www.camh.netwww.reseaufranco.com

Réseau francophone de soutien professionnel

accueil |
taille du texte
+
| carte du site

Cliniques d'infirmières praticiennes

Les cliniques dirigées par des infirmières et des infirmiers améliorent l’accès à des soins de qualité

Par Lesley Young

Automne 2009, Volume 13, no 1

 

Le jour où la clinique d’infirmières praticiennes de Sudbury (Sudbury District Nurse Practitioner Clinic [SDNPC]) a ouvert ses portes, des patients confiants faisaient la file dès 7 h. La fondatrice et directrice de la clinique, Marilyn Butcher, déclare qu’elle n’avait pas prévu la demande, étant donné la petite annonce de rien qu’elle avait fait paraître dans le journal communautaire annonçant l’ouverture de la clinique d’infirmières praticiennes à l’été 2007.

Pourtant, le nombre de personnes qui se sont présentées était tout à fait logique, selon Mme Butcher. On estime que 25 000 personnes de la région de Sudbury dans le Nord de l’Ontario sont des patients orphelins et reçoivent des soins médicaux sporadiques dans des cliniques sans rendez-vous et des urgences encombrées. Elles ne sont pas les seules dans cette situation. Selon Statistique Canada, de quatre à cinq millions de Canadiens n’ont pas de médecin de premier recours. La SDNPC représente un modèle novateur de soins en Ontario – en fait, c’est la première clinique du genre au Canada – qui vise à combler le vide.

Étant donné les longs temps d’attente qui empêchent souvent d’obtenir au moment opportun des soins adéquats de santé mentale et de traitement des toxicomanies (le délai pour avoir un rendez-vous avec un psychiatre en Ontario est estimé à six mois), Mme  Butcher soutient que les cliniques d’infirmières praticiennes pourraient être bénéfiques pour ce groupe de personnes vulnérables. Selon le ministère de la Santé et des Soins de longue durée (MSSLD) de l’Ontario, outre le fait que les cliniques d’infirmières praticiennes constituent un excellent moyen d’offrir de meilleurs soins, elles sont également bien placées pour éduquer les patients sur la prévention des maladies et la promotion de la santé et les aider à s’y retrouver dans les méandres du système. Au cours des deux prochaines années, le MSSLD prévoit ouvrir 25 cliniques d’infirmières praticiennes (trois ont été annoncées récemment dans les régions éloignées de Belle River, de Sault Ste. Marie et de Thunder Bay), selon David Jensen, porte-parole du MSSLD.

« Je me demande si les personnes qui ont des problèmes de santé mentale ne sont pas surreprésentées parmi les patients orphelins », a fait remarquer Mme Butcher. Elle soupçonne que les personnes ayant des problèmes de santé mentale sont plus susceptibles d’être traitées pour un seul problème dans de nombreux établissements de soins primaires. « Il est difficile de traiter une personne qui a la schizophrénie et le diabète au cours d’un rendez-vous de cinq minutes », soutient-elle. (À la SDNPC, un rendez-vous dure en moyenne de 15 à 30 minutes.)

Wendy Fucile, présidente de l'Association des infirmières et infirmiers autorisés de l'Ontario à Toronto, rappelle que les patients qui ont des problèmes de santé mentale sont souvent marginalisés. « Les personnes qui ont une maladie mentale sont souvent celles qui ont le plus de difficulté à accéder à des soins, affirme-t-elle. Les cliniques d’infirmières praticiennes représentent une option de plus, un moyen d’entrer dans le système. » Au cours de la dernière décennie, la plupart des provinces et des territoires ont adopté des lois qui permettent aux infirmières praticiennes d’exercer tous les aspects de leur profession, notamment poser des diagnostics et gérer de nombreuses maladies, dont les problèmes de santé mentale, mais exclusivement dans un milieu de soins primaires. L’Ontario est actuellement la seule province à financer des cliniques d’infirmières praticiennes.

