependant, ils notent que les corrélations avec la substance blanche représentaient tout au plus 25 pour cent de l’écart dans les scores de l’ARQ, ce qui indique que d’autres facteurs inconnus contribuent également à déterminer la propension d’une personne à adopter des comportements dangereux. L’association des comportements risqués à une structure cérébrale plus développée peut s’expliquer par le fait que ces comportements donnent aux adolescents une plus grande « expérience de vie » ou, éventuellement, que le développement précoce du cerveau les pousse à adopter des comportements jugés plus appropriés pour des adultes que pour des adolescents.

PLoS One, août 2009, vol. 4, no 8, doi :10.1371/journal.pone.0006773. Gregory S. Berns et coll., département de psychiatrie et de sciences comportementales, Emory University School of Medicine, Atlanta (Géorgie).

 

Le traitement à l’héroïne, plus efficace que la méthadone

L’héroïne sur ordonnance semble plus efficace que la méthadone dans la thérapie d’entretien des personnes ayant une dépendance à l’héroïne, selon une étude menée par l’Université de Colombie‑Britannique, à Vancouver. Cette étude portait sur 251 usagers d’héroïne de Vancouver et de Montréal, dont 111 ont été choisis au hasard pour recevoir de la méthadone par voie orale, tandis que 115 autres ont été désignés pour recevoir de la diacétylmorphine (ingrédient actif présent dans l’héroïne) par injection. De plus, 25 participants ont été désignés pour recevoir de l’hydromorphone injectable pour valider l’usage illicite d’héroïne déclaré volontairement. Les médications injectables ont été auto-administrées sous surveillance dans des cliniques de traitement. Après un an, 88 pour cent des participants qui avaient reçu de l’héroïne ont continué leur traitement, comparativement à 54 pour cent pour ceux qui avaient reçu de la méthadone. Les taux d’usage de drogues illicites et ceux concernant d’autres formes d’activités illégales ont été réduits de 67 pour cent dans le groupe visé par l’entretien à l’héroïne, tandis que le groupe à la méthadone a vu ces taux diminuer de 48 pour cent. Le groupe désigné pour entretien à l’héroïne a également affiché une plus forte amélioration sur le plan de la santé physique et mentale, de la situation financière, de l’emploi et des relations familiales et sociales. Cependant, les personnes qui ont reçu de l’héroïne ont enregistré plus d’évènements indésirables graves (51 au total), dont 11 surdoses et sept cas de convulsions, qui ont été causés par la drogue employée dans cette étude. Le traitement à la méthadone n’a entraîné que 18 évènements indésirables, dont aucun n’a été causé par la drogue utilisée dans l’étude. Les auteurs recommandent que la thérapie d’entretien à l’héroïne soit offerte dans des cadres disposant d’un personnel médical en mesure d’intervenir rapidement. Bien que les auteurs concluent que la méthadone devrait demeurer le traitement de choix pour la plupart des personnes ayant une dépendance à l’héroïne, ils affirment que l’héroïne sur ordonnance est un « traitement complémentaire sûr et efficace » pour les personnes à qui le traitement à la méthadone n’est pas utile.

New England Journal of Medicine, 20 août 2009, 361, p. 777‑786. Eugenia Oviedo-Joekes et coll., School of Population and Public Health, Université de Colombie-Britannique, Vancouver (Colombie-Britannique).

 

Le traitement des problèmes de toxicomanie et de santé mentale, plus courant chez les minorités sexuelles

Les hommes et les femmes des communautés gaie, bisexuelle ou lesbienne sont considérablement plus nombreux que les personnes hétérosexuelles à recevoir un traitement pour des troubles de toxicomanie ou de santé mentale, selon une étude de l’Université de Californie à Los Angeles. Cette étude était basée sur des interviews réalisées auprès de 2 074 adultes californiens qui ont été sélectionnés pour leur statut minoritaire en termes d’orientation sexuelle. Vingt-neuf pour cent de l’échantillon avait reçu un traitement pour des problèmes de santé mentale ou d’usage d’alcool ou d’autres drogues au cours des 12 mois précédents. Cependant, les femmes lesbiennes et bisexuelles ont été beaucoup plus nombreuses à recevoir ce type de traitement – 55 pour cent, comparativement à 43 pour cent pour les hommes gais et bisexuels, 27 pour cent pour les femmes hétérosexuelles et 17 pour cent pour les hommes hétérosexuels. Parmi les personnes qui n’avaient pas de trouble diagnostiqué, 44 pour cent des femmes lesbiennes et bisexuelles ont néanmoins reçu un traitement, comparativement à 31 pour cent des hommes gais et bisexuels, 17 pour cent des femmes hétérosexuelles et 10 pour cent des hommes hétérosexuels. Les taux plus élevés de traitement chez les minorités sexuelles peuvent être attribuables à des normes culturelles qui sont favorables à la recherche d’une aide au sein de ces minorités ainsi qu’à une plus grande exposition à la discrimination, à la violence et à d’autres évènements stressants de la vie. Les différences en fait de traitement peuvent aussi illustrer les normes culturelles qui prévalent dans les communautés gaie et lesbienne, où les services thérapeutiques sont perçus comme « des lieux appropriés pour surmonter le stress lié à l’appartenance à une minorité sexuelle ». De plus, elles peuvent refléter une tendance persistante à voir l’homosexualité comme une maladie mentale. Des recherches plus poussées sur les effets d’un traitement pour les minorités sexuelles qui n’ont pas de troubles diagnosticables pourraient aider à déterminer si un tel traitement peut diminuer chez une personne le risque de progression vers un degré plus sévère de maladie.

