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Printemps 2005, Vol 8 n°3

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Dernières nouvelles de la recherche

Par Hema Zbogar

 

Le fonctionnement du cerveau expliquerait les différences entre les hommes et les femmes atteints de troubles alimentaires

Selon des chercheurs de l’Université d’Hiroshima, au Japon, la manière différente de traiter l’information chez les hommes et les femmes pourrait expliquer pourquoi les femmes risquent 10 fois plus que les hommes de d’avoir un trouble alimentaire. Treize hommes et 13 femmes ont passé une série de tests au cours desquels ils devaient lire deux listes de mots. La première liste comportait des termes désagréables décrivant l’image corporelle et la seconde comprenait des mots neutres. Tous les participants ont attribué un score aux mots en fonction de leur connotation agréable ou désagréable. Pendant ce temps, les chercheurs effectuaient une imagerie par résonance magnétique pour établir quelles parties du cerveau étaient activées. Chez les femmes, les mots désagréables stimulaient l’amygdale, associée aux stimuli qui signalent une menace. Chez les hommes, aucune hausse d’activité n’a été constatée au niveau de l’amygdale. Par contre, le cortex préfrontal interne, associé à la rationalisation de l’information, était plus actif. Les chercheurs pensent que les participantes percevaient les mots désagréables relatifs à l’image corporelle comme de l’information menaçante, alors que les hommes les traitaient de manière plus cognitive, et que cette différence au niveau du schéma cognitif lié à l’image corporelle pourrait expliquer en partie l’écart important qui existe entre les hommes et les femmes quant à la prédisposition aux troubles alimentaires.

 

British Journal of Psychiatry, janvier 2005, v. 186: 48–53. Naoko Shirao et coll., département de psychiatrie et de neurosciences, Université d’Hiroshima, Hiroshima (Japon).

 

La fumée secondaire pourrait diminue le quotient intellectuel des enfants

Selon le Children’s Environmental Health Center de Cincinnati, en Ohio, les enfants exposés à la fumée de tabac ambiante obtiennent des scores légèrement à moyennement plus bas aux épreuves de lecture, de calcul et visuospatiales par rapport aux autres enfants. Au cours de cette étude, la plus grande de ce type jamais réalisée, 4 399 enfants âgés de six à 16 ans et ayant participé à la troisième enquête américaine sur la nutrition et la santé (National Health and Nutrition Examination Survey) ont subi des prélèvements sanguins et ont passé des tests de lecture, de calcul et de mémoire. Cette étude est la première à utiliser un marqueur biologique – la concentration sanguine de cotinine (produit de dégradation de la nicotine) – pour mesurer l’exposition à la fumée de tabac ambiante au lieu de se fonder sur des auto-évaluations. Les scores des tests ont montré une diminution de deux à cinq points de QI selon les différents niveaux d’exposition après réajustement en fonction du sexe de chaque enfant, de sa race, de sa région, du niveau de pauvreté de sa famille, du niveau scolaire de ses parents, de sa situation familiale et de son degré de plombémie. Bien que les enfants ayant les taux de cotinine les plus élevés aient obtenu des scores plus faibles aux épreuves de lecture, de calcul et visuospatiales par rapport aux enfants ayant les taux les plus bas, le changement proportionnel le plus élevé dans les scores s’est produit aux faibles niveaux d’exposition à la cotinine. Aucune différence significative n’a été constatée pour les tests sur la mémoire à court terme. En se fondant sur ces conclusions, les chercheurs prônent l’adoption de politiques réduisant encore davantage l’exposition des enfants à la fumée de tabac.

 

Environmental Health Perspectives, janvier 2005, v. 113: 98–103. Kimberly Yolton et coll., Cincinnati Children’s Environmental Health Center, Cincinnati (Ohio).

 

Les enfants obèses souffrent plus que d’avoir des kilos en trop

Selon les chercheurs du Royal Children’s Hospital de Melbourne, en Australie, les enfants obèses et même ceux ayant une faible surcharge pondérale peuvent souffrir socialement et psychologiquement. Les études antérieures reliant l’obésité infantile à la qualité de vie utilisaient des échantillons cliniques d’enfants gravement obèses, alors que l’étude actuelle a été menée dans la collectivité auprès d’enfants obèses et ayant une surcharge pondérale. Les chercheurs ont suivi pendant trois ans 1 569 élèves du primaire ayant participé à l’enquête de l’an 2000 sur la santé des jeunes victoriennes et victoriens (2000 Health of Young Victorians Study) et ont constaté que leur qualité de vie commençait à se dégrader dès que leur poids dépassait la moyenne. Les auto-évaluations des parents ou tuteurs et des enfants ont montré qu’en plus d’avoir une santé médiocre, les enfants obèses et ayant une surcharge pondérale étaient plus susceptibles que les enfants ayant un poids moyen d’être taquinés à l’école, de ressentir de la tristesse et de la colère, d’avoir une faible estime de soi et d’être impopulaires. Selon les auteurs, même si ces enfants peuvent perdre leurs kilos excédentaires en grandissant, leurs expériences négatives peuvent les marquer en permanence.

