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Le médecin ne s’affiche pas

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Les médecins appartenant aux minorités sexuelles continuent d’exercer dans l’ombre

Par Abigail Pugh

Hiver 2004-2005, Vol 8 nº2

 

En 1973, l’American Psychiatric Association a retiré l’homosexualité de la nomenclature des troubles psychiatriques. D’autres associations ont suivi, notamment l’American Psychoanalytic Association, qui a commencé à accepter des stagiaires homosexuels et lesbiennes. Cela a constitué une étape cruciale pour les étudiants américains et canadiens qui souhaitaient se spécialiser en psychiatrie, le stage psychoanalytique constituant une composante importante de la spécialisation.

Mais si ces décisions importantes ont stimulé une acceptation officielle de l’homosexualité en tant qu'orientation sexuelle viable, les expériences vécues par des médecins et des étudiants en médecine suggèrent qu’officieusement, l’homosexualité continue d’être le sujet d’une discrimination dans la profession médicale. Étant donné cette association historique à la pathologie et la persistance d’une stigmatisation, à quelles réalités un médecin ou un étudiant en médecine appartenant à une minorité sexuelle est-il confronté ?

Des études montrent que des médecins et autres professionnels de la santé continuent d’être victimes de discrimination sous des formes plus ou moins subtiles. Selon un article publié en 2001 dans le British Medical Journal (BMJ) qui examine les publications parues entre 1966 et 2000, 41 pour cent des médecins et étudiants en médecine ont entendu des remarques homophobes ou rencontré l’homophobie dans leur milieu de travail. Une étude de 1991 publiée dans la Revue canadienne de psychiatrie a montré qu’un tiers des résidents en médecine familiale et psychiatrie et des enseignants étaient homophobes. Plus récemment, une étude publiée en 2000 dans le Journal de l’Association médicale canadienne (JAMC) a permis de constater que les étudiants en médecine et résidents gays et lesbiennes avaient de sérieux défis à relever avant de devenir des médecins qualifiés. Au nombre des décisions les plus difficiles et douloureuses à prendre, figure notamment celle de savoir s’ils peuvent être francs avec leurs collègues et superviseurs quant à leur orientation sexuelle et jusqu’à quel point.

Dr Chris McIntosh, résident en psychiatrie et président du comité directeur de la Southern Ontario Gay and Lesbian Association of Doctors (SOGLAD), dit que, pour les membres de l’association, un des sujets brûlants de discussion est de savoir s’ils doivent ou non, et à quel point, s’ouvrir de leur orientation sexuelle dans leur curriculum vitae.

Dre Jennifer Potter, médecin généraliste à Boston, dans le Massachussetts, admet ouvertement qu’elle est lesbienne. Voici ce qu’elle écrit dans un article publié en 2002 dans Annals of Internal Medicine : « Les institutions médicales étaient peu accueillantes pour les stagiaires homosexuels dans les années 80. Comme me l’avait recommandé mon conseiller en propédeutique médicale, j’ai caché mon homosexualité pendant le processus d’admission à l’école de médecine (…) [Une fois à Harvard], il m’a fallu composer avec les suggestions, tacites ou non, que mon homosexualité serait tolérée à condition de ne pas en parler. »

Dre Potter pense que la discrimination affichée au sein de la profession médicale tend à disparaître mais qu'elle continue d’exister. Elle donne l’exemple d’un ami, un médecin spécialiste respecté qui a récemment quitté une relation hétérosexuelle parce qu’il est homosexuel. Mais il est ‘terriblement seul’ parce qu’il croit qu’admettre son orientation sexuelle constitue un risque pour sa carrière.

Dre Mary Barber, présidente de l’Association of Gay and Lesbian Psychiatrists de Philadelphie, en Pennsylvanie, consent que beaucoup de médecins préfèrent ne pas révéler leur homosexualité. « Pour le médecin, dit-elle, il y a aussi la crainte de ne pas obtenir de promotion ni de postes intéressants à cause de superviseurs qui n’accepteront pas leur homosexualité. Mais s’il ne se révèle pas, il risque de ne pas tisser de liens aussi étroits avec son supérieur et de sembler étrange, à ne jamais parler de sa vie familiale et à n’amener jamais personne aux soirées de l’hôpital. Dans un cas comme dans l’autre, il risque d’être pénalisé. »

Pour augmenter la visibilité et l’acceptation des médecins appartenant à une minorité sexuelle, cela exige une formation active tant au niveau des écoles de médecine que de la formation permanente des praticiens en activité. Selon les résultats du sondage de 2000 du JAMC auprès des étudiants en médecine, l'évaluation du risque professionnel et personnel de s’afficher est influencée par la présence de soutiens identifiables, de programmes de cours intégrant les relations sexuelles et autres questions de santé touchant les personnes gaies ou lesbiennes, et de politiques censurant efficacement la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle.

Dans un article publié en 2001 dans le BMJ, Dr Brian Burke et Dr Jocelyn White suggèrent divers moyens pour favoriser le mieux-être des médecins appartenant à une minorité sexuelle, par exemple, s’affirmer comme tel quand cela est possible, adhérer à un organisme gay, demander à son association d’inclure l'orientation sexuelle dans sa déclaration de non-discrimination, se porter volontaire pour des interventions dans des écoles de médecine et jouer le rôle de mentor auprès d’un étudiant ou d’un résident en médecine appartenant à une minorité sexuelle.

Si le fait de ne plus considérer l’homosexualité comme une pathologie constitue un pas important vers l'acceptation d’une identité sexuelle minoritaire, pour certains médecins, les enjeux d’affirmer ouvertement leur homosexualité continuent d’être trop importants.

 

« Nous gaspillons beaucoup d’énergie à composer avec l’homophobie que le système nous déverse, une énergie incroyable, alors que nous pourrions nous en servir pour devenir de meilleurs médecins. » Un étudiant en médecine ontarien, 2000.

 

Organismes défenseur des médecins et étudiants en médecine appartenant à une minorité sexuelle

Le Southern Ontario Gay and Lesbian Association of Doctors est un organisme situé à Toronto qui rassemble des médecins et étudiants en médecine.

L’Association of Gay and Lesbian Psychiatrists (AGLP) travaille en collaboration avec l’American Psychiatric Association.

L'American Medical Student Association comprend un comité de défense des intérêts appelé Lesbian, Gay, Bisexual and Transgender People in Medicine.

La Gay and Lesbian Medical Association s’efforce d’améliorer au maximum la qualité des services aux personnes LGBT et cherche à exercer des pressions tant pour la clientèle des services de santé que pour les professionnels de la santé.

Gay Medics est un site du Royaume-Uni qui offre des ressources aux médecins et étudiants en médecine et qui sont LGBT.