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Printemps 2010, Vol 13, no 3

Dernières nouvelles de la recherche

Par Hema Zbogar

 

La santé et l’apparence physique motivent les adolescents à ne pas fumer

Selon une étude de l’Université de Heidelberg (Allemagne), les adolescents qui choisissent de ne pas fumer semblent principalement motivés par des préoccupations liées à leur santé et à leur apparence physique, plutôt que par les restrictions et les interdictions de fumer. Au total, 707 élèves non-fumeurs, âgés de 12 à 15 ans, ont été interrogés dans le cadre de l’étude German SToP sur les sources du tabagisme des élèves. Les participants ont été invités à mettre par écrit leurs motivations pour ne pas fumer, ce qui a débouché sur 1 324 déclarations qui ont été classées par catégorie et évaluées par les chercheurs. Les préoccupations liées à la santé étaient les plus fréquemment citées (78 % de l’ensemble des déclarations), les principales d’entre elles étant la peur du cancer et la volonté de rester en bonne forme physique. Aucun participant n’a mentionné les maladies cardiovasculaires, cérébrovasculaires ou pulmonaires obstructives chroniques, qui sont pourtant les conséquences médicales les plus fréquentes du tabagisme. Une aversion esthétique pour les effets du tabagisme, comme l’odeur ou le jaunissement des dents et des ongles, a été mentionnée dans 39 pour cent des déclarations. L’absence d’avantages perçus du tabagisme a été citée dans 25 pour cent des cas, et les motifs économiques dans 21 pour cent. Seules 9 pour cent des déclarations faisaient état de préoccupations liées à de possibles sanctions économiques, judiciaires ou sociales, comme l’interdiction de fumer par les parents et par l’école ou l’âge légal autorisé. Cette constatation est surprenante étant donné l’efficacité reconnue des taxes et des interdictions sur la vente du tabac aux mineurs. Les auteurs supposent que les jeunes non-fumeurs pourraient simplement être trop jeunes pour s'être déjà heurtés à ces mesures, ou qu’ils pourraient ne pas percevoir ces obstacles externes comme étant les véritables motivations de leur décision de ne pas fumer.

Health Policy, 2009 online, doi: 10.1016/j.healthpol.2009.10.007. Sven Schneider et al., Mannheim Medical Faculty, Heidelberg University, Mannheim, Germany.

 

Le dessin aide les enfants âgés à raconter leurs expériences émotionnelles

On sait que le dessin aide les jeunes enfants à décrire leurs expériences émotionnelles passées et qu’il est souvent utilisé pour des évaluations cliniques et à des fins judiciaires. Aujourd’hui, une nouvelle étude de l’université d’Otago (Nouvelle-Zélande) a démontré que le dessin pouvait faciliter le compte rendu des enfants jusqu’à l’âge de 12 ans. Les chercheurs ont demandé à 90 enfants de 5 à 12 ans de raconter simplement ou de dessiner et raconter tout ce dont ils pouvaient se souvenir sur un évènement passé ayant suscité chez eux de la joie, de la tristesse, de la peur ou de la colère. Les enfants ont rapporté plus de renseignements quand on leur a demandé de dessiner pendant les entrevues, fait qui s’est vérifié tant pour les enfants âgés que pour les plus jeunes. Les parents ont certifié l’exactitude des comptes rendus, et seuls 8 évènements sur 252 relatés ne se sont jamais produits. Le fait de dessiner n’a eu aucune incidence sur l’exactitude du compte rendu. Il s’est avéré que les intervieweurs ont posé plus de questions ouvertes (par exemple, « Peux-tu m’en dire plus? ») et fourni plus de réponses minimales (par exemple, « Ah », « Vraiment », « Bien ») quand on a demandé aux enfants de dessiner. Le nombre de réponses minimales, en particulier, avait un lien très étroit avec la quantité de renseignements fournie par les enfants, pour tous les groupes d’âge. Ces conclusions indiquent que le dessin peut être utile pour faciliter les entrevues cliniques et judiciaires avec les enfants de tous âges.

