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Printemps 2006, Vol 9 n°3

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Dernières nouvelles de la recherche

Par Hema Zbogar

 

Rôle de la génétique dans la rechute d’un comportement de dépendance aux drogues illicites

Selon des chercheurs du Collège médical de Géorgie, des souches pures de rats ne manifestent pas tous la même énergie à obtenir de la cocaïne après quelques semaines d’usage. Selon les résultats de l’étude qu’ils ont menée, la génétique jouerait chez l’être humain un rôle dans la rechute d’un comportement toxicotrope (c.-à-d., qui cherche à obtenir de la drogue). L’étude a aussi montré que le glutamate, un neurotransmetteur en cause dans l’apprentissage et la mémoire, contribuait à activer l’état de besoin qui amène certains usagers de drogues à rechuter. Les chercheurs ont basé leurs observations sur deux souches pures de rats – Fischer 344 et Lewis – présentant des différences génétiques reconnues. Après avoir donné à ces rats le moyen de s’auto-administrer de la cocaïne pendant 14 jours, les chercheurs leur ont ensuite retiré la drogue pendant une semaine, sans toutefois retirer le dispositif dont s’étaient servi les rats pour y accéder. Durant cet intervalle, on leur a donné une drogue qui stimule les récepteurs de glutamate, cibles possibles des drogues toxicomagènes. On a découvert que les rats de la souche F344 faisaient davantage d’efforts que ceux de la souche Lewis pour obtenir de la cocaïne, après administration du traitement au glutamate, ce qui laissait à penser qu’ils avaient une plus grande propension à la rechute. Les chercheurs tentent de repérer le déclencheur de la rechute, sur lequel ils pourraient ensuite orienter la création de moyens de réduire l’état de manque et une rechute subséquente. Cette exploration porte sur une région du cerveau appelée le noyau accumbens, cible des drogues toxicomagènes. Des drogues telles que la cocaïne et la méthamphétamine stimulent la libération de dopamine dans le noyau accumbens. La dopamine est un neurotransmetteur qui serait responsable de l’état euphorique causé par l’usage de drogues. Le glutamate, également produit dans le noyau accumbens, est susceptible de jouer un rôle tout aussi important dans la rechute. Certaines drogues telles que la cocaïne semblent altérer la neurotransmission du glutamate dans le noyau, ce qui pourrait contribuer au changement des transmissions cérébrales qui se produit avec l’usage de drogue.

 

Psychopharmacology, 18 janvier 2006 en ligne, doi: 10.1007/s00213-005-0264-4. Paul J. Kruzich et Jinlei Xi, département de physiologie, collège médical de Géorgie, Augusta, Géorgie ; département de pharmacologie, école de médecine, université de science et technologie de Wuhan, Wuhan, Hubei, Chine.

 

