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Ouvrir les portes de la réussite

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Les élèves tirent profit de la collaboration entre le système scolaire et le système de santé mentale

Par Helen Buttery

Automne 2004, Vol 8 nº1

 

Encore un devoir non remis. Cela devient une habitude chez Joanne, 17 ans, qui reprend l’école après une hospitalisation pour trouble obsessionnel-compulsif et dépression. Ses enseignants essaient de se montrer encourageants et lui ont même donné un délai supplémentaire pour remettre ses travaux mais elle n’y arrive pas. Au train où vont les choses, Joanne va échouer son année scolaire.

Ce scénario fictif est courant chez les élèves qui luttent pour suivre leurs études secondaires en dépit d’un problème de santé mentale. Le Rapport 2003 sur la santé mentale et le bien-être des élèves de l’Ontario, publié par le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) à Toronto, indique qu’un élève ontarien sur dix déclare avoir trois problèmes de santé mentale ou plus, y compris la dépression et l’angoisse. Pratiquement le même nombre d’élèves ont fait une visite chez un professionnel de la santé mentale au moins une fois l’an dernier.

Cela ne surprend pas du tout Phil Hedges, directeur de l’Association des conseillers en orientation de l'Ontario, qui signale que les conseillers en orientation ont récemment observé une augmentation d’élèves prédisposés à l’automutilation, souvent liée à la dépression et à l’anxiété.

S’il est vrai qu’il existe, au palier postsecondaire, un certain soutien de base pour les personnes présentant une déficience psychique, les écoles secondaires ne disposent que d’une fraction de ce type de soutien. De nombreux éducateurs et conseillers qui travaillent avec les jeunes s’accordent à dire que le seul moyen de les aider, c’est par une meilleure collaboration entre le système scolaire et le système de santé mentale des jeunes. « Nous avons besoin de travailler plus efficacement à établir des liens avec les organismes de santé mentale externes », affirme Phil Hedges.

Cette étape on ne peut plus simple est le premier pas à franchir pour accomplir la lourde tâche de gommer les disparités qui existent entre les deux bureaucraties. Pour donner un exemple, chacun des systèmes a son langage propre. C’est ce qu’explique Dr Samuel Chang, psychiatre pour adolescents au Foothills Hospital de Calgary, en Alberta : « Quand, en tant que médecin, je parle de capacité fonctionnelle, ce n'est pas la même chose que lorsque l’enseignant dit, à propos d’un élève, qu’il fonctionne très bien dans la classe. »

Il faut aussi s’attaquer au problème de stigmatisation de la maladie mentale et aux questions de confidentialité. « En tant que médecin, j’ai une réticence à laisser tout savoir à l’école car je m’inquiète du bien-être de mon patient, » ajoute Dr Chang. Cela pose bien entendu un dilemme pour les écoles, car comment peuvent-elles aider les élèves atteints d’une maladie mentale si elles ne sont pas au courant du problème.

L’objectif ultime des deux systèmes est pourtant le même. « Le système d’éducation et le système de santé mentale des adolescents ciblent tous deux les meilleurs intérêts des jeunes. Nous devons par conséquent apprendre à travailler en collaboration, » affirme Michael Shaughnessy, directeur clinique des services de programmes du Central Toronto Youth Services, centre communautaire de santé mentale pour les enfants.