Applied Cognitive Psychology, le 24 novembre 24, 2009 online, doi: 10.1002/acp.1650. Tess Patterson et Harlene Hayne, Department of Psychological Medicine, University of Otago, New Zealand.

 

La kétamine, nocive pour les facultés cognitives et la santé mentale

Ces dernières années, la kétamine est devenue une drogue très appréciée dans les boîtes de nuit. Dans le cadre de nouveaux travaux, des chercheurs du Collège universitaire de Londres (Royaume-Uni) ont constaté que l’usage massif de kétamine peut être nocif pour les facultés cognitives et le bien-être psychologique. Ils ont suivi pendant un an 150 participants, répartis en 5 groupes de 30 personnes : les consommateurs fréquents, qui prenaient de la kétamine plus de quatre fois par semaine; les consommateurs occasionnels, qui en prenaient au moins une fois par mois; les consommateurs abstinents, qui n’avaient pas absorbé de kétamine depuis au moins un mois; les consommateurs polymédicamenteux, qui prenaient d’autres substances; et les non-consommateurs, qui n’absorbaient aucune substance illicite. Les chercheurs ont constaté que les déficits cognitifs étaient largement restreints aux consommateurs fréquents de kétamine, et ont observé chez ceux-ci un lien entre une consommation accrue de kétamine pendant l’année et le déclin de la mémoire de travail spatiale et de la mémoire de reconnaissance des formes. Les ex-consommateurs de kétamine n’ont pas montré de déficit cognitif, ce qui suggère que même si les déficiences dues à la kétamine peuvent se cumuler, les facultés cognitives peuvent se rétablir après l’arrêt de la consommation. Les consommateurs fréquents ont également subi davantage de symptômes dissociatifs, et les symptômes de délires ont augmenté selon une relation dose-réponse avec la quantité de kétamine absorbée. Tant les consommateurs fréquents qu’abstinents ont connu une augmentation des scores de dépression pendant l’année. Les auteurs recommandent que les campagnes d’éducation en matière de santé ciblent les consommateurs de kétamine, qui pour la plupart restent mal informés sur les dangers de cette substance ainsi que sur les risques de dépendance éventuelle.

Addiction, 2009 online, doi: 10.1111/j.1360-0443.2009.02761.x. Celia J.A. Morgan et al., Clinical Psychopharmacology Unit, University College London, London, United Kingdom.

 

Une meilleure observance thérapeutique grâce à l’intervention pharmaceutique

Selon une nouvelle étude du département des Anciens combattants de Ann Arbor (Michigan), une intervention pharmaceutique peut augmenter la probabilité qu’une personne atteinte d’une maladie mentale grave prenne ses médicaments comme il se doit. Cette étude a porté sur 118 anciens combattants souffrant de schizophrénie, d’un trouble schizo-affectif ou d’un trouble bipolaire. Ces personnes avaient toutes reçu un traitement de longue durée à base de médicaments antipsychotiques et affichaient pour l’année précédente un taux d’observance thérapeutique inférieur à 80 pour cent. Soixante patients ont reçu les soins habituels, comprenant les consultations avec un psychiatre, les consultations avec des professionnels de la santé mentale (autres que des médecins) et des séances collectives. Les 58 autres patients ont été affectés à un programme d’observance thérapeutique axé sur l’intervention pharmaceutique comprenant un conditionnement des médicaments à la prise, une séance didactique sur la médication, des aide-mémoire pour le remplissage envoyés par courriel et des notifications de cliniciens lorsque les patients avaient omis de déposer leurs ordonnances dans les 7 à 10 jours. Les taux d’observance ont été réévalués à 6 et 12 mois. Au commencement de l’étude, les taux d’observance moyens étaient de 54 pour cent pour le groupe de l’intervention pharmaceutique et de 55 pour cent pour le groupe des soins habituels. À six mois, les taux d’observance avaient augmenté pour atteindre 91 pour cent pour le groupe de l’intervention pharmaceutique, contre 64 pour cent pour le groupe des soins habituels. À 12 mois, les patients du groupe de l’intervention pharmaceutique affichaient encore un taux d’observance de 86 pour cent, alors que le groupe des soins habituels n’avait plus qu’un taux de 62 pour cent. Étant donné que ces résultats sont comparables à ceux précédemment obtenus avec des personnes atteintes de diabète et d’hypertension ayant suivi un programme similaire, les auteurs concluent qu’une intervention pharmaceutique peut tout autant améliorer l’observance chez les personnes atteintes de graves maladies mentales que chez celles souffrant d’autres problèmes de santé chroniques.