Corrélation entre traits de personnalité et comportement suicidaire

Des chercheurs de l’Hôpital Douglas de Montréal, au Québec, sont d’avis que les traits de personnalité sont susceptibles de contribuer à l’idéation suicidaire et aux tentatives de suicide chez les jeunes adultes. Les chercheurs ont étudié en quoi les traits de personnalité étaient associés à une sensibilité à une idéation suicidaire épisodique, et à des antécédents de tentatives de suicide, à partir de l’observation d’un échantillon de 1 140 adultes âgés de 21 à 24 ans pris dans la population générale. Au total, huit pour cent des participants avaient déjà fait des tentatives de suicide, tandis que près de 60 pour cent disaient avoir un certain niveau d’idéation suicidaire et que neuf pour cent avaient eu des pensées suicidaires graves. Sur les dix traits de personnalité étudiés, trois d’entre eux contribuaient de façon significative aux indications de suicide. Des problèmes de conduite étaient associés à des tentatives de suicide et à une idéation suicidaire, avec des ratios d’incidence approchés de 1,03 et de 1,04 respectivement. Des problèmes d’identité contribuaient uniquement à l’idéation suicidaire, augmentant le risque par un facteur de 1,10. Un caractère impulsif contribuait aussi aux idées suicidaires mais celles-ci étaient modérées en fonction du sexe, les femmes impulsives étant moins susceptibles que les hommes de signaler  une absence d’idées suicidaires ou des idées suicidaires peu prononcées. Les trois traits de personnalité étaient modérément interreliés entre eux et à des mesures de comorbidité psychiatriques. Par ailleurs, ils étaient liés à un dérèglement affectif. Comme principal prédicteur d’idéation suicidaire concurrente, on relevait les antécédents de tentative de suicide, avec un ratio d’incidence approché de 3,18. Toutefois, les chercheurs pensent que, étant donné le groupe culturel et la tranche d’âge observés, les traits de personnalité pourraient être plus utiles à la prédiction de pensées suicidaires épisodiques qu’à la révélation de tentatives de suicide antérieures. Ils recommandent d’étudier plus avant la question pour déterminer si ces traits constituent de véritables facteurs de risque ou des données approximatives d’un risque plus global, pouvant inclure une susceptibilité génétique ou des interactions entre le milieu et l’hérédité.

 

Psychological Medicine, février 2006, v. 36: 191–202. Jelena Brezo et coll., centre de recherche de l’Hôpital Douglas, Montréal, Québec.

 

L’émoi de l’avant-divorce blesse les enfants

Des recherches menées à l’Université de l’Alberta montrent que la tension et l’émoi qui conduisent au divorce peuvent être tout aussi dommageables aux jeunes enfants que les conséquences mêmes du divorce. En s’appuyant sur les données de l'Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes (ELNEJ) de Statistique Canada, les chercheurs ont suivi près de 2 800 enfants de 1994 à 1998. Au début de l’étude, les enfants avaient de 4 à 7 ans et vivaient avec leurs deux parents biologiques. Au cours des quatre ans qui ont suivi, on a interviewé un des parents à trois reprises au sujet des niveaux d’angoisse, de dépression et de comportement antisocial de leur enfant. L’entrevue portait également sur la satisfaction matrimoniale, la dépression et le dysfonctionnement éventuel de la famille. À partir des trois séries de données, l’étude a comparé la santé mentale des enfants dont les parents étaient restés mariés, à celle des 167 enfants (soit 6 pour cent) dont les parents avaient divorcé avant 1998. L’étude a montré qu’en moyenne, les enfants dont les familles étaient très dysfonctionnelles s’en sortaient mieux après le divorce. L’étude a montré qu’en 1994 – souvent bien avant le divorce – ces enfants affichaient des niveaux d’angoisse, de dépression et de comportement antisocial plus élevés que ceux dont les parents étaient restés mariés. L’étude a aussi montré que l’état d’angoisse et de dépression augmentait après le divorce mais que, chez les familles très dysfonctionnelles, le comportement antisocial diminuait. Les parents qui finissaient par divorcer affichaient des taux de dépression, d’insatisfaction matrimoniale et de dysfonctionnement familial plus élevés, résultats qui se reflétaient au niveau de la santé mentale de leurs enfants. Les auteurs prévoient étudier comment les enfants s’adaptent progressivement au divorce de leurs parents.

 

Journal of Marriage and Family, décembre 2005, v. 67: 1286–1300. Lisa Strohschein, département de sociologie, Université de l’Alberta, Calgary.