BMC Psychiatry, 14 août 2009, vol. 9, no 52, doi :10.1186/1471-244X-9-52. Christine E. Grella et coll., département de psychiatrie et de sciences biocomportementales, Université de Californie, Los Angeles (Californie).

 

Les interviews de motivation améliorent l’efficacité de la TCC pour l’anxiété

Une recherche réalisée par l’Université York de Toronto a révélé que les personnes ayant un trouble anxieux généralisé réagissent beaucoup mieux à la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) lorsqu’elles bénéficient d’une interview de motivation avant la thérapie. Les chercheurs ont recruté 76 personnes ayant un trouble anxieux généralisé, dont 38 ont été désignées pour recevoir une TCC précédée de quatre séances hebdomadaires d’interviews de motivation, tandis que les 38 autres n’ont reçu que la TCC après une période d’attente de quatre semaines. Les interviews de motivation étaient destinées à accroître la motivation des participants en réduisant leur ambivalence devant la possibilité de changer leur manière de se faire du souci. Six participants ont abandonné le traitement consistant en TCC uniquement, alors que quatre seulement ont abandonné après avoir bénéficié d’un prétraitement dans le cadre d’interviews de motivation. Au terme du traitement, les personnes qui avaient eu des interviews de motivation ont obtenu un score considérablement plus faible au questionnaire sur le souci de la Penn State University que celles qui avaient bénéficié d’une TCC uniquement. Quatre-vingt-douze pour cent des personnes ayant reçu un prétraitement ont eu un score normal au questionnaire sur le souci après avoir terminé la thérapie, contre 71 pour cent pour celles n’ayant reçu qu’une TCC. Non seulement les personnes qui ont reçu un prétraitement réagissent mieux à la TCC, mais les interviews de motivation à elles seules ont permis de réduire leur score de souci même avant qu’elles n’entreprennent la TCC. Les personnes ayant un niveau élevé de souci ont retiré le plus de bienfaits des interviews de motivation. Au sein de ce sous‑groupe, 81 pour cent des personnes ayant bénéficié d’un prétraitement ne remplissaient plus les critères du diagnostic de trouble anxieux généralisé à la fin de leur TCC, comparativement à 56 pour cent pour les personnes ayant bénéficié d’une TCC uniquement. Les auteurs concluent que d’autres recherches s’imposent sur l’adjonction d’interviews de motivation à la TCC pour les personnes présentant un degré sévère d’anxiété.

Journal of Anxiety Disorders, 2009, doi :10.1016/j.janxdis.2009.07.014. Henny A Westra et coll., département de psychologie, Université York, Toronto (Ontario).

 

Les soins axés sur la collaboration stimulent le retour au travail

Les soins de santé mentale axés sur la collaboration accroissent les chances de retour au travail pour les employés touchant des prestations d’invalidité de courte durée en raison de problèmes de santé mentale, tout en générant des économies pour l’employeur, selon une étude du Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto. Cette étude a permis de suivre 124 employés diagnostiqués de troubles psychiatriques et au service d’une grande société d’assurance financière qui avait établi un programme de santé mentale axé sur la collaboration (SMAC). La plupart des employés avaient soit un trouble dépressif majeur, soit un trouble d’adaptation. Soixante-treize d’entre eux ont été aiguillés vers le programme SMAC en plus de recevoir des prestations d’invalidité de courte durée; pour leur part, 51 participants témoins n’ont reçu que des prestations d’invalidité. Quatre-vingt-cinq pour cent des employés du groupe ayant participé au programme SMAC sont finalement retournés au travail et sept pour cent ont bénéficié d’un congé d’invalidité de longue durée. Dans le groupe témoin, seuls 63 pour cent sont retournés au travail et 31 pour cent ont bénéficié d’un congé d’invalidité de longue durée. Les employés du groupe ayant participé au programme SMAC sont restés en moyenne 62 jours en congé d’invalidité de courte durée, comparativement à 76 jours pour les participants témoins. L’employeur a lui aussi bénéficié du programme SMAC, ce qui a coûté en moyenne 2 023 $ pour chaque employé participant, tandis que le groupe de référence a coûté en moyenne 2 378 $. Les auteurs constatent que le modèle SMAC de gestion de l’invalidité est un investissement utile dans la mesure où il est moins coûteux et aide davantage les employés à obtenir un traitement adéquat pour leurs troubles psychiatriques.

