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Le Ritalin dans les écoles

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Un outil pour compenser une insuffisance de ressources pédagogiques ?

Automne 2004, Vol 8 nº1

 

Depuis 30 ans, le débat fait rage à travers l’Amérique du Nord au sujet du recours à des stimulants tels que le Ritalin pour gérer le comportement difficile d’un enfant. Pourquoi l’inattention est-elle un si gros problème ? Est-ce parce que l’augmentation du nombre d’enfants par classe amène des distractions inévitables pour les élèves ? Est-ce parce que les enfants ayant des besoins spéciaux sont intégrés dans les classes régulières sans le soutien requis ? Ou cela vient-il du fait que les enfants ont plus de mal à se conformer aux routines de la classe, habitués qu’ils sont à passer des heures entières, les yeux rivés à des dessins animés ou des jeux informatiques évoluant à une vitesse étourdissante ?

À mesure que davantage d’enfants ayant une difficulté d’attention sans hyperactivité ou impulsivité se voient prescrire des stimulants, la question est de savoir si nous ne sommes pas à la recherche de solutions rapides pour des troubles d’apprentissage, des angoisses ou autres problèmes socio-affectifs non reconnus. Il est peut-être plus facile pour les parents qui cherchent à voir leurs enfants réussir à l’école d'accepter que l’inattention soit la source du problème plutôt que de rechercher des solutions plus complexes et à long terme. Quant aux enseignants, ils sont soumis à des pressions pour que leurs classes obtiennent de bons résultats aux tests provinciaux. Les parents s’inquiètent de l’avenir si les normes ne sont pas satisfaites. Dès la 3e année, certains enfants commencent à être confrontés à la crainte de l'échec.

Ce sont les enfants qui ont de très graves problèmes qui font les frais de toutes ces pressions. Diverses combinaisons d’inattention, d’hyperactivité et d’impulsivité sont des éléments d’un trouble qui risque de passer inaperçu pour les personnes qui n’y sont pas habituées. Observés pendant de courtes périodes de temps, certains enfants peuvent avoir l’air tout à fait ordinaires, d’autres peuvent paraître vifs, d’autres de ne pas s’en faire, d’autres encore de préférer faire le clown. Mais le trouble d’hyperactivité avec déficit de l'attention (THADA) a de lourdes conséquences pour l’enfant et sa famille, de même que pour la société : coûts monétaires pour les parents devant s’absenter de leur travail, coûts des services de santé mentale et des services éducatifs.

Il y a un manque évident de ressources pour former le personnel de soins primaires au THADA. Les résultats d’un sondage réalisé par Santé Canada montrent que les médecins sont si frustrés devant l'absence de ressources en cas de diagnostic du THADA qu’ils ont vite fait de se tourner vers la prescription de médicaments. Les médecins reçoivent peu d’aide pour affiner leur diagnostic, tandis que les conseils scolaires disposent d’encore moins de psychologues pour établir le diagnostic différentiel et les comorbidités.

L’inattention peut être un phénomène sur lequel débouchent de nombreux problèmes affectant diverses parties du cerveau. Elle peut être un signe d’ennui, d’angoisse, d’évitement, de grande fatigue, d'obsessions et d’autres niveaux de distractions significatives, telles que le fait de craindre d’être victime d'une intimidation dans la cour d’école. Avant que le diagnostic du THADA soit fermement établi et surtout avant de commencer un traitement, il faudrait explorer ces options, mais les ressources pour de telles évaluations sont souvent inexistantes.