Schizophrenia Bulletin, le 21 novembre 21, 2009 online, doi: 10.1093/schbul/sbp121. Marcia Valenstein et al., Department of Veterans Affairs Serious Mental Illness Treatment, Research, and Evaluation Center, Ann Arbor, Michigan.

 

Les femmes et les hommes ont des raisons différentes d’abuser des analgésiques

Selon des chercheurs de la faculté de médecine de Harvard, à Boston (Massachusetts), les raisons d’abuser des analgésiques opioïdes semblent varier en fonction du sexe. Travaillant avec des centres de traitement de la douleur de cinq États américains, les chercheurs ont recruté 335 femmes et 275 hommes ayant des prescriptions pour des analgésiques opioïdes afin de traiter une douleur chronique d’origine non cancéreuse. Les participants ont été suivis pendant cinq mois, ont répondu à une série de questionnaires et fourni des échantillons d’urine à la fin de l’étude pour une évaluation toxicologique. Les médecins des participants ont également rempli des listes de contrôle sur le comportement des patients en termes d’abus de substance. Au suivi des cinq mois, les femmes étaient plus susceptibles de déclarer elles-mêmes sur le questionnaire une consommation abusive de médicaments, tandis que les hommes étaient plus susceptibles d’être signalés par leur médecin. On n’a observé aucune différence entre les sexes pour l’abus réel d’opioïdes à la suite des analyses toxicologiques de l'urine ainsi que de l’autodéclaration ou de la déclaration du médecin – environ un tiers des femmes et des hommes abusaient de leurs médicaments. Sur les questionnaires portant sur les risques d’abus de substance, les femmes étaient plus susceptibles d’indiquer des facteurs de risque comme les diagnostics psychiatriques et les antécédents de sévices physiques et sexuels, tandis que les hommes étaient plus susceptibles de mentionner des problèmes judiciaires et comportementaux ainsi que des antécédents de problèmes liés à l’alcool et à d’autres drogues. Les auteurs suggèrent que les efforts pour réduire l’abus des opioïdes doivent viser l’éducation des femmes afin qu’elles évitent d’utiliser les analgésiques pour traiter l’angoisse et les troubles du sommeil et la surveillance plus étroite du comportement des hommes. Les femmes pourraient également être aidées par des antidépresseurs et une thérapie cognitivo-comportementale.

The Journal of Pain, 2009 online, doi: 10.1016/j.pain.2009.07.016. Robert N. Jamison et al., Departments of Anesthesia and Psychiatry, Brigham and Women’s Hospital, Harvard Medical School, Boston, Massachusetts

