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Hiver 2005-2006, Vol 9 n°2

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Dernières nouvelles de la recherche

Par Hema Zbogar

 

Facteurs de risque associés à la dépression résistante au traitement

Selon des chercheurs des Cliniques universitaires de Bruxelles, en Belgique, la présence d’un trouble de l'anxiété concomitant, une réponse initiale médiocre aux antidépresseurs et un risque de suicide sont des facteurs qui augmentent le risque de développer une dépression résistante au traitement. La dépression résistante au traitement se définit comme une réaction inadéquate à au moins deux antidépresseurs de classes différentes, administrés consécutivement et à des doses présumées adéquates. Les chercheurs ont lancé une importante étude européenne regroupant sept centres et 996 personnes atteintes de trouble dépressif majeur unipolaire. Les participants avaient suivi au moins un traitement antidépresseur selon les doses thérapeutiques adéquates lors de leur dernier épisode dépressif. Les chercheurs ont évalué chaque participant à l’aide du Mini-International Neuropsychiatric Interview (entretien structuré rapide à visée diagnostique). Les participants ont également rempli un questionnaire portant sur leurs caractéristiques démographiques, psychosociales, psychiatriques et somatiques. Les chercheurs ont ensuite élaboré une liste de vérification des traitements précédents comprenant la classe du médicament, la durée du traitement, les doses prescrites et l’observance thérapeutique, ainsi que l’exacte séquence d'antidépresseurs reçus par les participants, au cas où ceux-ci auraient déjà suivi de multiples essais thérapeutiques. Le dernier épisode dépressif était qualifié de « résistant » si le participant ne réagissait pas à au moins deux traitements antidépresseurs consécutifs. Selon cette définition, 356 participants (36 pour cent) avaient une résistance au traitement ; 346 (35 pour cent) y réagissaient et les 294 autres (30 pour cent) avaient des problèmes qui les exposaient au risque de développer une dépression résistante au traitement. Une analyse de régression logistique en deux étapes a permis de conclure qu’un trouble anxieux comorbide, une réaction médiocre au traitement antidépresseur initial, une dépression avec des caractéristiques mélancoliques et un risque de suicide laissaient présager le développement d’une dépression résistante au traitement. Les auteurs ont souligné l’urgence d’identifier les risques de dépression résistante au traitement car 50 pour cent des personnes atteintes de dépression ne réagissent pas à un traitement antidépresseur de première ligne.

 

European Neuropsychopharmacology, octobre 2005, v. 15 (suppl. 3):S326. Pierre Oswald et coll., Hôpital Érasme, Cliniques universitaires de Bruxelles, Belgique.

 

Le trouble d'hyperactivité avec déficit de l'attention laisse présager un tabagisme futur

Selon des chercheurs du Duke University Medical Center, les enfants atteints d’un trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention (THADA) risquent davantage de devenir des fumeurs, et plus les symptômes du THADA sont nombreux, plus ce risque est élevé. Bien que le THADA ait déjà été associé à un risque accru de tabagisme, c’est la première fois que des chercheurs examinent un échantillon non clinique pour établir la mesure dans laquelle le nombre de symptômes, indépendamment d’un diagnostic complet, influe sur le risque de tabagisme. Les chercheurs ont étudié 15 197 participants de la National Longitudinal Study of Adolescent Health (étude longitudinale américaine sur la santé des adolescents). Ils ont examiné le lien entre les symptômes du THADA signalés par les participants et leur probabilité de devenir fumeur régulier à un moment donné de leur vie. Fumer régulièrement se définit par une consommation d’au moins une cigarette par jour pendant 30 jours. Pour les personnes qui déclaraient fumer régulièrement, les chercheurs ont également examiné la fiabilité avec laquelle les symptômes du THADA permettaient de prédire l’âge à partir duquel la personne commençait à fumer régulièrement et le nombre de cigarettes consommées. En tenant compte de l’effet des facteurs démographiques et des symptômes de troubles des conduites des participants, les chercheurs ont constaté que chaque inattention signalée ou chaque symptôme d'hyperactivité ou d’impulsivité augmentait la probabilité que cette personne devienne un fumeur régulier. Chez les personnes qui déclaraient avoir fumé régulièrement tout au long de leur vie, plus le nombre de leurs symptômes signalés était élevé, plus l’âge estimé de leur première cigarette était bas, et plus le nombre de cigarettes qu’ils fumaient était élevé. Les chercheurs mettent en garde contre que la conclusion qu’une personne ayant eu un THADA étant enfant deviendra forcément un fumeur, plus particulièrement compte tenu du fait que l’étude s’est intéressée seulement aux symptômes signalés par les participants et non à un diagnostic clinique. Cependant, ils recommandent que les enfants présentant un nombre élevé de symptômes du THADA soient davantage sensibilisés aux dangers du tabagisme. Ils préconisent de plus amples recherches pour comprendre la relation exacte entre les symptômes du THADA et le risque de tabagisme.