 

Journal of the American Medical Association, janvier 2005, v. 293: 70–76. Joanne Williams et coll., Centre for Community Child Health, Royal Children’s Hospital, Melbourne (Australie).

 

Les clients pédiatriques atteints d’un trouble d'hyperactivité avec déficit de l'attention reçoivent un mauvais suivi

Selon une enquête menée par le Children’s Research Institute de l’Université de l’Ohio, les enfants atteints d’un trouble d'hyperactivité avec déficit de l'attention à qui on a prescrit des médicaments stimulants bénéficient rarement d’un suivi optimal. Dans un premier temps, des parents et des cliniciens de partout aux États-Unis ont rempli un questionnaire. Puis, six mois plus tard, les parents en ont complété un autre. Sur 659 enfants âgés de quatre à 15 ans, on comptait en moyenne une seule consultation de suivi auprès d’un clinicien en soins primaires ou d’un spécialiste de la santé mentale dans les six mois suivant le diagnostic. Les enfants à qui on a prescrit des médicaments (78 pour cent) n’avaient pas plus de chances de recevoir un suivi que les autres enfants. Seulement 26 pour cent d’entre eux ont bénéficié d’un suivi par un spécialiste de la santé mentale. Les cliniciens en soins primaires ayant une formation en santé mentale ont assuré un meilleur suivi que leurs collègues non formés. Les chercheurs affirment que les consultations sont trop rares pour permettre un réajustement du traitement médical ou pour favoriser l’observance thérapeutique. Ils demandent donc que des efforts systématiques soient déployés pour améliorer la qualité des soins et exhortent les cliniciens en soins primaires à mettre en place des pratiques qui encouragent les familles à venir pour des consultations de suivi.

 

Journal of Pediatrics, décembre 2004, 145: 767–771. William Gardner et coll, Children’s Research Institute and Department of Pediatrics, Ohio State University, Columbus (Ohio).

 

Le diagnostic psychiatrique facilite le traitement du sida

Selon des chercheurs de l’école de médecine de l’Université du Maryland, les personnes atteintes du sida qui reçoivent un traitement pour un trouble mental ont plus de chances de commencer plus tôt une thérapie antirétrovirale et d’obtenir une prescription d’au moins six mois que leurs homologues sans trouble mental. Les chercheurs ont enquêté auprès de 549 personnes atteintes du sida et n’ayant jamais suivi de traitement antirétroviral pour savoir si un diagnostic psychiatrique influençait le moment d’initier un Traitement antirétroviral hautement actif, la durée de la thérapie et la survie. Ils ont constaté qu’il y avait 37 pour cent plus de chances que les personnes traitées pour un trouble mental bénéficient du Traitement antirétroviral hautement actif et deux fois plus de chances qu’elles obtiennent une prescription d’au moins six mois que chez les personnes sans trouble mental. Ils ont également constaté une diminution de 40 pour cent de la mortalité dans le premier groupe, après réajustement des variables démographiques et des facteurs de risque connus, mais cet avantage disparaissait après réajustement en fonction des effets du Traitement antirétroviral hautement actif. Les chercheurs ont conclu qu’avec le traitement approprié, les personnes séropositives atteintes d’un trouble mental peuvent se porter aussi bien qu’une personne séropositive sans trouble mental.

 

Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes, décembre 2004, v. 37: 1457–1463. Seth Himelhoch et coll., département de psychiatrie, faculté de médecine de l’Université du Maryland, Baltimore (Maryland).

