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Printemps 2009 Vol 12, no 3

Dernières nouvelles de la recherche

Par Mark de la Hey

Volume 12 No 3


Le bonheur de l’individu est lié à celui de son groupe social

Selon une étude de l’Université de Californie à San Diego, le bonheur d’une personne dépend largement du bonheur des gens de son entourage. À l’aide des données obtenues de 1983 à 2003 auprès des 4 739 participants à l’étude Framingham Heart Study, les chercheurs ont évalué le réseau social et le degré de bonheur de chaque personne. Ils ont constaté que les gens heureux avaient tendance à former des liens entre eux, et qu’au sein d’un réseau social, les petits groupes de gens heureux se distinguaient des petits groupes de gens malheureux. Les gens heureux étaient plus susceptibles de se trouver au centre de leur réseau social et de former entre eux des groupes significatifs. L’analyse statistique a démontré que ces groupes se formaient non pas parce que les gens heureux auraient tendance à fraterniser entre eux, mais parce que le bonheur en soi a tendance à se répandre. Lorsqu’une personne devient heureuse, les chances que ses amis habitant à moins de 1,6 km d’elle soient également heureux augmentent de 25  p. 100. L’étude a enregistré des augmentations semblables entre les conjoints habitant ensemble (8 p. 100), les frères ou soeurs habitant à moins de 1,6 km l’un de l’autre (14 p. 100) et les voisins immédiats (34 p. 100), mais pas entre les amis vivant loin l’un de l’autre, ni entre les collègues. Le phénomène peut d’ailleurs s’étendre à travers tout un réseau social, atteignant parfois trois degrés de séparation (p. ex., l’ami d’un ami d’un ami). Selon les auteurs de l’étude, ces résultats soulignent l’importance, dans la diffusion du bonheur, de la proximité physique et de la fréquence du contact social, plutôt que de l’intensité de ce contact.

British Medical Journal, 4 décembre 2008, doi: 337:a2338, doi:10.1136/bmj.a2338. James M. Fowler et Nicholas A. Christakis, département des sciences politiques de l’Université de Californie, San Diego, Californie.


Deuil et dépression majeure : lien plus étroit qu’autrefois soupçonné ?

Le deuil ne remplit pas les critères actuels du DSM-V pour un diagnostic de dépression majeure. Cependant, selon des recherches de la Virginia Commonwealth University Medical School à Richmond (Virginie), il y a peu de différence entre une dépression liée au deuil et une dépression majeure liée à d’autres événements de vie stressants. En examinant un échantillon important de jumeaux, dans le cadre de la Virginia Twin Study of Psychiatric and Substance Use Disorders, les chercheurs ont identifié et interviewé 82 personnes atteintes d’une dépression liée au deuil et 224 personnes atteintes d’une dépression majeure liée à d’autres événements de vie stressants. Les membres des deux groupes avaient subi le même nombre d’épisodes antérieurs, et ces épisodes étaient de la même durée. Ces personnes avaient également le même taux d’humeur dépressive, de perte de poids, de changements d’appétit, de perturbations du sommeil, de changements psychomoteurs et de difficulté à se concentrer. Toutefois, les personnes atteintes d’une dépression liée au deuil avaient un taux sensiblement plus élevé de perte d’intérêt et de fatigue, mais un taux plus bas de sentiment de culpabilité. Les personnes atteintes d’une dépression liée au deuil étaient moins susceptibles de chercher un traitement. Les auteurs de l’étude affirment qu’une dépression liée au deuil peut non seulement entraîner une détérioration significative, mais aussi résister aux traitements. Ils soutiennent que les similarités entre une dépression liée au deuil et une dépression majeure liée à d’autres événements de vie stressants « l’emportent de loin sur leurs différences », et que les résultats de l’étude sont la preuve irréfutable qu’il faut éliminer la « règle d’exclusion du deuil » du DSM-V.

American Journal of Psychiatry, vol. 165 (novembre 2008), p. 1449–1455. Kenneth S. Kendler et coll., Virginia Institute for Psychiatric and Behavioral Genetics, école de médecine de la Virginia Commonwealth University, Richmond (Virginie).