Le retour à l’école après une absence est difficile pour n’importe quel enfant – retard dans son travail, absence aux examens, rattrapage à faire sur le plan des amitiés. Mais pour les élèves atteints d’une maladie mentale, la transition s’accompagne de bien plus de difficultés. « C’est une période sensible et la transition doit se faire avec le plus grand soin », insiste DChang. Ces élèves ont souvent des problèmes au niveau de la socialisation, et leurs aptitudes cognitives, par exemple leur capacité de concentrer leur attention sur des calculs d’algèbres complexes, sont diminuées. Le fait de se retrouver projeter dans une classe avec les mêmes attentes pour tous ne fait qu’augmenter le stress, ce que ces élèves doivent avant tout éviter. Cela peut susciter de graves bonds en arrière. Dr Chang ajoute : « Si le développement se fait à contre sens durant cette période critique [de la jeunesse], cela est très difficile et il peut falloir des années pour rétablir la situation. »

La responsabilité de garder ces enfants sur les rails revient principalement aux enseignants. Cela n’a pas toujours été le cas. Ce sont les changements survenus durant ces trente dernières années au niveau du mode de traitement des jeunes en santé mentale qui mettent les enseignants dans cette situation délicate. Peter Chaban, ancien enseignant du secondaire qui a travaillé près de dix ans pour le programme des soins psychiatriques des jeunes au Sunnybrook and Women’s Health Sciences Centre de Toronto, a vu lui-même ces changements. Peter Chaban explique que durant les années 70, la durée moyenne d’un séjour était d’environ un an. À la fin des années 90, on pouvait voir des enfants arriver et repartir au bout de 14 ou 15 jours. On a attribué cette évolution à de meilleures compétences en matière de diagnostic, à l'utilisation de nouveaux produits pharmaceutiques et à des changements quant au modèle de soins de santé.

Ces innovations n’ont pas pour autant rendu plus facile la réintégration des élèves atteints d’une maladie mentale à l’école. « Ces jeunes suivent un traitement médicamenteux et c’est à peu près tout », dit Sharon Warden, éducatrice spécialisée du programme Contact de l’école secondaire Mayfield à Brampton, en Ontario. Par l’entremise de ce projet, qui dessert 28 écoles de la région, Sharon Warden travaille avec 45 élèves nécessitant un soutien accru, dont huit qui sont aux prises avec une maladie mentale. Un élève qui lutte avec l’angoisse a par exemple la possibilité de rester dans la classe régulière ou d’aller dans la salle de « Contact » pour travailler à d’autres projets. « C’est un lieu sécuritaire, commente Sharon Warden. Les élèves reçoivent un soutien ; ils n’ont donc pas besoin de faire semblant. S’ils ont besoin de parler, nous sommes là pour cela. »

Un autre type de soutien dont les élèves ont grand besoin, c’est la présence d’une personne qui se fait leur porte-parole. « Pourquoi un enfant venant de passer trois semaines à l’hôpital doit-il aller demander à son enseignant : "Pourriez-vous m’accorder quelques semaines de plus pour vous remettre ce travail parce que j‘ai un trouble bipolaire ?" » demande Peter Chaban.

Sharon Warden pense que sans programme de transition tel que le programme Contact, nombre de ces enfants ne pourraient pas réussir à l’école. Si on ne les soutient pas et si on ne se montre pas compréhensifs à leur égard, ils se sentent tout simplement dépassés et il leur est alors plus facile de simplement dire : "je laisse tomber".

Malheureusement, rares sont les initiatives telles que le programme Contact. Les solutions qui existent ne visent que des besoins précis, au lieu d’être applicables à l’ensemble du système. Michael Shaughnessy, dont les écoles sollicitent souvent les services afin qu’il les aide à mettre en place des groupes de socialisation pour les élèves atteints d’une maladie mentale, acquiesce. « Il n’existe pas, dit-il, de relations de partenariat offrant une liaison bien coordonnée et bien intégrée entre les écoles et les centres de santé mentales. Une telle collaboration serait bien utile pour offrir à ces jeunes une communauté saine et sécuritaire. »