Revue canadienne de psychiatrie, juin 2009, vol. 54, p. 379‑388. Carolyn S. Dewa et coll., Programme de recherche et d’évaluation sur le bien-être au travail, Centre de toxicomanie et de santé mentale, Toronto (Ontario).

 

 

Les personnes atteintes de troubles psychiatriques, plus nombreuses à utiliser des plantes médicinales psychoactives

Les usagers de plantes médicinales et de compléments alimentaires (PMCA) sont plus nombreux que les non‑usagers à demander de l’aide pour des problèmes de santé mentale et à être insatisfaits des soins de santé qu’ils reçoivent, selon une étude du Desert Pacific Mental Illness Research, Education and Clinical Center de Los Angeles. S’appuyant sur des données recueillies auprès de 9 585 personnes interrogées dans le cadre de « Healthcare for Communities », une enquête téléphonique nationale réalisée auprès des ménages, des chercheurs ont examiné l’usage de PMCA et de médicaments employés en psychiatrie, les diagnostics de troubles psychiatriques et l’utilisation des services de santé mentale. Ils ont constaté que les usagers de PMCA n’avaient pas des taux significativement plus élevés de troubles psychiatriques, de troubles liés à l’abus d’alcool et de drogues ou d’usage de médicaments employés en psychiatrie. Cependant, l’usage de PMCA était dans une large mesure associé à un besoin perçu en services de santé mentale et à l’insatisfaction à l’égard des soins de santé. Les usagers de PMCA étaient également plus nombreux à avoir consulté un fournisseur de soins de santé mentale ou un médecin en soins primaires au cours de l’année précédente. Si les personnes ayant des troubles psychiatriques n’étaient pas plus nombreuses à utiliser des PMCA, en règle générale elles étaient plus nombreuses que celles sans troubles psychiatriques à utiliser des PMCA psychoactifs tels que l’herbe de Saint-Jean (le millepertuis) ou la mélatonine. Étant donné que 14 pour cent des usagers de PMCA utilisent aussi des médicaments employés en psychiatrie, les auteurs constatent un besoin pour les fournisseurs de soins de santé d’aborder le sujet des PMCA avec leurs clients et de « se familiariser avec les risques, les effets secondaires et les contre-indications des PMCA utilisés à plus vaste échelle. »

Community Mental Health Journal, 18 août 2009, doi :10.1007/s10597-009-9235-2. Noosha Niv et coll., Desert Pacific Mental Illness Research, Education and Clinical Center, Los Angeles (Californie).

 

Le risque de suicide chez les personnes âgées lié à la personnalité

Les personnes âgées qui sont jugées entêtées, opiniâtres et contrôlantes et qui sont réticentes à partager leurs sentiments semblent présenter un risque élevé de suicide, selon une nouvelle recherche effectuée par l’Hôpital universitaire d’Oslo, en Norvège. Les chercheurs ont réalisé des interviews qualitatives auprès de 63 informateurs (membres de la famille, médecins de famille et infirmières à domicile) au sujet de 23 personnes âgées qui s’étaient suicidées après l’âge de 65 ans. Bon nombre d’entre elles pourraient être décrites comme des « survivants », plus de la moitié ayant connu la maladie, la pauvreté ou la perte d’un proche parent au cours de l’enfance ou de l’adolescence, et bien d’autres encore ayant fait face à des difficultés de ce genre plus tard au cours de leur vie. Ces personnes âgées étaient dans bien des cas des gens d’action dont la vie s’articulait autour de leur travail. La plupart des informateurs les dépeignaient comme des individus entêtés, opiniâtres et très contrôlants dans leurs relations avec autrui. Elles étaient généralement réticentes à partager leurs sentiments et gardaient une certaine distance dans leurs relations. Leur besoin de contrôler leur environnement ainsi que leur incapacité à accepter leurs limites et leur besoin de se faire aider peuvent avoir empêché ces personnes âgées de s’adapter à de nouvelles circonstances à un stade ultérieur de leur vie et de développer de nouvelles techniques d’adaptation. À la lumière de ces révélations, les auteurs concluent que la thérapie pour les personnes âgées à risque de suicide devrait viser à « faire en sorte que les personnes âgées soient confortées à l’égard de leur valeur personnelle quand leurs capacités fonctionnelles et leurs moyens de se prendre en main diminuent. »

International Psychogeriatrics, octobre 2009, vol. 21, p. 903‑912. Ildri Kjølseth et coll., RVTS, Hôpital universitaire d’Oslo, Oslo, Norvège.