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D’anciens traitements pour de nouveaux problèmes

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Des médicaments contre le jeu pathologique offrent un avenir prometteur

Par Astrid Van Den Broek

Hiver 2003-2004, Vol 7 nº2

 

Sin City (« la ville de tous les péchés »), c’est ainsi qu’on appelle la ville du jeu. Quant à ce dernier, soit on lui donne un côté glamour dans des films comme Ocean’s 11 et Casino ou dans l’une des toutes dernières séries policières comme Las Vegas, soit on le considère comme un vice, ou encore, sous sa pire forme, comme un péché. Pendant longtemps, le jeu était vu comme une habitude dont une personne pouvait garder le contrôle, à l’image d’autres vices, comme le magasinage. La dépendance au jeu n’était certainement pas vue avec la même sévérité que la dépendance à l’alcool et les autres problèmes de toxicomanie.

Mais cette vision a changé. La dépendance au jeu est en train d’être reconnue comme une compulsion grave à combattre. Parallèlement, les traitements pour le jeu compulsif ou pathologique évoluent également pour les quelque deux pour cent de Canadiennes et de Canadiens touchés. Les traitements pharmaceutiques se montrent particulièrement prometteurs, grâce aux résultats des recherches de plus en plus nombreuses sur les fondements neurobiologiques du comportement relatif au jeu.

Le Dr Marc Potenza, psychiatre à l’Université de Yale (New Haven – Connecticut), qui utilise l’imagerie par résonance magnétique pour étudier l’activité cérébrale à l’origine du jeu problématique, décrit l’évolution du traitement du jeu depuis la création des Gamblers Anonymes en 1957 : « Au fil du temps, un certain nombre d’autres approches comportementales pour traiter les dépendances au jeu ont été utilisées, avec divers degrés de réussite. Certaines des formes les plus récentes de traitements comportementaux ont été empruntées au domaine du traitement de la toxicomanie, notamment des méthodes comme la thérapie cognitivo-comportementale et la thérapie du renforcement de la motivation. Les études en cours continuent à examiner l’efficacité de ces approches. »

Mais plus récemment, des essais sur l’utilisation de médicaments en tant que solutions de traitement ont acquis de la popularité. « Même si ce genre de thérapie pour le jeu pathologique remonte aux 1980, avant l'an 2000 il n’y avait pas encore d’essai contrôlé avec un échantillon de taille importante, ni d’études portant sur plus d’un sujet », explique le Dr Potenza.

Vu l’importance naissante accordée aux fondements neurobiologiques de différents troubles psychiatriques et dépendances, et la compréhension de plus en plus grande du fonctionnement du cerveau, il n’est guère surprenant que la pharmacothérapie soit considérée comme une solution pour traiter le jeu problématique.

Dans son évolution, le domaine du traitement pharmacologique a fini par se tourner vers de vieux médicaments pour trouver une nouvelle forme d’aide. « Certains ont commencé à se dire que le jeu ressemblait un peu au trouble bipolaire », explique le Dr Jon Grant, chef du service des troubles impulsifs à l'Hôpital Butler de Providence (Rhode Island). Selon lui, « il se peut donc que les patients joueurs soient de grands preneurs de risques ». On a donc envisagé l’utilisation de psychorégulateurs, qui agissent sur un neurotransmetteur dont la fonction est d’arrêter certains comportements.

Selon d’autres théories, le jeu pathologique pourrait être lié à la dépression ; ainsi, les antidépresseurs feraient partie intégrante d’un traitement du jeu problématique. « Des taux faibles de sérotonine sont depuis longtemps associés à diverses propensions à prendre des risques chez les adultes. Simplement dit, les inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine augmentent le niveau de sérotonine dans le lobe frontal du cerveau et permettent de maîtriser l’impulsivité », explique le Dr Grant, qui est également professeur adjoint en psychiatrie à l’école de médecine de l’Université Brown de Providence.

Mais même si aucune pilule miracle n’existe contre le jeu problématique, un médicament a retenu beaucoup d’attention : la naltrexone, qui est depuis longtemps utilisée contre la dépendance à l’alcool. Selon le Dr Grant, « la naltrexone semble contribuer à supprimer la sensation d’euphorie associée au jeu ainsi que l'état de manque. Ces deux phénomènes se situent apparemment dans des régions du cerveau distinctes mais connectées via le circuit neuronal. La sensation d’euphorie est atténuée par le blocage des récepteurs opioïdes. L’état de manque est probablement affecté par les effets indirects de la naltrexone sur la dopamine et sur l’acide 4-aminobutanoïque (deux neurotransmetteurs), bien qu’il ne s’agisse peut-être pas là d’un tableau précis. » La naltrexone est l’objet d’une étude qu’effectuent actuellement Tony Toneatto, Bruna Brands et le Dr Peter Selby, du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) de Toronto. Tony Toneatto est un chercheur de l’unité de recherche clinique qui se concentre sur les dépendances concomitantes à l’alcool et au jeu. Il explique que la naltrexone crée un sentiment de satiété, donnant aux personnes l’impression d’être satisfaites bien avant le moment habituel. Ajoute-t-il : « Même si la naltrexone est indiquée pour les problèmes d’alcool, en nous fondant sur les hypothèses relatives aux systèmes de récompense du cerveau faisant intervenir des opiacés endogènes qui pourraient être similaires pour toutes les dépendances, nous avons pensé que la naltrexone pouvait également être efficace pour les problèmes de jeu. Notre hypothèse est que ce médicament pourrait éventuellement être utile pour traiter ces deux types de dépendance. »

Le Dr Grant et le Dr Suck Won Kim, chercheur et professeur agrégé en psychiatrie à l’école de médecine de l’Université du Minnesota (Minneapolis), ont également mené des études sur la naltrexone. En 2001, après voir étudié ses effets à court terme et son efficacité, ils ont découvert que la naltrexone pouvait en effet réduire les pulsions de jeu pathologique.

