www.camh.netwww.reseaufranco.com

Réseau francophone de soutien professionnel

|
text size
+
| sitemap

Questions sur les benzodiazépines

Questions fréquentes sur l’innocuité des benzodiazépines

Par Angela Pirisi

 

Que sont les benzodiazépines?

Les benzodiazépines, mieux connues sous les noms de tranquillisants, sédatifs et « calmants », sont une famille de médicaments agissant comme un dépresseur du système nerveux central. Elles sont généralement utilisées pour traiter l’angoisse et les troubles du sommeil. Cependant, elles ne constituent pas la solution idéale pour ces derniers, affirme le Dr Meldon Kahan, directeur médical du Addiction Medicine Service au St. Joseph’s Health Centre de Toronto. « Elles sont efficaces dans un premier temps, mais les gens développent une tolérance à leurs effets hypnotiques après plusieurs semaines d’usage quotidien, ce qui provoque un rebond du sommeil paradoxal. » Pour les troubles du sommeil, le Dr Kahan recommande une utilisation brève (une semaine) ou intermittente des benzodiazépines.

Les benzodiazépines sont également utilisées pour le sevrage alcoolique, comme relaxant musculaire et pour l’épilepsie. Différentes formes sont disponibles, sous diverses appellations commerciales, notamment Valium (diazépam), Ativan (lorazépam), Dalmane (flurazépam) et Xanax (alprazolam).

Quelle est la prévalence de l’utilisation des benzodiazépines au Canada?

Les benzodiazépines font partie des psychoactifs les plus prescrits dans le monde, et on a souvent cité le Canada parmi les plus grands consommateurs de ces substances. D’après des données de l’Enquête de surveillance canadienne de la consommation d'alcool et de drogues 2009, environ neuf pour cent des Canadiennes et des Canadiens de 15 ans et plus disent avoir consommé des tranquillisants et des sédatifs au cours de l’année écoulée.

Selon Colleen Cunningham, chercheuse au centre de services de santé et de recherche sur les politiques de l’Université de Colombie-Britannique à Vancouver, comme l’utilisation des benzodiazépines est largement plus prévalente parmi les adultes âgés, les différences d’âge de population entre les pays expliquent probablement certaines variations et ne sont pas toujours le signe d’un problème. Ainsi, le Japon, un pays relativement vieux pour ce qui est de l’âge moyen de sa population, affichait l’un des taux les plus élevés de consommation par personne en 2008.

Colleen Cunningham, qui a dirigé une étude sur la consommation de benzodiazépines chez les résidents de la Colombie-Britannique entre 1996 et 2006, a constaté que les personnes qui faisaient exécuter une ordonnance de benzodiazépines et de médicaments connexes le faisaient pour plus de 100 jours d’une année civile. Cette étude a également montré que l’utilisation prolongée de ces médicaments concernait souvent des personnes plus âgées ayant un revenu relativement faible. Ces constatations faites à l’échelon régional ne sont pas une simple anomalie. Selon Colleen Cunningham, des chercheurs européens ont également constaté — en opposition directe avec les lignes directrices sur l’utilisation – que la durée de la consommation augmentait avec l’âge.

Pourquoi prescrit-on davantage les benzodiazépines aux femmes qu’aux hommes?

Le Dr Kahan cite deux facteurs. Le premier facteur concerne les stéréotypes, qui veulent que les femmes soient plus angoissées que les hommes. Le Dr Kahan cite des recherches indiquant que les femmes sont plus susceptibles que les hommes de se voir prescrire des benzodiazépines, même en ayant décrit les mêmes symptômes. Le deuxième facteur est que les femmes font peut-être plus facilement état de leur angoisse. D’après les recherches, il semblerait que l’on a toujours beaucoup plus prescrit des psychotropes aux femmes. Cependant, l’écart entre les sexes s’est quelque peu rétréci et il le fait de plus en plus avec l’âge. Colleen Cunningham affirme : « Nous avons découvert qu’un âge avancé et un revenu relativement faible sont associés à des niveaux de consommation potentiellement problématiques, mais que les hommes sont légèrement plus susceptibles que les femmes d’avoir une consommation de longue durée. »

Quels sont les risques particuliers liés à la consommation de benzodiazépines chez les personnes âgées?