 

Une dépendance des parents à l’alcool expose leurs enfants au risque de développer une toxicomanie

Des chercheurs de l’Université de Caroline du Nord et de l’Université d’État de l’Arizona pensent qu’une dépendance parentale à l’alcool constitue pour leurs enfants un risque de comportement mésadapté à l’âge adulte allant au-delà de l’alcoolodépendance pour inclure l’usage de drogues illicites. Une dépendance parentale à l’alcool a été associée chez les enfants à une consommation d’alcool à un âge pécoce et à un abus d’alcool persistant à l’âge adulte. Pour cette étude, les chercheurs ont suivi 545 adolescents sur une période de 15 ans, en vue de repérer des différences au niveau des schémas d’expérimentation et d’usage de drogues jusqu’à l’entrée dans l’âge adulte entre les enfants dont les parents étaient alcoolodépendants et ceux dont les parents n’avaient pas de problèmes d’alcool. L’étude a révélé que les enfants dont les parents avaient un problème continuaient de prendre régulièrement des drogues, si bien qu’arrivés à l’âge de 25 à 30 ans, leur niveau d’usage de drogues était nettement plus élevé que celui des enfants dont les parents n’avaient pas de problème d’alcool. Les résultats ont montré que, comme conséquence de l'alcoolodépendance de leurs parents, les enfants ne suivaient pas la tendance caractéristique selon laquelle l’individu réduit son usage de drogues avant l’âge de 30 ans. En vue d’évaluer des facteurs de médiation, les chercheurs se sont penchés sur le mariage et ses effets sur l’usage de drogues. Chez tous les enfants observés, on associait le mariage à des niveaux d’usage de drogues plus faibles. Toutefois, comme les enfants dont les parents étaient alcoolodépendants étaientmoins susceptibles d’être mariés, ils risquaient davantage de prendre régulièrement de fortes doses de drogues à leur entrée dans l’âge adulte.

 

Psychology of Addictive Behaviors, 2005, v. 19: 352–362. David Flora et Laurie Chassin, département de psychologie, Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, département de psychologie, Université d’État de l'Arizona.

 

Le métabolisme de la nicotine diffère chez les adolescents Noirs et Blancs

D’après des recherches menées par la clinique de recherche sur la dépendance des adolescents au tabac à Baltimore, dans le Maryland, certaines des différences raciales et ethniques qui sous-tendent la façon dont les adultes métabolisent la nicotine pourraient être visibles à l’adolescence. Des études antérieures auprès d’adultes ont montré que les fumeurs Noirs absorbaient 30 pour cent de nicotine de plus par cigarette et qu'il leur fallait plus de temps pour éliminer la drogue de leur organisme que les fumeurs Blancs. Les résultats de la présente étude révèlent que ces différences sont apparentes dès l’adolescence. Les participants comptaient 61  jeunes fumeurs Blancs et 30  jeunes fumeurs Noirs. Les chercheurs ont fait des mesures comparatives de deux produits de dégradation de la nicotine pour savoir à quelle vitesse le corps des adolescents éliminait la drogue. Le ratio de deux métabolites était plus faible chez les jeunes Noirs, ce qui indiquait que le métabolisme de la nicotine en cotinine se faisait plus lentement dans ce groupe. On a également examiné le ratio de cotinine par rapport au nombre de cigarettes fumées par jour. Bien que les jeunes Noirs aient fumé nettement moins de cigarettes par jour – 15, contre 20 cigarettes pour les jeunes Blancs – les deux groupes affichaient des résultats similaires en matière de dépendance à la nicotine et de concentrations de cotinine dans le sang. Le ratio nettement supérieur de cotinine par rapport au nombre de cigarettes fumées par jour chez les jeunes Noirs confirmait un métabolisme plus lent chez ces derniers. Ces variations pourraient influer sur le démarrage précoce d’une dépendance au tabac. Elles pourraient aussi expliquer pourquoi certaines thérapies de renoncement au tabac sont plus efficaces chez certaines populations que chez d’autres et pourraient, par conséquent, aider à choisir la thérapie la mieux adaptée aux uns et aux autres. Cette étude laissent à penser que les taux de tabagisme pourraient bien n’être qu'un des facteurs à considérer dans le choix d’un traitement.