 

Le cerveau des joueurs donne une indication de la toxicomanie

Selon des chercheurs de l’hôpital universitaire de Hambourg, en Allemagne, l’activité cérébrale des joueurs à problèmes présente un schéma similaire à celle des personnes toxicomanes. Ils ont constaté que les parties du cerveau qui sont actives lorsque une personne se sent récompensée et qui réduisent l’activité, sont moins actives chez les joueurs. Le cerveau de 12 joueurs à problèmes et de 12 non joueurs a été analysé grâce une imagerie par résonance magnétique fonctionnelle pendant qu’ils essayaient de deviner des cartes. Le striatum ventral, une partie du cerveau lié au sentiment de récompense, était moins actif chez les joueurs à problèmes. Une activité réduite dans cette région est un signe de toxicomanie avéré. Les chercheurs pensent que les personnes ayant une toxicomanie ne peuvent pas maintenir la quantité de dopamine (qui produit les sensations de satisfaction et de plaisir) dont elles ont besoin dans le striatum ventral. Par conséquent, elles auraient besoin de déclencheurs plus forts comme l’usage de drogues ou le jeu excessif pour compenser ce manque.

 

Nature Neuroscience, 9 janvier 2005, en ligne, doi:10.1038/nn1378. Jan Reuter et coll., département de neurologie, hôpital universitaire Eppendorf de Hambourg (Allemagne).

 

Les anticonvulsifs peuvent aider les personnes atteintes d’un trouble bipolaire et d’alcoolisme

Selon des chercheurs de l’Université de Pittsburgh, le valproate, un anticonvulsif, aiderait les personnes alcooliques et atteintes d’un trouble bipolaire à réduire efficacement leur consommation abusive d’alcool. Lors d’un essai à double insu, les chercheurs ont suivi pendant six mois 54 clients atteints des deux troubles. Les participants ont reçu leur traitement habituel, généralement du carbonate de lithium et des séances de counseling hebdomadaires. Ils ont également reçu soit du divalproex sodium (valproate), soit un placebo. Au bout de six mois, 44 pour cent des personnes du groupe valproate ont signalé une consommation abusive d’alcool (cinq verres ou plus par jour pour les hommes et quatre verres ou plus pour les femmes) contre 68 pour cent des personnes du groupe placebo. Les personnes du groupe valproate ont également signalé moins de jours de consommation abusive d’alcool et ont consommé environ deux fois moins de verres lors des jours de consommation abusive que celles du groupe placebo. En moyenne, celles du groupe valproate ont recommencé à consommer de l’alcool de façon abusive un mois après celles du groupe placebo. Cette recherche est la première à examiner le moyen de traiter conjointement l’alcoolisme et le trouble bipolaire, ce qui est important étant donné que l’observance thérapeutique et les interactions entre les drogues peuvent être problématiques chez les personnes atteintes des deux troubles. Celles du groupe valproate avaient davantage de nausées et de vomissements que celles du groupe placebo mais les chercheurs indiquent que, de manière générale, la combinaison du carbonate de lithium et du valproate semblait inoffensive. Les chercheurs demandent que de nouvelles études soient menées en utilisant des échantillons plus importants.

 

Archives of General Psychiatry, janvier 2005, v. 62: 37–45. Ihsan M. Salloum et coll., Western Psychiatric Institute and Clinic of the University of Pittsburgh Medical Center, Pittsburgh (Pennsylvanie).

 

La dépression peut s’étendre sur plusieurs générations dans une même famille

Selon des chercheurs du centre médical de l’Université Columbia (New York), les risques qu’ont les enfants dont les parents et les grands-parents ont des antécédents de dépression d’avoir un trouble mental avant l’adolescence sont plus du double de ceux des enfants issus de famille sans antécédents de ce type. Des études antérieures ont montré que les enfants ayant un parent dépressif ont davantage de risques de développer des troubles de l'humeur et de l'angoisse mais l’étude actuelle, qui se fonde sur un travail de plus de vingt ans, est la première à montrer comment le risque s’accroît sur trois générations. Les chercheurs ont commencé par étudier 47 personnes en 1982 (membres de la première génération) puis ont interrogé à quatre reprises 86 enfants issus de cette génération et approchant l’âge adulte (deuxième génération). Les chercheurs ont recueilli des données auprès de 161 membres de la troisième génération, dont l’âge moyen est actuellement de 12 ans. Les effets de la dépression parentale sur les petits-enfants varient significativement selon que les grands-parents sont ou non dépressifs. Soixante pour cent des enfants dont les parents aussi bien que les grands-parents étaient atteints d’une dépression majeure ont un trouble mental. La dépression parentale n’a aucun effet significatif sur les enfants si les grands-parents, eux, ne sont pas dépressifs. Cependant, elle a d’importantes répercussions sur le fonctionnement général de ces enfants. Les auteurs recommandent une intervention en bas âge pour les enfants ayant des antécédents familiaux de dépression.

 

Archives of General Psychiatry, janvier 2005, v. 62: 29–36. Myrna M. Weissman et coll., département de psychiatrie, Université Columbia, New York (New York).