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Nouvelle politique antidrogue brésilienne, axée sur la prévention et l’action communautaire

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Par Astrid Van Den Broek

Automne 2004, Vol 8 n°1

 

« Plutôt que d’être la victime du problème de drogue, la société en est la solution. » Voilà, en bref, quel était le thème de l’exposé sur la politique du Brésil en matière de drogue, donné l’été dernier (2004) au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH), à Toronto, par le secrétaire national de la lutte antidrogue du Brésil, Paulo Roberto Yog de Miranda Uchoa.

En ce qui concerne sa lutte contre la culture de la drogue et les problèmes qui y sont associés, le Brésil a fait beaucoup de chemin. Ce pays, considéré pendant longtemps comme la porte ouverte aux narcotiques et autres substances illicites, a connu un revirement total ces six dernières années. Alors qu’il était autrefois dépourvu de stratégie pour relever les défis liés à la drogue, il adopte à présent une approche humaniste, préventive, fondée sur la collaboration avec la population, et soutenue par son actuel président, Luiz Inacio Lula da Silva.

« Jusqu’à 1998, nous n’avions aucune politique nationale sur la drogue, explique M. de Miranda Uchoa. Nous étions considérés par les Nations Unies comme un pays de transit de la drogue, et pas non comme un pays de consommation de drogue. Mais en 1998, après une discussion sur le concept de partage des responsabilités dans la lutte contre le trafic des stupéfiants lors d’une assemblée générale de l’ONU, le Brésil a commencé à élaborer sa politique actuelle. Un secrétariat national de lutte antidrogue (SENAD) a été créé et le pays a tenu son premier forum national antidrogue. Celui-ci a abouti à la mise sur pied d’une commission technique qui a créé la première politique nationale sur les drogues, adoptée par le gouvernement en décembre 2001. »

« Cette politique prend en considération les facteurs sociaux et psychologiques liés à l’usage de drogues, fait remarquer M. de Miranda Uchoa. Elle se caractérise par un pragmatisme et une absence de préjugés, et fait appel à la participation de la société, en particulier des jeunes, pour trouver des solutions. » Cette politique reconnaît les différences entre l’usager de drogues, "la personne qui en fait un usage indu", celle qui a une dépendance vis-à-vis des drogues, et le trafiquant et, du même coup, elle traite chacun d’eux différemment. « La politique reconnaît qu’un simple usager n’est pas un criminel et ne doit pas être traité comme tel, ajoute M. de Miranda Uchoa. Mais elle considère qu’il est nécessaire de faire savoir à l’usager qu’il finance le crime organisé. »

Cette politique repose sur une approche préventive et de municipalisation. M. de Miranda Uchoa explique que plutôt que d’axer les efforts sur les conséquences des problèmes de drogues au Brésil, la prévention permet de s’attaquer à leurs racines : elle dirige les efforts sur les personnes qui ne sont pas encore touchées par les drogues. Pour le pays, qui dit prévention dit « éduquer ces personnes et leur fournir, sous une forme accessible à leur milieu culturel, l’information scientifiquement prouvée sur les effets négatifs éventuels de l’abus de drogues, » souligne M. de Miranda Uchoa. Éduquer les jeunes est un élément crucial de la prévention : ne pas simplement leur enseigner les effets négatifs de l’abus de drogues sur la santé mais promouvoir des modes de vie sains.

Associée à l’approche préventive, la municipalisation est une approche qui tient davantage compte de la communauté. « Par une municipalisation de l’action, la prochaine étape de mise en œuvre d’une politique nationale sur les drogues à l’intérieur du pays est garantie et le message de prévention facilite la communication entre citoyens par l’intermédiaire de la famille, des écoles, des églises, des milieux de travail et des lieux de loisirs, » dit M. de Miranda Uchao. L’adhésion et l’action communautaires sont clés. « Cela ne sert à rien de concevoir des plans brillants pour le Brésil ou pour les capitales de ses États si ces plans ne sont pas intégrés à l’échelon municipal et adaptés aux réalités locales, » a-t-il ajouté.

Plusieurs projets sont maintenant en cours pour concrétiser cette politique. L’un d’entre eux a pour objectif d’aider 5 000 enseignants des écoles publiques à éduquer les élèves au sujet des drogues. Des sondages nationaux sont aussi prévus sur l’usage de drogues chez les élèves du primaire et du secondaire ainsi qu’auprès des enfants non scolarisés ou vivant dans la rue. « Nous procédons aussi à un recensement des établissements de traitement, en vue de répertorier les ressources disponibles et les services offerts et de mettre ces renseignements à la disposition des intéressés, » a précisé M. de Miranda Uchao. L’efficacité des services est aussi en cours d’évaluation, avec pour objectif une fusion des services sociaux et du système de santé du Brésil. »

Pour terminer son exposé, M. de Miranda Uchoa a fait remarquer qu’aux trois paliers gouvernementaux brésiliens, les thèmes unificateurs sont le renforcement du nouveau cadre de politique nationale sur la drogue, l’intégration des politiques sectorielles aux politiques nationales dérogatoires, la coordination de la décentralisation des actions et la disponibilité d’instruments de travail, notamment des outils de diagnostics et des ressources humaines, pour les organisations publiques, privées et non gouvernementales.

« Cette politique éveille dans la société une prise de conscience de sa force d’éducation, d’information et de développement de ses citoyens en vue d’intervenir de façon efficace pour réduire la demande de drogue, » a conclu M. de Miranda Uchao.