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Printemps 2004, Vol 7 n°3

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Dernières nouvelles de la recherche

Par Hema Zbogar

 

Les buveurs modérés ont un cerveau plus petit

Selon des chercheurs de l’Université Johns Hopkins, les personnes qui boivent une quantité modérée d'alcool ont un cerveau plus petit que celles qui ne boivent pas. Les chercheurs se sont servi d’une imagerie par résonance magnétique pour examiner le cerveau de 1 909 personnes âgées d‘environ 55 ans. Ils ont regroupé les participants en cinq catégories, selon leur consommation d’alcool : non-buveurs, anciens buveurs, buveurs occasionnels (moins d’une boisson par semaine), légers buveurs (de une à six boissons par semaine) et buveurs modérés (sept boissons par semaine au minimum). Les participants ont passé une imagerie par résonance magnétique cérébrale en 1993 et 1995. Les chercheurs ont constaté qu'à mesure que la consommation d’alcool augmentait, l’atrophie du cerveau devenait plus commune, même si la diminution de taille était très faible. Des études antérieures avaient montré qu’une consommation modérée d’alcool pourrait s’avérer bénéfique pour le cœur, mais la présente étude a révélé qu’une telle consommation ne protègerait pas des accidents vasculaires cérébraux. Les chercheurs supposent que la consommation modérée d’alcool peut avoir un effet toxique distinct sur les cellules cérébrales, ce qui expliquerait l’atrophie du cerveau.

 

Stroke, janvier 2004, v. 35: 16–21. Jingzhong Ding et coll., département d’épidémiologie, École de santé publique de Bloomberg, Université Johns Hopkins, Baltimore, Maryland.

 

Corrélation entre tabagisme maternel et trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention (THADA)

Des chercheurs du collège de médecine de l’Université du pays de Galles affirment que le tabagisme maternel pendant la grossesse serait associé au trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention (THADA) de leur progéniture. Aux fins de l’étude, les familles de 1 452 paires de jumeaux de 5 à 16 ans ont rempli une série de questionnaires portant sur les symptômes de THADA de leurs enfants, le tabagisme de la mère pendant sa grossesse, les symptômes du trouble des conduites et les conditions familiales défavorables. On a également demandé aux enseignants des jumeaux de remplir une échelle d’évaluation du THADA pour chaque enfant. Bien que les facteurs génétiques aient été les principales causes de variation du THADA, c'est la première fois qu’une étude met en évidence une corrélation entre le tabagisme maternel pendant la grossesse et le THADA, même après ajustement des résultats pour tenir compte des conditions sociales défavorables, du poids de naissance et des symptômes de comportement antisocial.

 

American Journal of Psychiatry, novembre 2003, v. 160: 1985-1989. Anita Thapar et coll., département de médecine psychologique, Collège de médecine de l’Université du pays de Galles, Heath Park, Cardiff, pays de Galles.

 

Découverte d’un gène d’intoxication à l’alcool chez les vers

Des recherches sur l’intoxication de nématodes de laboratoire ont permis d’identifier un gène pouvant expliquer pourquoi certaines personnes sont plus résistantes aux effets de l’alcool. Des chercheurs de l’Université de Californie, à San Francisco, ont examiné des milliers de ces vers de laboratoire à croissance rapide, du nom de C. elegans, pour détecter la présence de gènes susceptibles d’expliquer pourquoi certains vers semblent résistants aux effets de l’alcool. Selon les résultats obtenus, une forte résistance à l’intoxication par l’alcool pourrait s’expliquer entièrement par la mutation d’un seul gène, le slo-1. Ce gène contrôle un circuit de messages chimiques au niveau du cerveau – le canal BK, également présent chez les humains. Les chercheurs ont découvert que l’alcool agissait sur ce canal au niveau des cellules nerveuses pour susciter une dépression des neurones (ralentissement de la fonction nerveuse) et une intoxication. Lorsque ce canal avait été exposé à l’alcool, les nématodes possédant le gène se déplaçaient d’une façon indiquant qu’ils avaient été intoxiqués. Chez les nématodes ne possédant pas ce gène, l’exposition à l'alcool n’avait aucun effet. Les chercheurs pensent que ce gène, ou d’autres gènes ayant une interaction avec lui, pourrait être partiellement responsable de la variabilité avec laquelle les humains réagissent à l'alcool. Lors d’études antérieures, on avait repéré divers gènes pouvant influer sur la façon dont l’alcool modifie le comportement, mais c’est la première fois que l’on montre qu’un seul gène et la protéine qu’il contrôle sont à la cause de l’intoxication. Les chercheurs pensent que ces résultats pourraient amener à l'élaboration d’une drogue pouvant modifier les effets de l’alcool sur le canal BK. Ils ajoutent qu’il faudra mener des études sur l’homme pour savoir si ce canal ou les circuits en cause sont défectueux chez les personnes alcoolodépendantes.