Les effets bénéfiques des stimulants sur les enfants atteints du THADA sont parfois incroyables. Lorsque l'on a connu la frustration de vouloir interagir avec un enfant atteint du THADA et que l’on retrouve ce même enfant, bien attentif et ayant une conversation suivie, on en arrive facilement à espérer que d'autres enfants puissent recevoir des stimulants. Des parents m’ont dit : « C’est la première fois que j’ai pu avoir une conversation suivie avec mon fils depuis huit ans que je le vois errer à côté de moi. » Lorsque de tels enfants se font un ami pour la première fois, qu’ils réussissent à l’école ou qu’ils  épargnent la colère de leurs parents ou de leurs enseignants, cela leur donne une grande dose de confiance en soi. La pression à laquelle les enseignants sont soumis diminue fortement quand un enfant à l’attitude jusque-là perturbatrice arrive à concentrer son attention. C’est naturel que les enseignants nourrissent des espoirs d'amélioration similaire vis-à-vis d’autres enfants à problème qui n’ont pas encore essayé un traitement médicamenteux. Les réussites, du moins à cours terme, peuvent améliorer les choses et rendre tout le monde plus heureux. Il s’ensuit que, chaque année, un nombre croissant de nos enfants se voient prescrire des médicaments pour des problèmes d’attention.

Lorsque les médicaments ne fonctionnent pas (pour environ 20 pour cent des enfants) ou sont utilisés à mauvais escient parce que le vrai problème n’est pas le THADA, l’importante frustration qui s’en suit mène alors fréquemment à la recherche d’un autre médicament. Ce qui est particulièrement préoccupant, c’est la tendance à essayer des médicaments bien plus puissants et notamment des neuroleptiques tels que le Risperdal. On ne prend pas toujours en considération les effets secondaires bien plus graves qui accompagnent la prise de ces médicaments, parmi lesquels se rangent, à côté d’une prise de poids importante, un engourdissement cognitif, une sédation, une perte d’énergie, des mouvements involontaires et des complications hépatiques et cardiaques.

Lorsque les enfants obtiennent de bons résultats avec leur médicament, il est possible qu’on leur dise, « tu as eu une bonne journée aujourd’hui. Je suis contente que tu te sois souvenu de prendre ton comprimé. » Ainsi, ce n’est pas le travail de l’enfant qui lui mérite ses progrès mais la prise du médicament. Au lieu de mettre le comprimé dans le contexte des nombreux types de stimulants que les adultes prennent régulièrement, tel le café, nous donnons aux enfants le sentiment qu’ils ont un problème nécessitant la prise d’un médicament. La caféine modifie-t-elle notre potentiel ? Est-ce qu’elle sert à compenser des habitudes de travail, un mode de vie ou une gestion du temps loin d’être optimaux ?

Mais des études ont montré que les enfants atteints du THADA ont plus de chance de réussir à l’école et socialement avec des stimulants qu’avec des interventions comportementales seulement. On pense qu’un traitement médicamenteux accompagné d’une gestion comportementale et éducative est l’approche qui offre le plus de chance de réussite véritable à long terme. La société se doit de donner aux enfants qui ont des difficultés d’attention un milieu d’apprentissage qui les aide, eux et leur famille, qui favorise leur apprentissage à concentrer leur attention, qui les protège de l’intimidation et qui leur offre l’assistance corrective voulue. Les stimulants peuvent s’avérer très efficaces s’ils sont utilisés comme il faut. Mais nous ne devons pas oublier les autres ressources éducatives et sociales qui sont d’une importance cruciale pour tous les enfants ayant un problème d’attention, qu’ils réagissent aux médicaments ou non.

Nous ne devons pas oublier combien il est difficile de vivre lorsque son cerveau présente un problème d'attention majeur, lorsque l’on n’est pas capable de concentrer son attention ni de réaliser des tâches avec autant de facilité ou de succès que les autres. Nous devons lutter pour obtenir les ressources nécessaires. Nous devons continuer à rassembler des renseignements sur un traitement médicamenteux sécuritaire et efficace, que l’on puisse combiner à d’autres ressources, afin que ces enfants en tirent réellement parti.

 

Dre Wendy Roberts est directrice du Child Development Centre du Hospital for Sick Children à Toronto.

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