Malgré un tableau favorable concernant les effets secondaires (les benzodiazépines sont généralement mieux tolérées que les antidépresseurs), les personnes âgées restent plus susceptibles de subir des effets secondaires. Les principales préoccupations sont notamment les traumatismes, les chutes et la confusion, selon le Dr Kahan. De plus, les personnes âgées sont particulièrement prédisposées à la sédation, à la fatigue, aux troubles de l’élocution, aux troubles de la mémoire et aux accès de faiblesse, selon ce qu’affirment le Dr Nady el-Guebaly, professeur à l’Université de Calgary, et ses collègues dans un article publié en novembre 2010 dans la Revue canadienne de psychiatrie.

Quels sont les risques de dépendance et de surdose?

Selon le Dr Kahan, le risque de dépendance existe, mais il est très rare. Plus importants sont les risques de conduite avec facultés affaiblies et de troubles de la concentration, ainsi que le fait que des doses élevées de benzodiazépines contribuent à la dépression. La dépendance semble plus courante chez les personnes qui consomment aussi des opiacés (par exemple, l’héroïne) et de l’alcool. L’abus de benzodiazépines représente moins d’un pour cent de l’ensemble des admissions pour le traitement d’une dépendance. La plupart des personnes concernées font état d’abus d’alcool ou d’opioïdes en plus des benzodiazépines, selon le rapport de la Revue canadienne de psychiatrie. Cependant, le Dr Kahan prévient que toutes les personnes qui prennent des benzodiazépines au quotidien pourraient ressentir des symptômes de sevrage, à ne pas confondre avec la dépendance.

En ce qui concerne les risques de surdose, les benzodiazépines provoquent rarement une surdose à elles seules, mais elles augmentent bel et bien les décès liés à d’autres médicaments, explique le Dr Kahan. L’utilisation d’un dépresseur du système nerveux central en combinaison avec d’autres substances, particulièrement l’alcool, peut ralentir le rythme cardiaque et la respiration et conduire au décès.

En quoi l’utilisation des benzodiazépines a-t-elle été touchée par l’augmentation du recours aux antidépresseurs pour traiter l’angoisse et la dépression?

On pensait que l’avènement des inhibiteurs spécifiques du recaptage de la sérotonine, qui permettent de traiter efficacement l’angoisse, réduirait l’utilisation des benzodiazépines, mais cela n’a pas été le cas, déclare le Dr Kahan. Les benzodiazépines agissent très rapidement, ont un minimum d’effets secondaires aigus et sont préférées aux antidépresseurs par les patients. Les médecins trouvent également plus facile de prescrire des benzodiazépines que de faire du counseling. Selon le Dr Kahan, « les médecins de soins primaires n’ont pas le temps ou les compétences nécessaires pour faire du counseling. Les psychiatres quant à eux n’en ont pas le temps ou ne sont pas intéressés (…) Pourtant, même de brèves séances de counseling pourraient être utiles. »

Quel rôle jouent les professionnels de la santé dans l’utilisation sans risque des benzodiazépines?

Les psychiatres jouent certainement un rôle, essentiellement parce qu’ils voient les gens dans leurs pires moments, ce qui les rend plus susceptibles de prescrire des benzodiazépines, explique le Dr Kahan. Selon lui, « il ne fait aucun doute que les benzodiazépines peuvent aider les personnes qui n’ont pas réagi aux antidépresseurs (ou qui refusent de les prendre ou de suivre des séances de counseling). Ce serait donc mal d’en priver ces patients (…) Cependant, je dirais aux patients de n’utiliser les benzodiazépines que pendant une très brève période. »

En plus des précautions à prendre pour les prescriptions, le Dr Kahan indique que les prescripteurs doivent être vigilants quand ils réduisent la posologie, ce qui est rarement le cas. Nombre de prescripteurs se contentent d’en rester là s’il n’existe aucun effet secondaire évident. Néanmoins, les benzodiazépines peuvent émousser l’enthousiasme, la créativité et les émotions. « Les patients se sentent moins vivants », explique le Dr Kahan, qui ajoute : « Si [les prescripteurs] procèdent effectivement à une réduction progressive des doses, beaucoup de patients se trouvent plus alertes et énergiques, tandis que leur angoisse reste inchangée ou diminue. »