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Été 2009, Vol 12 No 4

Dernières nouvelles de la recherche

Été 2009 Volume 12 No 4

Par Mark de la Hey

 

Le traitement intégré, efficace pour la toxicomanie et la dépression

Selon des recherches de l’Université d’Aarhus au Danemark, un traitement psychologique intégré serait efficace pour les personnes atteintes à la fois de troubles liés à l’abus d’alcool et de drogues (TAAD) et de dépression, mais pas pour celles atteintes de TAAD accompagnés d’angoisse. Procédant à une recherche exhaustive dans les bases de données Medline et PsycINFO, le chercheur s’est penché sur neuf études qui comparent deux types de traitement : l’un, intégré, pour les TAAD accompagnés de dépression ou d’angoisse, et l’autre, pour les TAAD seuls. Des méta-analyses ont révélé qu’un traitement intégré de la toxicomanie et de la dépression produit un plus grand nombre de jours d’abstinence et des niveaux plus bas de symptômes de dépression, tout en encourageant davantage les clients à persévérer dans leur traitement. Cependant, seuls les jours d’abstinence sont statistiquement significatifs. L’auteur en conclut que, si le traitement intégré de la dépression et de la toxicomanie reste prometteur, des études approfondies sont nécessaires pour pouvoir reproduire ces constats. Aucune méta-analyse n’a été effectuée relativement au traitement intégré des TAAD avec trouble de l’angoisse. L’examen de l’étude n’a toutefois produit que peu de preuves des avantages d’un traitement intégré pour les personnes atteintes d’une combinaison de TAAD et de trouble de l’angoisse. Au contraire, selon plusieurs études, un traitement intégré donne des résultats moins bons qu’un traitement axé sur la toxicomanie seule. L’auteur y voit un besoin de mettre au point de nouvelles formes de traitement pour les personnes atteintes à la fois de trouble de l’angoisse et de TAAD.

BMC Psychiatry, vol. 9, no 6 (20 février 2009), doi: 10.1186/1471-244X-9-6. Morton Hesse, Centre for Alcohol and Drug Research, Université d’Aarhus, Copenhague, Danemark.

 

L’usage de méthadone augmente le risque de sevrage chez les nouveau‑nés

Une nouvelle étude de la Princess Royal Maternity de Glasgow, en Écosse, met en lumière les risques de sevrage pour les bébés dont la mère suit un traitement d’entretien à la méthadone pendant sa grossesse. L’étude s’est penchée sur 450 nouveau‑nés dont la mère avait une dépendance aux drogues et suivait un traitement d’entretien à la méthadone pendant la grossesse. En tout, 46 % des nouveau-nés ont développé des symptômes typiques du syndrome de sevrage néonatal (SSN), qui exige un traitement pharmacologique, tandis que 48 % des nouveau‑nés ont été admis dans un service de néonatalité et sont restés à l’hôpital 10 jours en moyenne. Bien que les nouveau‑nés dont la mère avait fait un usage abusif de drogues pendant la grossesse ne représentaient qu’environ 3 % des naissances en milieu hospitalier, pendant la durée de l’étude ces nouveau‑nés comptaient pour 18 % des jours passés dans un lit de service de néonatalité. Le risque qu’un nouveau-né présente un SSN s’est révélé être lié principalement à la dose de méthadone reçue par la mère. Cependant, les nouveau-nés allaités naturellement pendant au moins 72 heures au cours de l’étude étaient beaucoup moins susceptibles d’exiger un traitement pour le SSN. Les auteurs de l’étude expliquent que l’avantage de l’allaitement naturel est dû à son effet calmant sur le nouveau-né et au fait qu’une petite quantité de la drogue prise par la mère est excrétée dans son lait, réduisant ainsi les symptômes de sevrage du bébé. Les chercheurs recommandent qu’on encourage les mères qui prennent des drogues à allaiter naturellement leur bébé et qu’on leur permette de rester plus longtemps dans le service de néonatalité pour qu’on puisse dépister les signes de SSN, soutenir l’allaitement naturel du bébé et fournir un soutien parental.

BJOG, vol. 116 (avril 2009), p. 665‑671. C. Dryden et coll., Neonatal Unit, Princess Royal Maternity, Glasgow, Royaume‑Uni.