 

Archives of General Psychiatry, octobre 2005, v. 62: 1142–1147. Scott H. Kollins et coll., Duke University Medical Center, Durham (Caroline du Nord).

 

Les troubles alimentaires et l’anxiété vont de pair

Selon une étude réalisée par l’Université de l’Iowa, les adolescentes aux prises avec un trouble alimentaire risqueraient de développer des troubles anxieux, et inversement. Les chercheurs ont examiné l’occurrence simultanée de troubles alimentaires et de troubles de l’humeur chez 672 jumelles âgées de 16 à 18 ans, issues de la Minnesota Twin Family Study. Les participantes ont participé à un entretien structuré qui visait à établir l’existence d’une anorexie ou d’une boulimie, et qui évaluait l’humeur, l’anxiété et la toxicomanie. Les troubles alimentaires étaient extrêmement susceptibles de coexister avec une dépression majeure, des troubles anxieux et une dépendance à la nicotine. Au sein d’un groupe de 14 paires de vraies jumelles où une seule des jumelles avait un trouble alimentaire, le risque de troubles anxieux était plus élevé chez la jumelle n‘ayant pas de troubles alimentaires. Parmi 52 paires de vraies jumelles dont une seule avait un trouble anxieux, celle qui n’avait pas de trouble anxieux avait un risque accru d’être atteinte d’un trouble alimentaire. Les chercheurs supposent que les troubles alimentaires et les troubles anxieux ont en commun des facteurs de risque liés à la famille. Ils préconisent de plus amples études visant à établir si les facteurs génétiques ou environnementaux, ou les deux, peuvent expliquer la transmission conjointe.

 

International Journal of Eating Disorders, septembre 2005, v. 38: 99–105. Pamela K. Keel et coll., département de psychologie, Université de l’Iowa, Iowa City.

 

Alcoolisme familial et alcoolisme chez les enfants

Selon des chercheurs de la University of Iowa Hospitals and Clinics, les antécédents familiaux de dépendance envers l’alcool influent peu sur l’âge auquel un enfant prend son premier verre d’alcool. En utilisant des données collectées par le biais de la Collaborative Study on the Genetics of Alcoholism (étude visant à identifier les gènes de prédisposition à l’alcoolisme), les chercheurs ont examiné deux groupes d'enfants âgés de 7 à 17 ans : les enfants de familles ayant d’importants antécédents d’alcoolisme et les enfants de familles sans antécédents de ce type. Ils ont étudié quatre facteurs susceptibles d’influer sur l'âge du premier verre d’alcool : les caractéristiques de l’enfant, les caractéristiques démographiques et psychopathologiques de sa famille et les problèmes comportementaux de l’enfant. Ils ont conclu que les facteurs liés à l’enfant et à son environnement étaient des variables explicatives plus fortes de l’âge du premier verre d’alcool que les antécédents familiaux. Trois variables expliquaient 45 pour cent de la variance : l’âge au moment de l’entretien (38 pour cent), les résultats à l’échelle d’évaluation du comportement (6,2 pour cent) et le nombre de frères et sœurs adultes ayant une dépendance à l’alcool (0,5 pour cent). Aucune mesure des antécédents familiaux en matière de dépendance envers l'alcool ou de trouble de la personnalité antisociale n’avait de valeur prédictive. D’après les conclusions des chercheurs, bien que des facteurs génétiques puissent influer sur la consommation d’alcool, ceux-ci semblent uniquement liés au niveau de risque et doivent interagir avec l’environnement. Les chercheurs suggèrent que les efforts de prévention devraient peut-être se concentrer sur les aspects liés à l’enfant, à la famille et au milieu de vie.

 

Alcoholism: Clinical and Experimental Research, octobre 2005, v. 162: 1941–1947. Margareth I. Helgeland et coll., Sogn Centre for Child and Adolescent Psychiatry, Oslo (Norvège).

 

Un traitement précoce de la schizophrénie donne de meilleurs résultats

Selon des chercheurs de l’école de médecine de l’Université de Caroline du Nord, plus il y a de temps entre le début d’une psychose et son traitement, plus graves sont les symptômes négatifs. Les chercheurs ont étudié la littérature pertinente et ont trouvé 43 publications répondant à leurs critères de sélection. La durée d’un traitement pouvait varier entre la fin de la première hospitalisation et une période 15 ans. Plus la prise en charge de la psychose était rapide, plus l’efficacité du traitement s’améliorait, d’après des mesures de la gravité de la psychopathologie générale, des symptômes positifs, des symptômes négatifs et des résultats fonctionnels. Lors du début du traitement, la durée d‘une psychose initialement non traitée était associée à la gravité des symptômes négatifs, mais pas à celle des symptômes positifs, de la psychopathologie générale ni du fonctionnement neurocognitif. Les auteurs soulignent qu’il existe actuellement un délai de plus d’un an entre la première apparition des symptômes et le moment où la personne reçoit un traitement. Ils concluent qu’un traitement précoce peut améliorer le pronostic à long terme en limitant la progression de la maladie et en préservant la capacité du client de réagir aux antipsychotiques.