Cell, 12 décembre 2003, v. 15: 655–666. Andrew G. Davies et coll., Centre de recherche et clinique Ernest Gallo, Université de Californie, San Francisco, Emeryville, Californie.

 

L’asthme associé à divers troubles psychiatriques

Des scientifiques de l’Université Columbia à New York pensent que l’asthme serait lié à une série de troubles psychiatriques. Leur étude portait sur un échantillon d’adultes de 18 à 65 ans vivant en Allemagne. Pour le diagnostic d’asthme épisodique (c.-à-d., ayant eu lieu au cours des quatre semaines précédentes) ou permanent, ils se sont appuyés sur le diagnostic médical, tandis que pour l’identification de troubles psychiatriques temporaires et permanents, ils se sont basés sur la Composite International Diagnostic Interview. L’étude a montré que les personnes qui avaient un asthme épisodique sévère risquaient davantage d’avoir un trouble d’anxiété, une phobie, un trouble panique ou des crises de panique. Le diagnostic d’asthme sévère et permanent était quant à lui lié à un risque accru de trouble d’anxiété, de trouble panique, de crises de panique, de phobie sociale, de phobie particulière, de trouble d’anxiété généralisé et de trouble bipolaire. Les états asthmatiques épisodiques et permanents non sévères étaient aussi liés à un risque accru de troubles affectifs et de troubles mentaux graves de n’importe quel type. Les auteurs ont recommandé de procéder à des études longitudinales pour examiner la séquence de développement de l’asthme et le rôle des facteurs génétiques et environnementaux quant au lien entre l'asthme et les troubles affectifs et anxieux.

 

Archives of General Psychiatry, novembre 2003, v. 60:1125–1130. Renee D. Goodwin, Frank Jacobi et Wolfgang Thefeld, Institut de psychologie clinique et de psychothérapie, Université technique de Dresden, Dresden, Allemagne.

 

Le névrosisme, facteur potentiel de risque de la maladie d’Alzheimer

La propension à la détresse psychologique pourrait être liée au risque de maladie d’Alzheimer. Des chercheurs du centre médical du Rush-Presbyterian-St. Luke à Chicago, dans l’Illinois, ont posé l’hypothèse selon laquelle la propension à ressentir une détresse psychologique était liée au risque de maladie d'Alzheimer, le stress chronique étant lié à des changements structurels au niveau de l’hippocampe – avec altération des facultés d’apprentissage et de la mémoire. Pour cette étude, les chercheurs ont analysé des données provenant de la Religious Orders Study, portant notamment sur 797 personnes d’une moyenne d'âge de 75 ans et ne présentant au départ aucun signe de démence. Les participants avaient subi une batterie complète d’examens neurologiques et un test d’évaluation de leur propension à la détresse psychologique, indiquant la susceptibilité à des états émotionnels négatifs tout au long de la vie. Lors du suivi annuel, réalisé sur une moyenne de cinq ans, ils avaient subi une batterie de 19 tests cognitifs. Durant cette période, la maladie d’Alzheimer avait été détectée chez 140 participants. Les chercheurs ont constaté que pour chaque point d’augmentation de la propension au stress, on associait 6 pour cent d'augmentation du risque de maladie d’Alzheimer et 7 pour cent de diminution de la cognition globale. Les personnes affichant une propension élevée au stress risquaient deux fois plus d’avoir la maladie d’Alzheimer que les personnes qui y étaient peu sensibles. Cette propension au stress était liée à une diminution de la mémoire épisodique (celle-ci, font remarquer les chercheurs, est principalement facilitée par l’hippocampe), mais non des autres systèmes cognitifs. Les auteurs pensent que la détresse psychologique chronique serait un facteur de risque de la maladie d’Alzheimer et que cette corrélation serait révélatrice d’un mécanisme neurobiologique autre que les marques pathologiques de la maladie d’Alzheimer.