Toutefois, aussi prometteuse que semble être la naltrexone comme traitement viable du jeu pathologique, il reste encore beaucoup à faire, affirment les chercheurs. Par exemple, certains émettent une théorie selon laquelle la naltrexone ne sera efficace que pour certains types de problèmes de jeu. « La véritable question n’est pas tant de savoir si ce médicament aidera les joueurs mais pour quels types de joueurs il sera adéquat », déclare Tony Toneatto. Il envisage un avenir où la naltrexone sera presque administrée comme une sorte de traitement normatif : si vous avez un problème de jeu d’un certain niveau de gravité et d’un certain profil, la naltrexone peut vous aider à vaincre votre dépendance. Il ajoute : « Mais, en général, les médicaments comme la naltrexone ont une efficacité maximale lorsqu’ils sont combinés avec un counseling. »

Le Dr Grant convient que, dans l’avenir, l’examen et le dépistage de sous-catégories de joueurs seront très importants pour accroître l’efficacité du traitement. Selon lui, « nous prendrons conscience que le diagnostic n’est que la première étape dans ce genre de traitement et que toutes les personnes qui correspondent à un seuil diagnostique pour le jeu pathologique ne se ressemblent pas et qu’il n’existe pas de traitement universel. Il existe des sous-catégories, comme peut-être les joueurs atteints d’une hyperactivité avec déficit de l’attention non diagnostiquée, et qui nécessiteraient un autre type d'intervention. »

Les chercheurs commencent seulement à comprendre les traitements les plus efficaces pour les gens ayant des problèmes de jeu en général, explique le Dr Potenza. Selon lui, « il sera important d’affiner nos connaissances en ce qui concerne la mise au point de traitements précis, adaptés aux besoins de personnes individuelles, la compréhension des meilleurs traitements à long terme et le meilleur moyen de combiner les approches comportementales et pharmacologiques. Il s’agit des principaux domaines sur lesquels nous devrons nous concentrer à l’avenir. »

 

Lien entre les médicaments contre la maladie de Parkinson et le jeu

Grâce à tous les travaux réalisés sur les liens neurologiques entre les médicaments et le jeu pathologique, une nouvelle corrélation a récemment été découverte entre deux éléments que l’on pensait autrefois sans rapport – les agonistes de la dopamine et le jeu excessif.

D’après une étude publiée dans Neurology au cours de l’été 2003, le jeu pathologique pourrait être l’un des effets secondaires des agonistes, ces médicaments souvent prescrits aux personnes atteintes de la maladie de Parkinson.

En l’espace d’un an, les chercheurs du centre de recherche Muhammad Ali pour la maladie de Parkinson de Phoenix (Arizona) ont étudié les données de près de 2 000 personnes atteintes de cette maladie et qui prenaient différents médicaments agonistes : 529 d’entre elles prenaient du Mirapex (pramipexole), 331 prenait du Permax (mésylate de pergolide) et 42 prenait du Requip (chlorhydrate de ropinirole). Un problème de jeu pathologique a été diagnostiqué chez neuf personnes qui auraient pris du Mirapex ou du Permax entre six mois et cinq ans avant l’apparition de ce problème. Aucune de ces neuf personnes n’avait été touchée par le jeu problématique avant de prendre ces médicaments.

 

Ressources

Site d’un organisme de Toronto visant à promouvoir le jeu responsable ; il s’agit d’une ressource complète. Vous y trouverez de nombreux articles dans la section ‘e-library’ (bibliothèque en ligne), les coordonnées de centres de traitement et de centres de ressources ainsi qu’une section très détaillée consacrée aux questions fréquemment posées. Ce site aborde des thèmes allant du jeu problématique chez les jeunes au jeu pathologique chez les adultes.

 

Site d’un organisme de Washington D.C. qui propose des renseignements clairs et concis. Il recense dix questions que vous devez vous poser pour savoir si vous êtes un joueur compulsif. Il propose également une définition claire du jeu pathologique, des fiches de renseignements pour les adolescents et une liste de lectures conseillées.

 

Site officiel des Gamblers Anonymes et de leur programme en 12 étapes. Découvrez l’historique de cette organisation, née à la fin des années 1950 de la rencontre de deux hommes ayant découvert qu’ils luttaient contre une obsession similaire, et consultez la section ‘questions and answers’, très étendue, pour savoir si vous avez un problème de jeu. Vous pouvez également consulter les 12 étapes du programme. Ce site propose des liens vers les réunions des Gamblers Anonymes dans le monde entier.

 

Site multilingue de l’Hotel Dieu Health Sciences Hospital de Niagara, en Ontario, qui propose une aide diagnostique, dans différentes langues allant du chinois à l’arabe, en passant par le farsi, aux personnes ayant un problème de jeu pathologique. Une section d’information utile propose aux amis et à la famille des joueurs des astuces pour composer avec la situation, ainsi que des conseils pour ‘jouer de façon sécuritaire’ et un numéro sans frais pour obtenir de plus amples renseignements.

 

L’Electronic Journal of Gambling Issues du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) propose non seulement les toutes dernières nouvelles de la recherche mais aussi des études de cas, le profil d'organisations qui s’occupent du jeu problématique, des récits de professionnels travaillant avec des personnes ayant un problème de jeu et beaucoup d’autres renseignements.