 

Ethnicity and Disease, janvier 2006, v. 16. Eric T. Moolchan et coll., institut national de toxicomanie, clinique de recherche sur la dépendance des adolescents au tabac, Baltimore, Maryland.

 

Plus forte héritabilité de la dépression chez les femmes que chez les hommes

La génétique joue apparemment un plus grand rôle chez les femmes que chez les hommes en ce qui a trait au risque de dépression majeure. C’est ce qui ressort des résultats de la plus grande étude de jumeaux en son genre, dirigée par l’école de médecine de l’Université Commonwealth de Virginie, située à Richmond en Virginie. Des recherches antérieures avaient laisser à penser qu’il existait deux types de différences génétiques entre les sexes : quantitatives – c.-à-d., différence du rôle global des gènes et du milieu – et qualitatives – c.-à-d., présence des gènes en cause chez les deux sexes. Pour tenter d’obtenir les résultats d’études antérieures avec un échantillon plus important, les chercheurs ont évalué les données relatives à la dépression majeure permanente chez 42 161 jumeaux, dont 15 493 paires complètes de jumeaux, fournies par l’enquête nationale suédoise sur le suivi des jumeaux. On a constaté que « l'héritabilité d’une susceptibilité à la dépression majeure était nettement plus élevée chez les femmes (42 pour cent) que chez les hommes (29 pour cent), et que les gènes qui influaient sur la dépression étaient liés mais non identiques chez les deux sexes. Selon les chercheurs, il pourrait y avoir des gènes qui influent sur le risque de dépression chez les femmes par réaction à leur milieu hormonal, en particulier en période postnatale et durant la phase prémenstruelle du cycle menstruel. Ce type de dépression est commun dans certaines familles mais les hommes ne semblent pas en être affectés, probablement parce qu'ils ne connaissent pas les fluctuations hormonales ressenties par les femmes.

 

American Journal of Psychiatry, janvier 2006, v. 163:109–114. Kenneth S. Kendler et coll., école de médecine de l’Université Commonwealth de Virginie, Richmond, Virginie.

 

L’abus de drogues est courant lors du premier épisode psychotique

Des chercheurs de l’Université de Melbourne pensent qu’une portion importante de jeunes gens traités pour un premier épisode de psychose continuent d’abuser de drogues et de fumer chaque jour du tabac, même s'ils savent que cela pourrait entraver leur rétablissement. Les chercheurs ont fait le suivi de l’usage abusif de drogues ou d’alcool et de consommation journalière de tabac durant une période de quinze mois chez 103 jeunes traités pour un premier épisode psychotique. En début d’étude, les taux d’abus de drogues depuis la naissance et sur douze mois étaient de 71 pour cent et de 69 pour cent respectivement, tandis que les taux de consommation journalière de tabac pour les mêmes périodes étaient de 77 pour cent et de 76 pour cent respectivement. Dans le cas des jeunes affichant une toxicomanie permanente, celle-ci persistait chez 73 pour cent d’entre eux durant les quinze mois de suivi, principalement avec le cannabis. On a constaté une réduction significative du taux d’usage de toute substance, passant de 71 pour cent, en début de traitement, à 53 pour cent à la fin des 15 mois. Chez les participants qui ont continué à faire un usage abusif de drogue, on a constaté une réduction significative de la gravité et de la fréquence de leur usage. La persistance d’un usage abusif avait tendance à concerner davantage les plus jeunes des hommes, célibataires, n’ayant pas terminé leurs études secondaires et ayant eu un problème d’usage de cannabis plus grave avant le traitement. Les chercheurs ont abouti à la conclusion que, selon les résultats obtenus, les cliniciens avaient la possibilité, en début de traitement, de reconnaître et de renforcer ces indications de changement de comportement pour réduire le risque associé à l’usage problématique de drogue.

 

Schizophrenia Research, janvier 2006, v. 81: 145–150. Darryl Wade et coll., département de psychiatrie, Université de Melbourne, Victoria, Australie.