 

Neurology, 9 décembre 2003, v. 61:1479–1485. R.S. Wilson et coll., Centre de recherches sur la maladie d'Alzheimer de Rush, Centre médical de Rush-Presbyterian-St. Luke, Chicago, Illinois.

 

La rage au volant liée au stress psychiatrique

Une étude réalisée par le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) à Toronto révèle que la rage au volant est liée à un état de stress psychiatrique. Les chercheurs se sont basés sur les données de l'Indicateur de CAMH, une enquête téléphonique ponctuelle effectuée à intervalles réguliers auprès de la population adulte de l’Ontario. Ils ont examiné les renseignements fournis par 2 610 adultes ontariens d’au moins 18 ans concernant leurs caractéristiques démographiques, leur état de santé mentale et leurs épisodes de rages au volant. Pour détecter la présence de stress psychiatrique, on a eu recours au Questionnaire sur l’état de santé général. En fonction des résultats obtenus, les chercheurs ont classé les personnes ayant fait l’expérience de la rage au volant en cinq groupes : les personnes peu ou pas du tout affectées, les personnes qui menaçaient les autres verbalement, les victimes d’agression verbale, les personnes tour à tour menacées verbalement ou qui menaçaient les autres, et les ‘irréductibles’ de la rage au volant (personnes faisant fréquemment preuve d’agressivité et de violence au volant). Seuls ces derniers affichaient des résultats plus élevés que les autres au Questionnaire sur l’état de santé général, signe d’un stress psychiatrique plus élevé chez ce groupe. Les chercheurs recommandent d’effectuer une étude plus poussée pour savoir si ce sont les problèmes psychiatriques qui suscitent la rage au volant ou le contraire, ou encore si les deux phénomènes existent.

 

Revue canadienne de psychiatrie, novembre 2003, v. 48: 681-688. Reginald G. Smart et coll., Centre de toxicomanie et de santé mentale, Toronto, Ontario

 

Troubles psychiatriques multiples diagnostiqués chez de jeunes détenus

Près de la moitié des jeunes détenus aux États-Unis présentent au moins deux troubles de santé mentale et plus d’un dixième d’entre eux ont, en plus d’un trouble psychiatrique, un problème de consommation d'alcool ou d’autre drogues. Ces résultats se basent sur un dépistage effectué auprès de 1 829 résidents d'un centre de détention du comté de Cook, dans l’Illinois. Tous les détenus étaient en attente de leur jugement ou purgeaient une peine de moins de 30 jours. Chez 56 pour cent des filles et 46 pour cent des garçons, les critères d’au moins deux troubles psychiatriques étaient satisfaits. On a constaté un trouble psychiatrique majeur et un problème de toxicomanie chez 14 pour cent des filles et chez 11 pour cent des garçons. Des études antérieures ont montré que les jeunes résidant dans un centre de détention affichaient un taux élevé de problèmes de santé mentale mais les chercheurs font remarquer que le fait d'avoir plus d’un trouble psychiatrique s’avère particulièrement préoccupant, d’autant que la plupart des programmes thérapeutiques sont conçus pour soigner uniquement des personnes atteintes d’un seul trouble. Les chercheurs recommandent aux responsables du système juridique de collaborer avec des spécialistes en santé mentale pour les aider à poser les diagnostics et à trouver les traitements appropriés au moment où les jeunes sont libérés.

 

Archives of General Psychiatry, novembre 2003, v. 60: 1097-1108. Karen M. Abram et coll., département de psychiatrie et des sciences du comportement, École de médecine Feinberg, Université Northwestern, Chicago, Illinois.