 

Les logements qui permettent l’alcool réduisent les coûts de santé des personnes ayant un problème d’alcool

Selon une nouvelle étude de l’Université de Washington à Seattle, les programmes qui fournissent un logement aux personnes sans abris et ayant un grave problème d’alcool sans les obliger à s’abstenir d’alcool peuvent réduire de façon considérable les coûts de soins de santé. Les chercheurs ont étudié 95 clients du programme de logement Housing First de Seattle, qui n’oblige pas ses résidents à s’abstenir d’alcool ni à subir de traitement. En les comparant à un groupe de 39 personnes figurant sur une liste d’attente de logement, les chercheurs ont constaté que le coût mensuel moyen des services que fournit Housing First à ses résidents avait diminué pendant l’année précédant l’étude, chutant de 4 066 $ à 1 492 $ après six mois de logement, puis à 958 $ après 12 mois de logement. Le coût total du groupe logé était passé de 8,2 millions de dollars, pendant l’année précédant l’étude, à 4,1 millions de dollars l’année suivant l’étude, une réduction de 4,1 millions de dollars. Après six mois, le coût total avait diminué de 53 % pour les personnes logées, par rapport à celles sur la liste d’attente. De plus, le nombre moyen de verres d’alcool consommés par le groupe logé est tombé de 16 verres par jour, avant l’obtention d’un logement, à 11 verres par jour à la fin de l’étude, bien que les participants n’aient pas été obligés de s’abstenir ni de suivre un traitement. Puisque les économies observées pendant l’étude augmentent avec la durée de participation au programme de logement, les chercheurs sont d’avis que fournir un logement permanent est la meilleure façon de réduire les coûts.

Journal of the American Medical Association, vol. 301 (1er avril 2009), p. 1349‑1357. Mary E. Larimer et coll., Department of Psychiatry and Behavioral Sciences, Université de Washington, Seattle, Washington.

 

Les drogues sont souvent en cause dans l’agression sexuelle

Les drogues jouent un rôle dans un grand nombre de cas d’agression sexuelle, selon une étude de l’hôpital Women’s College à Toronto. Les chercheurs ont fait subir un test de dépistage à 882 victimes d’agression sexuelle dans sept centres hospitaliers de traitement des victimes d’agression sexuelle en Ontario pour recueillir des preuves que les victimes avaient été droguées. La plupart ont subi le test de dépistage dans les 24 heures suivant l’agression. En tout, 21 % d’entre elles répondaient aux critères d’agression sexuelle présumée et facilitée par la drogue. Parmi les preuves qu’elles avaient été droguées subrepticement, citons : amnésie totale ou partielle, perte de connaissance, somnolence, confusion, sensation de vertige ou étourdissement, nausée ou envie de vomir, « gueule de bois » et autres symptômes ne correspondant pas à la quantité d’alcool ou de drogues que la victime pensait avoir consommée. D’après les auto-évaluations, 12 % des participants à l’étude ont pris des médicaments sans ordonnance dans les trois jours précédant leur examen, 33 % ont pris des médicaments délivrés sur ordonnance, 21 % ont pris des drogues de rue, et 65 % ont bu de l’alcool juste avant de se faire agresser. Les victimes qui croient avoir été droguées sont au moins deux fois plus susceptibles que les autres victimes d’agression sexuelle d’avoir été vues dans un grand centre urbain. À la lumière du lien qui existe souvent entre agression sexuelle facilitée par la drogue et usage de drogues volontaire chez la victime, les auteurs de l’étude soulignent l’importance des campagnes publiques de sensibilisation aux effets de l’alcool, surtout lorsque ces derniers sont combinés aux drogues de rue et aux médicaments délivrés sur ordonnance ou sans ordonnance.

Journal de l’Association médicale canadienne, vol. 180 (3 mars 2009), p. 513‑519. Janice Du Mont et coll., Women’s College Research Institute, hôpital Women’s College, Toronto, Ontario.

 

Les gestionnaires de cas luttent contre le désengagement des clients

Une récente étude de l’Université de New York fait ressortir les difficultés qu’éprouvent souvent les gestionnaires de cas à forger une relation positive avec leurs clients, un grand nombre de clients abandonnant leur traitement avant d’avoir obtenu de bons résultats. Les chercheurs ont interviewé 18 gestionnaires de cas et se sont penchés sur leurs perceptions de 29 consommateurs ayant abandonné leur traitement dans quatre programmes différents de traitement des troubles concomitants, dont le mandat est d’aider les personnes sans abris à trouver un logement à New York. Les chercheurs ont suivi ces consommateurs pendant un an ou jusqu’à ce qu’ils quittent le programme (désengagement). Plus de la moitié, ayant abandonné, se sont retrouvés sans abris. Les gestionnaires de cas ont tendance à attribuer le désengagement à une rechute de la toxicomanie ou au fait que le client s’est trouvé un nouveau logement. Lorsqu’un client abandonne, les gestionnaires de cas disent généralement avoir prévu le départ du client en se basant sur leur expérience. La plupart des gestionnaires de cas considèrent le désengagement comme un aspect inévitable de leur travail et presque toujours comme un résultat négatif. Ils voient généralement le désengagement comme une erreur de la part du consommateur et sont souvent déçus, surtout lorsqu’il leur semble que le consommateur fait des progrès. Ils voient rarement le désengagement comme le résultat de problèmes intrinsèques au programme, bien qu’ils reconnaissent la possibilité que le consommateur ne soit pas satisfait du programme. Malgré ces perceptions, les gestionnaires de cas arrivent généralement à rester positifs et à soutenir les consommateurs, même lorsqu’ils s’attendent à leur désengagement. Les chercheurs pensent que les prestataires de programmes pour personnes sans abris doivent prendre conscience du rôle de leur programme dans le phénomène du désengagement et fournir des services plus souples et axés sur le rétablissement pour encourager les consommateurs à persévérer.