 

American Journal of Psychiatry, octobre 2005, v. 162: 1785–1804. Diana O. Perkins et coll., département de psychiatrie, faculté de médecine de l’Université de Caroline du Nord, Chapel Hill (Caroline du Nord).

 

Une région du cerveau liée à la toxicomanie

Les chercheurs du McLean Hospital de Boston ont identifié une région du cerveau qui semble expliquer pourquoi la cocaïne et d’autres stimulants créent une si forte dépendance. Ils ont découvert que le vermis cérébelleux, impliqué dans d’autres maladies psychiatriques, semble jouer un rôle dans la toxicomanie.L'étude a notamment consisté à examiner les données publiées sur le vermis qui n’avaient pas encore été analysées du point de vue du rôle de celui-ci dans la toxicomanie. Dans l’étude originale de 1998, les chercheurs avaient utilisé une imagerie par résonance magnétique fonctionnelle pour scanner le cerveau de dix participants ayant une dépendance au crack pendant qu’ils regardaient une vidéo montrant des personnes qui allumaient une pipe à crack. Par rapport à un groupe témoin de non usagers, les usagers ont fait état d’une envie accrue de cocaïne après ce stimulus et plusieurs régions de leur cerveau ont enregistré une hausse d’activité, y compris le cortex cingulaire antérieur. La nouvelle analyse a révélé une activation du vermis chez les usagers de cocaïne pendant qu’ils regardaient la vidéo. Dans le cadre de leurs travaux, les chercheurs ont également réalisé une nouvelle analyse des données d’une autre étude, non connexe, qui avait décelé, grâce à une tomographie par émission de positons,  la présence d’une drogue qui ciblait le transporteur de la dopamine, une protéine qui semble être bloquée par des stimulants comme la cocaïne. Les nouvelles données montrent, chez les non usagers, que le vermis peut contenir des transporteurs de la dopamine et pourrait donc être une cible pour la cocaïne et d’autres stimulants, augmentant ainsi la quantité de dopamine dans le cerveau. Les chercheurs suggèrent que si le vermis intervient dans le système dopaminergique du cerveau, cela pourrait expliquer son rôle dans le développement d’une dépendance, ainsi que dans le développement d’autres troubles cérébraux, comme la maladie de Parkinson, qui se caractérise par un déficit en dopamine.

 

Neuropsychopharmacology, 12 octobre 2005 en ligne, doi:10.1038/sj.npp.1300937. Carl M. Anderson et coll., Brain Imaging Center, McLean Hospital, Harvard Medical School, Belmont (Massachusetts).

 

Le stress juvénile peut provoquer un affaiblissement précoce de la mémoire

Selon des chercheurs de l’école de médecine Irvine de l’Université de Californie, le stress psychologique résultant du décès d’un parent, de mauvais traitements ou de négligence pendant la petite enfance, peut engendrer une perte de mémoire et un déclin cognitif vers la cinquantaine. L’étude, menée sur des rats, serait la première à montrer qu’un stress émotionnel précoce provoque une lente détérioration de la communication neuronale à l’âge adulte. Ces déficiences des signaux cellulaires surviennent dans l'hippocampe, une région du cerveau qui joue un rôle dans l’apprentissage, le stockage et l’aptitude à se rappeler des souvenirs épisodiques. Dans des cages où vivaient les ratons avec leur mère, les chercheurs ont limité la quantité de matériaux dont se servaient les rats pour construire leur nid. Ce manque de matériaux a engendré un stress émotionnel pour les mères et leur progéniture. Les signes de stress semblaient disparaître lorsque les ratons atteignaient l’âge de jeunes adultes. Cependant, à l’âge moyen, les rats commençaient à avoir du mal à se souvenir de l’emplacement d’objets qu’ils avaient vus auparavant et à reconnaître des objets vus la veille. Ces déficiences de la mémoire s’aggravaient avec l'âge, par rapport aux rats qui n’avaient pas été exposés au stress pendant leur première semaine d'existence. Les rats soumis au stress présentaient une activité électrique normale des neurones lorsqu’ils étaient de jeunes adultes mais l’activité neuronale était défectueuse à l’âge moyen. Les modifications de l'activité neuronale étaient en accord avec les changements comportementaux des rats. Les auteurs pensent que cette étude pourrait conduire à la mise au point de méthodes plus efficaces de prévenir laffaiblissement cognitif à partir d’un certain âge.

 

Journal of Neuroscience, octobre 2005, v. 25: 9328–9338. Kristen L. Brunson et coll., département anatomie et de neurobiologie, Université de Californie, Irvine.