Les infirmières peuvent améliorer la qualité de vie des patients hospitalisés pour soins psychiatriques

Selon une étude de l’Université de Turku en Finlande, l’intervention d’une infirmière peut améliorer de façon significative la qualité de vie d’un patient atteint de schizophrénie et hospitalisé dans un service de soins psychiatriques actifs. Ces constats reposent sur des entrevues effectuées auprès de 35 patients hospitalisés dans sept services de soins psychiatriques actifs en Finlande. Les participants à l’étude avaient, selon le cas, un diagnostic de schizophrénie, de trouble de type schizophrénique ou de trouble délirant. Les chercheurs leur avaient demandé d’identifier les aspects les plus importants de leur vie et d’expliquer comment, pour chacun de ces aspects, les infirmières les soutenaient ou devraient les soutenir. Les patients ont mis l’accent sur les interventions « habilitantes », axées sur la discussion, l’encouragement et l’intérêt manifeste de l’infirmière pour la vie de son patient. Ils ont dit vouloir que l’infirmière discute avec eux de leurs espoirs et de leurs rêves, et qu’elle les renseigne sur leur maladie et les soins connexes. Ils ont également exprimé leur désir que toute intervention infirmière repose sur les besoins individuels du patient, et leur insatisfaction à l’égard des nombreuses règles d’hôpitaux qui ne prennent pas en considération ces besoins. Bien que les participants à l’étude aient généralement trouvé leur salle d’hôpital reposante et sécuritaire, ils ont déclaré qu’ils ont parfois eu peur d’autres patients et qu’ils apprécieraient tout effort visant à améliorer leur sentiment de sécurité. Les chercheurs ont conclu qu’il valait mieux, pour le bien-être des patients, réorienter l’attention du personnel vers la qualité de vie plutôt que les soins infirmiers en psychiatrie, et que les infirmières seraient plus en mesure de planifier des interventions axées sur l’individu si elles prenaient davantage conscience des aspects qui nuisent à la qualité de vie des patients.

Journal international d'étude des soins médicaux, vol. 15 (novembre 2008), p. 1598–1606. Anneli Pitkänen et coll., Department of Nursing Science, Université de Turku, Turku, Finlande.


Besoins de traitements intégrés pour les troubles concomitants

Deux études récentes menées par le Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto sur les troubles concomitants d’usage de drogues et de santé mentale mettent en lumière le besoin d’une meilleure intégration des services de traitement de ces troubles. Dans la première étude, les chercheurs ont recueilli des données auprès de 9 839 personnes ayant cherché un traitement en Ontario pour un problème de santé mentale. Selon ces données, 18,5  p. 100 avaient un trouble concomitant de santé mentale et de toxicomanie. Les taux de troubles concomitants étaient encore plus élevés parmi les jeunes adultes (55 p. 100), les personnes ayant un trouble de la personnalité (34 p. 100) et celles recevant des soins tertiaires spécialisés en établissement (28 p. 100). Les personnes atteintes d’un trouble concomitant étaient beaucoup plus susceptibles d’avoir un comportement antisocial et provocant, d’avoir des démêlés avec la justice et d’avoir un risque plus élevé de suicide ou de comportement autodestructif. Selon la seconde étude, qui portait sur les données obtenues auprès des 36 984 répondants à l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes: Rapport sur la santé mentale et le bien‑être 2002, près de 2  p. 100 des Canadiens ont un trouble concomitant. Comparativement aux personnes n’ayant pas de trouble de santé mentale, celles qui sont atteintes d’un tel trouble ont un taux environ deux fois plus élevé de problèmes liés à l’usage d’alcool et trois fois plus élevé de problèmes liés à l’usage de drogues illicites. Les personnes atteintes d’un trouble lié à l’abus de drogues et d’alcool, quant à elles, sont deux ou trois fois plus susceptibles d’avoir un autre trouble de santé mentale que les personnes non atteintes ; et celles ayant une dépendance aux drogues sont cinq ou six fois plus susceptibles d’avoir un trouble concomitant de santé mentale. Ces taux élevés de troubles concomitants font ressortir le besoin, dans l’ensemble du système de santé mentale, de mieux gérer les troubles concomitants au moyen de traitements intégrés.

Revue canadienne de psychiatrie, vol. 53 (décembre 2008), p. 800–821. Brian Rush et coll., Unité de conseil et de recherche sur les systèmes de santé, Centre de toxicomanie et de santé mentale, Toronto, Ontario.