À la SDNPC, les infirmières praticiennes s’occupent de l’admission et font les évaluations physiques, puis elles envoient les patients passer des tests de diagnostic. Elles posent des diagnostics, prescrivent des médicaments (mais leur aptitude à cet égard varie d’une province à l’autre) et surveillent les maladies chroniques stables. « Beaucoup de patients consulteront une infirmière praticienne seulement, fait remarquer Mme Butcher. Cependant des médecins sont disponibles pour faire des consultations avec les patients ou les infirmières praticiennes, au besoin. » Parce qu’elles ne remplacent pas les médecins, les infirmières praticiennes consultent les médecins associés à la clinique lorsque les diagnostics sont complexes. La SDNPC aiguille également les patients vers ses nombreux partenaires de la collectivité. Lorsque la clinique ouvrira un centre satellite dans la ville de Lively, un spécialiste en santé mentale sera recruté. Pour l’heure, les infirmières praticiennes diagnostiquent et traitent les problèmes de santé mentale et de toxicomanie, et orientent les patients, en conséquence.

Jusqu’à maintenant, la SDNPC compte 2 500 patients, et son objectif est d’en avoir 4 500. « Il faut du temps, explique Mme Butcher. Ça fait des années que ces gens-là n’ont pas de soins. On leur a diagnostiqué de multiples maladies chroniques, souvent avec une composante de santé mentale. Par exemple, le taux de dépression est élevé chez les personnes qui ont le diabète. Ces patients ont donc besoin de consulter plusieurs fois pour faire le point. » Pour Mme Butcher, la gestion holistique, globale, des patients est un avantage. Cependant, le compromis à faire c’est qu’on voit moins de patients que dans les établissements de soins primaires.

La majeure partie de l’establishment médical est critique de ces cliniques, faisant état de préoccupations concernant le financement et les qualifications professionnelles. Selon la Dre Sarah Kredentser, médecin de famille à Winnipeg (Manitoba) et présidente du Collège des médecins de famille du Canada, le « collège soutient entièrement le rôle accru que d’autres professionnels de la santé peuvent jouer et nous respectons les compétences qu’ils mettent à contribution dans une équipe, mais nous considérons qu’ils doivent travailler en collaboration, dans une équipe de soins axés sur les patients. »

En dépit de ces critiques, la SDNPC peut compter sur le soutien indéfectible des médecins qui collaborent avec la clinique, selon Mme Butcher. « Les médecins se rendent compte que nous sommes en crise ici, que des dizaines de milliers de patients n’ont pas accès à des soins. En plus, le financement que nous recevons c’est une goutte dans l’océan par rapport au financement des soins primaires en Ontario. »

 

Innovations en matière de soins de santé mentale périnatale gérés par les infirmières

 

La SDNPC a inspiré les responsables du programme d’intervention précoce en santé mentale périnatale géré par des infirmières autorisées de l’Hôpital régional de Sudbury. Jacqulyn Moffatt, infirmière autorisée, a développé le programme, qu’avait créé la Dre Beena Mathew, psychiatre. Le programme, qui a vu le jour en mai 2008, a traité plus de 60 femmes avec des problèmes de santé mentale périnatale. C’est un programme qui a beaucoup de valeur, puisqu’il faut attendre jusqu’à six mois pour avoir un rendez-vous chez un psychiatre en Ontario. Lorsque les patientes sont orientées vers le programme, ou qu’elles s’y présentent d’elles-mêmes, Mme Moffatt procède à une évaluation et les patientes ont un rendez-vous avec la Dre Mathew dans les deux semaines qui suivent pour le programme de quatre mois. Mme Moffatt s’occupe des besoins de base des patientes et fait des consultations et de l’éducation dans la collectivité. Les patientes sont mises en rapport avec les programmes de soutien de la collectivité avant de sortir (on envisage d’envoyer les patientes orphelines à la SDNPC). « Les problèmes de santé mentale comme la dépression pendant la grossesse doivent être traités sans délai, fait valoir Mme Moffatt. Plus vite nous pouvons travailler avec elles, meilleurs sont les résultats. »