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Initiative rurale : répondre aux besoins uniques des clients atteints de troubles concomitants

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Hiver 2003-2004, Vol 7 nº2

 

Vous avez été victime d’un accident de voiture. Vous souffrez d’une grave fracture de la jambe et d’un coup de fouet cervical. Il serait inconcevable que l’ambulance vous transporte dans premier hôpital pour soigner votre jambe, puis dans un deuxième pour soigner votre cou. De même, il serait inconcevable de devoir attendre que votre jambe ait été soignée et guérie pour que l’on s’occuper de votre cou. Pourtant, les personnes atteintes de troubles concomitants – ayant à la fois un problème de santé mentale et de toxicomanie – vivent communément une telle approche de traitement. Elles finissent par être promenées dans tout le système de santé, en repassant souvent plusieurs fois dans un même service. Nombreuses sont les personnes qui se sentent frustrées par un système qui ignore la corrélation entre leur santé mentale et leurs problèmes de toxicomanie. Mais la situation est en train de changer.

Dans un rapport publié en 1996, l’ancienne Fondation de la recherche sur la toxicomanie constatait que les troubles concomitants étaient mal identifiés en Ontario. Les taux de prévalence pour ces troubles s'échelonnaient de 20 à 80 pour cent. Dans la région de Muskoka-Parry Sound, au nord-est de l’Ontario, on retrouvait le même schéma – de nombreux clients atteints de troubles concomitants tombaient entre les ‘mailles’ du système.

Cependant, plusieurs forces de la région se sont unies pour corriger ces lacunes. En 1999, l’Addiction Outreach Muskoka-Parry Sound et le Muskoka-Parry Sound Community Mental Health Service ont créé un groupe de travail chargé d’examiner les pratiques de traitement des troubles concomitants. Dans cette région rurale qui s’étend sur environ 24 000 kilomètres et qui compte 99 000 résidents, l’Addiction Outreach et le Community Mental Health Service sont les seuls organismes à proposer des services de toxicomanie et de santé mentale. Il n’existe aucun hôpital psychiatrique, aucun service de toxicomanie en établissement et très peu de services communautaires. Jusqu’à récemment, ces deux organismes agissaient indépendamment l’un de l’autre. Il s’agissait d’un cas typique de manque total de communication et de coordination. Mais aujourd’hui, les deux organismes agissent de manière synchronisée.

« Nous pouvons faire plus en unissant nos forces qu’en travaillant séparément », affirme Geoffrey Reekie, responsable régional du programme de base pour le Community Mental Health Service. Les deux organismes viennent juste de mettre la touche finale à leur programme des troubles concomitants en ce qui concerne la formation du personnel.

Un programme conjoint qui identifie et traite les personnes atteintes de troubles concomitants propose aux clients un seul point d’accès. « Les clients n’ont plus à répéter sans cesse leur histoire », explique Geoffrey Reekie. Un outil commun de dépistage utilisé par les deux organismes identifie les personnes admissibles au programme des troubles concomitants. Le Community Mental Health Service pose désormais davantage de questions sur la toxicomanie et l’Addiction Outreach, quant à lui, pose davantage de questions sur la santé mentale. Les personnes identifiées et sélectionnées sont dirigées vers un spécialiste des troubles concomitants (ils sont huit dans la région), qui coordonne le traitement entre les deux organismes. De plus, une consultation hebdomadaire est assurée par le Dr Clive Chamberlain, psychiatre du Service de traitement des troubles concomitants au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) de Toronto.

Au cours de l’automne 2003, près de 40 clients ont participé au programme des troubles concomitants, dont Darren*, 47 ans et résidant à Parry Sound, aux prises avec un trouble bipolaire et un problème d'alcool. Avant de rejoindre le programme, Darren avait toujours reçu un traitement distinct pour chacun de ses problèmes. « À une époque, j’étais traité pour mon trouble bipolaire à un endroit puis je devais courir ailleurs pour mes problèmes d’alcoolisme », se souvient Darren. Mais à présent, pour la première fois, il n’a plus l’impression de lutter seul contre ses troubles concomitants et problèmes d’alcool. Darren explique : « La thérapie, c’est bien beau mais si vous ne rencontrez pas d’autres personnes [qui sont également atteintes de troubles concomitants] vous vous sentez isolé. » Il se réunit avec d’autres clients atteints de troubles concomitants dans le cadre d’un groupe psychopédagogique mis en place par le programme. Le programme propose un volet éducatif et quelques interventions de traitement. Il suscite un esprit de camaraderie entre les clients et leur permet d’apprendre les uns des autres.

Les changements ne se sont toutefois pas faits en un jour et sans poser de problèmes. Pat Walker, directrice exécutive d’Addiction Outreach, explique que les deux organismes différaient aussi bien par leur mandat, que par leurs méthodes thérapeutiques et leurs modèles administratifs. Il a fallu surmonter ces différences, ainsi que les problèmes liés au secret professionnel et les autres obstacles infrastructurels qui affectaient, par exemple, les ressources financières et humaines. Cependant, Pat Walker déclare que les commentaires positifs des clients montrent que tous ces efforts en valaient la peine : l’un d’eux lui a d'ailleurs fait remarquer : « C’est la première fois que quelqu’un me comprend. »

Andrea Smith, travailleuse sociale participant à l’Initiative de traitement de la toxicomanie du programme Ontario au travail dans le district de Parry Sound, confirme ce sentiment. Elle a aiguillé de nombreux clients vers l’initiative des troubles concomitants. Dit-elle : « Certaines personnes avaient besoin d‘un programme différent, qui pouvait répondre à leurs besoins uniques. Le groupe des troubles concomitants a comblé un vide important pour beaucoup de personnes participant à notre programme. » Et ce n’est que le début.

 

*nom d’emprunt