Mais pour que ce type de collaboration existe, il faut s’attaquer aux restrictions qui pèsent sur les procédures scolaires officielles actuelles. Par exemple en Ontario, si un élève n’est pas identifié comme ayant un problème, d’après les critères établis par le système d’éducation, on ne peut apporter les modifications voulues pour lui venir en aide. « Même si un diagnostic médical de dépression a été émis, s’il n'y a pas eu d’identification formelle [par le système d’éducation], on ne peut pas légalement exiger d’un enseignant qu’il modifie son programme ou son évaluation, » explique Sharon Warden. L’une de ses élèves qui était en plein changement de traitement médicamenteux s’est vue dans l’impossibilité de passer ses examens du premier semestre. « Si elle avait pu être identifiée d’une manière quelconque, il nous aurait alors été possible de déroger à l’évaluation finale, » dit-elle. Comme il n’y a aucune catégorie de maladie mentale permettant de légitimer le diagnostic de dépression, une élève atteinte de dépression ne pourra être identifiée que si elle répond aux critères d’une autre catégorie de troubles.

Sharon Warden et Peter Chaban aimeraient tous deux voir une plus grande souplesse dans le système scolaire. « Il existe une rigidité au niveau de l’accumulation de crédits qui doit changer », dit Peter Chaban. Étant donné que la responsabilité de la réintégration à l’école revient de plus en plus aux enseignants, ceux-ci ont besoin d’une meilleure formation et de nouvelles méthodes d’enseignement.

« Auparavant, il y avait une division, » dit Michael Shaugnessy. Les enseignants enseignaient et tout problème de comportement, tout problème affectif ou mental relevait d’un hôpital ou d’un centre de santé mentale pour enfants. À présent, nous avons besoin d’enseignants bien formés à divers modes d’apprentissage et capables non seulement de modifier ou de simplifier un programme mais d’utiliser de nouvelles stratégies, » ajoute-t-il. Avant tout, les enseignants doivent comprendre les besoins d’élèves atteints d’une maladie mentale.

« J’ai vu des enseignants intelligents, compétents et soucieux de leurs élèves me dire : "Je pense que Martin a tout simplement besoin de passer à autre chose, de ne pas ressasser son problème", » rapporte Sharon Warden. Mais pour ‘passer à autre chose’, il faut que les systèmes d’éducation et de santé mentale des adolescents offrent un soutien à ces jeunes – ensemble.

 

La Fondation canadienne de la recherche en psychiatrie a récemment publié un ouvrage intitulé Quand ça ne va pas : Aide aux enseignants aux prises avec des élèves en difficulté. Ce petit manuel offre des stratégies utilisables en classe pour aider les enseignants et administrateurs des écoles élémentaires et secondaires à comprendre et à soutenir les élèves ayant des troubles de l’humeur, du comportement ou cognitifs. Pour de plus amples renseignements, consultez le site Web de la Fondation.

 

Ressources en santé mentale pour les élèves et les enseignants

Une nouvelle publication de l’Association canadienne de la santé mentale, intitulée La santé mentale à l'école secondaire : un guide à l’intention des étudiants (2004) a été distribué aux élèves du secondaire de tout le pays. Il a pour but d’aider les élèves à mieux réagir vis-à-vis de la maladie mentale et à mieux la comprendre. Ce guide, qui a été élaboré à partir de discussions de groupes de jeunes, d’éducateurs et de professionnels de la santé mentale, énumère les diverses questions de santé mentale pouvant affecter la vie scolaire d’un élève :

• difficulté à se lever pour aller à l’école et à rester éveillé en classe ;

• difficulté à se concentrer ;

• difficulté à s’entendre avec son entourage ;

• se sentir très déprimé et mécontent de soi-même ;

• avoir des pensées bizarres et effrayantes qui rendent la concentration difficile ;

• être distrait par tout ce qui entoure ;

• difficulté à s’organiser – à établir des priorités, à garder la notion du temps et à assumer ses responsabilités ;

• difficulté à résoudre des problèmes et à affronter les réalités de tous les jours ;

• se comporter de façon étrange – avoir des réactions imprévisibles et impulsives ;

• réagir de façon inappropriée ;

• s’isoler de ses amis et de sa famille.