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« Parfois vous devez ouvrir votre propre voie »

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Un programme unique prépare les étudiants à exercer dans les collectivités isolées

Par Helen Buttery

Été 2005, Vol 8, n°4

 

Étudiante en travail social à l’Université de Colombie-Britannique, Krista Sigurdson s’est occupée d’une cliente autochtone dans le cadre d’un programme de sevrage alcoolique à Port McNeill (dans la partie nord de l’île Vancouver). Quelques semaines plus tard, en visitant Rivers Inlet, une petite collectivité côtière autochtone, Krista a revu cette femme faisant gaiement fumer du saumon pour sa famille et ses amis. Elle a eu l’impression de voir l’une des pages de son manuel prendre vie : « Dans le travail social, nous parlons de l’importance de reconnecter les Autochtones à leur culture, mais c’est une chose de l’apprendre en ville et ç’en est toute une autre de le voir par soi même », affirme-t-elle.

Krista a acquis son expérience grâce au programme interprofessionnel rural de Colombie-Britannique, qui place des étudiants en stage dans des collectivités petites ou isolées pour une période maximale de trois mois. Depuis son lancement en 2003, le programme provincial a placé 62 étudiants (plus 29 cet été) issus de 11 domaines de la santé, notamment les soins infirmiers, le travail social et l’ergothérapie, dans des collectivités telles que Bella Coola (2 500 habitants) et Port McNeill (3 000 habitants).

De dire Grant Charles, professeur de service social et responsable du programme interprofessionnel rural de Colombie-Britannique : « Il y a pénurie de travailleurs de la santé dans les collectivités rurales parce que les étudiants des centres urbains n’imaginent pas exercer leur profession dans ces endroits. Nous espérons qu’en les plaçant dans des collectivités rurales, ils auront envie de continuer à y travailler ».

Cette logique commence à fonctionner dans le domaine de la médecine, qui fait face à une grave pénurie de praticiens dans les régions isolées. Pour tenter d’inverser la tendance, deux nouvelles écoles de médecine ont récemment été ouvertes dans des régions rurales de l’Ontario et de Colombie-Britannique. « Si cette méthode fonctionne avec les médecins, pourquoi ne pas l’essayer avec les autres professionnels de la santé ? » interroge Grant Charles, se référant à un projet du Nouveau-Mexique qui a montré que le fait de travailler dans un cadre rural influençait le choix du lieu d’exercice des infirmières practiciennes. En adaptant le modèle du Nouveau-Mexique au contexte canadien, le programme interprofessionnel rural de Colombie-Britannique forme les étudiants de diverses disciplines de la santé ; plus important encore, il insiste sur la collaboration. « L’interprofessionnalisme amène chacun à découvrir les autres professionnels, à apprendre à collaborer avec eux et à apprécier leurs compétences », ajoute Grant Charles. L’un des volets du programme concerne la formation par l’observation ; par exemple, un étudiant en travail social peut accompagner une infirmière pendant son service de nuit. L’objectif final est d’améliorer la coopération entre les professionnels de la santé. Un tel travail interdisciplinaire est primordial pour les collectivités isolées, où les ressources sont rares et où les professionnels de la santé doivent beaucoup compter les uns sur les autres.

En effet, les étudiants du programme interprofessionnel rural de Colombie-Britannique s’entraident dans ce qui constitue, pour la plupart d’entre eux, un environnement étranger. Les caractéristiques uniques d’un cadre rural peuvent susciter un sentiment d’isolement. Selon Carole Clark, responsable des programmes de santé mentale à l’hôpital général de Bella Coola, qui participe au programme interprofessionnel rural de Colombie-Britannique depuis sa création, « il faut faire du chemin pour atteindre la grande ville la plus proche. Il existe beaucoup de possibilités  récréatives ici, mais vous devez les créer vous-même – parfois vous devez ouvrir votre propre voie ».

S’adapter à l’isolement est un défi ; affronter les problèmes très répandus dans les collectivités rurales en est un autre. Bella Coola, par exemple, a été durement frappée par le déclin de ses ressources économiques, à savoir l’exploitation forestière et la pêche. Carole Clark estime que le taux de chômage de la population est de 80 pour cent. Elle ajoute : « L’effondrement économique a engendré une augmentation de l’angoisse et de tous les problèmes connexes – dépression, autres maladies mentales, violence et toxicomanie ».

Cependant, les étudiants ne sont pas les seuls à tirer des leçons de cette expérience. Carole Clark, qui dirige les étudiants en travail social participant au programme interprofessionnel rural de Colombie-Britannique, explique que cette expérience l’a amenée à revoir sa propre perception des choses. « Se trouver dans un endroit isolé au beau milieu de l’hiver peut être déprimant. Le mois de février apporte avec lui beaucoup d’idées suicidaires. Cela ne surprend pas ceux qui vivent ici, mais l’un de mes étudiants a vraiment été choqué, ce qui m’a obligé de m’interroger : ‘peut-être devrais-je moi aussi être plus choquée ?’ »

Les étudiants du programme interprofessionnel rural de Colombie-Britannique viennent armés de nouvelles connaissances et ils sont enthousiastes et dynamiques. « La ville entière attend leur arrivée avec impatience », dit Carole Clark. Les étudiants soulagent un peu les fournisseurs de soins de santé locaux de leur charge de travail, en réduisant les listes d’attente et en démarrant souvent des programmes qui resteraient autrement en attente. Krista Sigurdson, par exemple, a créé une trousse d’accompagnement au sevrage. Elle affirme : « J’ai vu beaucoup de clients qui restaient à l’hôpital pendant un jour ou une semaine à ne rien faire, déprimés. Avec l’aide de ma superviseure, j’ai rassemblé un ensemble d’activités diversifiées qu’une personne peut entreprendre pendant sa désintoxication. »

Krista Sigurdson finira-t-elle par travailler dans une collectivité rurale ? Selon elle, « je travaillerai certainement dans une collectivité rurale pendant une ou même quelques années, mais je n’envisage pas de m’y établir de manière définitive ». Cette décision relève essentiellement du style de vie. Krista se décrit elle-même comme « une citadine jusqu’au bout des ongles ». Vous ne pouvez pas tous les convaincre, mais deux diplômés du programme interprofessionnel rural de Colombie-Britannique sont déjà retournés travailler dans des collectivités rurales et d’autres se sont déjà montrés intéressés à le faire.