L’alliance thérapeutique améliore les résultats de la psychothérapie de soutien

Selon des chercheurs de l’Hôpital Purpan de Toulouse (France), la formation d’une alliance thérapeutique entre le thérapeute et son client pendant une psychothérapie peut améliorer de manière non négligeable le fonctionnement social, professionnel et psychologique du client. À partir de données publiées dans le cadre d’une étude précédente, les chercheurs ont étudié 74 personnes ayant suivi 10 semaines de soins ambulatoires actifs pour une dépression majeure. Trente-neuf participants ont reçu de la clomipramine (un antidépresseur), combinée à une psychothérapie de soutien, et 35 ont reçu de la clomipramine et suivi une thérapie psychodynamique. La psychothérapie de soutien « s’est concentrée sur l’écoute empathique, la guidance, le soutien et l’alliance, tandis que la thérapie psychodynamique a visé le développement d’une relation empathique entre le patient et le thérapeute qui, ensemble, ont exploré les difficultés interpersonnelles liées à des évènements passés de la vie. » Les chercheurs ont conclu que l’alliance thérapeutique augmentait avec le temps dans les deux groupes de patients. Chez les participants ayant suivi une thérapie de soutien, cette augmentation de l’alliance thérapeutique s’est traduite par un meilleur fonctionnement social, professionnel et psychologique. Cependant, l’avantage de l’alliance thérapeutique semblait plus lié à la perception d’une collaboration entre le client et son thérapeute vers un but thérapeutique commun qu’à la perception du thérapeute comme source d’aide. Chez les participants ayant suivi une thérapie psychodynamique, un lien significatif a été observé entre l’alliance thérapeutique et les améliorations du fonctionnement après deux semaines, mais ce lien n’était plus aussi manifeste après les 10 semaines de traitement. Les auteurs concluent que l’alliance thérapeutique n’est peut-être pas le principal facteur thérapeutique actif dans la thérapie psychodynamique, mais qu’elle est plus active dans la thérapie de soutien.

Psychiatry Research, le 30 décembre 30, 2009, v. 170 (2–3): 229–233. Lionel Cailhol et al., INSERM, Hôpital Purpan, Toulouse, France.

 

Les jeunes buveurs à excès prévoient être malheureux plus tard dans leurs vies

 Selon des chercheurs de l’Université Queen’s de Belfast (Irlande du Nord), les jeunes hommes qui pensent que l’on est moins heureux à mesure que l’on vieillit sont plus susceptibles d’avoir une consommation occasionnelle excessive d’alcool. Les chercheurs ont utilisé les données d’une enquête réalisée en 2007 auprès de 1 036 habitants d’Irlande du Nord, âgés de plus de 15 ans. Les participants ont été interrogés sur la fréquence de leur consommation occasionnelle excessive d'alcool et sur un éventail d’autres problèmes de santé. Les chercheurs ont demandé aux participants leur degré de bonheur actuel et le degré auquel ils s’attendaient à 30 ans et à 70 ans. Ils leur ont également demandé d’estimer le degré de bonheur d’une personne ordinaire et le degré de bonheur de cette personne à 30 ans et à 70 ans. On n’a observé aucune différence entre les degrés de bonheur autodéclarés par les jeunes et par les gens plus âgés. Cependant, les jeunes tendaient à penser que l’on est moins heureux à mesure que l’on vieillit. Un peu plus de la moitié des participants ont été classés en tant que consommateurs occasionnels excessifs d'alcool – 59 pour cent d’hommes et 45 pour cent de femmes. Les jeunes hommes qui s’attendaient à connaître un degré inférieur de bonheur en vieillissant étaient plus susceptibles d’avoir une consommation occasionnelle excessive d’alcool. Cette corrélation n’existe pas chez les femmes. Les auteurs suggèrent que, pour les jeunes hommes, la sous-estimation du bonheur qu’ils connaîtront à un âge plus avancé augmente la probabilité qu’ils expriment les idéaux culturels de la masculinité (résistance, force, invulnérabilité, prise de risques, compétitivité et « vivre l’instant présent ») à travers la consommation occasionnelle excessive d'alcool. Les auteurs concluent qu’il pourrait être utile de rappeler aux jeunes hommes les avantages d’une diminution de la consommation d’alcool, et de les informer que le bonheur est une réalité fréquente chez les personnes âgées.

Journal of Happiness Studies, le 2 novembre 2009 en ligne, doi: 10.1007/s10902-009-9174-1. John Garry et Maria Lohan, School of Politics, International Studies and Philosophy, Queen’s University Belfast, Belfast, Irlande du Nord, Royaume-Uni