Psychiatric Services, vol. 60 (avril 2009), p. 459‑464. Victoria Stanhope et coll., Silver School of Social Work, Université de New York, New York (État de New York).

 

L’intervention précoce,  prometteuse pour le premier épisode psychotique

La mise au point de services spécialisés de traitement du premier épisode psychotique  (PEP) permet d’espérer un meilleur pronostic et révèle l’existence d’une période critique, aux premiers stades de la maladie, où une intervention peut être plus efficace. Selon une nouvelle étude menée dans de multiples sites canadiens, les personnes atteintes d’un PEP peuvent afficher des taux élevés de rémission des symptômes après un an d’intervention précoce. L’étude a observé 200 personnes suivant un traitement d’un an dans quatre programmes spécialisés en PEP (London, Hamilton, Toronto et Ottawa) et axés sur une intervention précoce spécialisée, comprenant, entre autres, un traitement pharmacologique et psychosocial. À la fin de l’année, 74 % des participants avaient des symptômes en rémission, 51 % s’étaient rétablis à un niveau fonctionnel, 68 % avaient un emploi ou faisaient des études, et 71 % vivaient une relation satisfaisante. Cela prouve qu’un traitement intensif et intégré peut donner des résultats supérieurs à ceux des régimes de soins standards. Les auteurs de l’étude remarquent également que les meilleurs indicateurs de résultats positifs après un an de traitement sont la présence ou l’absence, à six mois, de symptômes de psychose et de toxicomanie. Selon les auteurs, dès les premiers stades de la psychose, il faut privilégier un traitement énergique des symptômes et se concentrer davantage sur la toxicomanie.

Acta Psychiatrica Scandinavica, 5 février 2009, doi: 10.1111/j.1600-0447.2009.01346.x. Natasja Menezes et coll., Programme de la schizophrénie, Centre de toxicomanie et de santé mentale, Toronto, Ontario.

 

Les troubles d’adaptation, répandus chez les réfugiés

Des recherches de l’Université de Zurich, en Suisse, ont découvert des taux élevés de troubles d’adaptation (TA) parmi les réfugiés dont le pays d’origine a récemment connu un conflit. À l’aide de données d’un précédent sondage épidémiologique, les chercheurs ont examiné les événements marquants et les diagnostics de TA chez 3 048 réfugiés en Algérie, en Éthiopie, dans la bande de Gaza et au Cambodge. L’étude s’est penchée sur les événements marquants ne constituant pas directement un danger de mort. Liés aux TA, ces événements marquants sont définis comme étant des réactions inadaptées aux facteurs de stress psychosocial comme le divorce, le chômage ou la migration, par opposition aux événements marquants mettant la vie en danger et liés au trouble de stress post‑traumatique (TSPT). La prévalence de TA dans l’échantillon de l’étude allait de 6 % en Éthiopie et 16 % à Gaza à 31 % au Cambodge et 40 % en Algérie. La plupart des réfugiés – entre 54 % (Gaza) et 100 % (Éthiopie) – avaient connu au moins un événement marquant lié aux TA. Parmi les Éthiopiens, les événements marquants liés aux TA les plus signalés étaient les mauvaises conditions des refuges (100 %) et le manque de nourriture (69 %). Les Algériens étaient les plus susceptibles de signaler un isolement social forcé (61 %) et une maladie d’un proche (51 %). Les résidents de Gaza étaient les plus susceptibles de signaler de mauvaises conditions dans les refuges (32 %), et les Cambodgiens étaient surtout préoccupés par le manque de nourriture (41 %). Parmi les symptômes de TA les plus fréquemment recensés, signalons : comportement dérangeant, incapacité de s’adapter, évitement. Les taux de TSPT étaient plus élevés que ceux de TA : 53 % en Éthiopie, 66 % au Cambodge, 67 % à Gaza et 70 % en Algérie. Les trois comorbidités les plus courantes relevées par l’étude : TA avec TSPT, suivi de TA avec trouble de l’angoisse, puis de TA avec trouble de l’humeur. Vu le taux de comorbidité très élevé de TA‑TSPT, les auteurs de l’étude sont d’avis que ces deux troubles s’inscrivent dans un « spectre de réactions de stress ».

Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology, 31 mars 2009, doi: 10.1007/s00127-009-0039-z. Martin Dobricki et coll., département de psychopathologie et d’intervention clinique, Université de Zurich, Zurich, Suisse.