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Automne 2005, Vol 9 n°1

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Dernières nouvelles de la recherche

 

Le risque de dépendance aux analgésiques est plus élevé chez les jeunes

Des chercheurs de l’Université de Californie à San Francisco affirment que les jeunes sont plus susceptibles que les personnes âgées de vouloir augmenter rapidement leur dose de médicaments à base d’opioïdes, tels que la morphine, la méthadone et l’oxycodone, et qu’ils sont donc plus susceptibles d’abuser de ces drogues. Les chercheurs ont étudié les dossiers médicaux de 206 personnes traitées pendant deux ans dans un centre de gestion de la douleur, pour des douleurs non liées au cancer. Ils ont comparé les patients de moins de 50 ans à ceux de 60 ans et plus. Les résultats de l’étude ont montré que les personnes âgées, quel que soit leur sexe ou le type de douleur ressentie, augmentaient nettement moins leurs doses d’opioïdes sur une période de deux ans que les plus jeunes. La dose maximale moyenne prise par ces derniers était plus de deux fois plus forte que celle prise par les personnes plus âgées, et comptait souvent plus d’un demi-gramme par jour de morphine ou d’une autre drogue. De plus, les personnes plus âgées ressentaient un soulagement de la douleur à long terme à l’aide des opiacés, ce qui n’était pas le cas des plus jeunes. Les auteurs pensent que les patients plus jeunes sont peut-être de meilleurs candidats pour les nouveaux anti-inflammatoires non stéroïdiens et de moins bons candidats pour les opioïdes, alors que les patients plus âgés pourraient bénéficier davantage de ces derniers.

 

Anesthesia and Analgesia, juin 2005, v. 100: 1740–1745. Chante Buntin-Mushock et coll., département d'anesthésie et de soins péri-opératoires et département de neurologie, Université de Californie, San Francisco.

 

Corrélation entre l’utilisation d’Internet à l’excès et des troubles psychiatriques

Selon une étude réalisée par le collège de médecine de l’Université Dong-A, en Corée, et l’école de médecine Harvard à Boston, dans le Massachusetts, les jeunes qui se servent d’Internet à l’excès connaissent davantage de symptômes psychiatriques que ceux qui y ont accès moins souvent. Pour cette étude, on a administré à 328 filles et garçons de 15 à 19 ans une batterie de quatre tests pour évaluer leur fréquence d’utilisation d’Internet au cours du mois précédent, leur ‘cyberdépendance’, les symptômes ressentis et affichés (SCL-90-R) et le type de personnalité auquel ils appartenaient (test des 16 PF). On a séparé les participants en quatre groupes en fonction de leur utilisation moyenne d’Internet : utilisation nulle, faible utilisation (0,8 heure par jour), utilisation modérée (1,5 heure par jour) et utilisation excessive (2,3 heures par jour). Au total, 16 jeunes en faisaient une utilisation excessive, soit 19 heures de connexion en moyenne par semaine, tandis que 59 autres déclaraient ne pas se servir du tout d’Internet. On comptait nettement plus de garçons que de filles à en faire une utilisation modérée ou excessive. Les jeunes y consacrant le plus de temps ont déclaré ressentir davantage de symptômes psychologiques – hostilité, comportement obsessionnel-compulsif, paranoïa, dépression, irritabilité, impulsivité, anxiété, phobies, somatisation et tendance psychotique, que ceux ne faisant qu’une utilisation modérée ou faible d'Internet. Ils semblaient aussi avoir un type de personnalité distinct par rapport aux jeunes de toutes les autres catégories. Les auteurs soulignent toutefois les limites de l’étude, notamment la petite taille de l'échantillon et le recours à des questionnaires plutôt qu’à des entrevues. Ils pensent que les jeunes qui utilisent Internet de façon excessive « s’en servent peut-être pour contrer un malaise psychologique profondément ancré dans leur personnalité. »

 

Revue canadienne de psychiatrie, juin 2005, v. 50: 407–414. Chang-Kook Yang et coll., département de psychiatrie, collège de médecine de l’Université Dong-A, Busan, Corée.

 

L’adhésion aux médicaments serait liée à de bonnes relations thérapeutiques

Des chercheurs du Royaume-Uni affirment que de bonnes relations avec les médecins lors de l’admission à des traitements d’urgence peuvent améliorer les réactions des clients vis-à-vis des médicaments antipsychotiques et leur adhésion au traitement. Les chercheurs ont étudié divers facteurs susceptibles d'influer sur l’observance du traitement, notamment des symptômes psychiatriques et le manque d'introspection du client, de même que des facteurs liés à la relation thérapeutique, tels que le degré de coercition perçue par le client lors de son admission à l’hôpital et les attitudes du personnel hospitalier. Ont participé à l’étude 228 patients de huit différents services de traitement d’urgence du Pays de Galles et d'Angleterre ayant une schizophrénie ou un trouble schizoaffectif. Selon les résultats obtenus, de bonnes qualités d’introspection, l’absence de coercition au moment de l’admission, une relation positive avec la personne prescrivant le traitement médicamenteux, la participation à la prise de décisions thérapeutiques et l’administration de médicaments ayant un nombre réduit d’effets indésirables, étaient tous des facteurs favorisant l’adhésion du client aux médicaments. Les chercheurs précisent que l’étude comporte certaines limites, dont le fait qu’elle soit axée sur le traitement d’urgence, et que, par conséquent, l’examen de divers stades de la maladie dans des contextes sociaux divers pourrait bien produire des résultats différents. Ils proposent l’adoption de mesures visant à centrer les soins sur le client, comprenant entre autres choses sa participation à la prise de décisions thérapeutiques, le respect de ses croyances en matière de santé et une adaptation du traitement de sorte à en minimiser les effets indésirables.

 

Archives of General Psychiatry, juin 2005, v. 62: 717–724. Jennifer C. Day et coll., département de pharmacie, Mersey Care NHS Trust, Merseyside, Royaume-Uni.

 

 

 

Une étude menée à l’Université Emory, à Atlanta, en Géorgie, révèle que les nouveau-nés dont la mère a pris de l’alcool pendant sa grossesse ont un risque plus élevé d’infection à la naissance. Des scientifiques ont examiné les données recueillies auprès de 872 femmes qui ont accouché d’un seul enfant au bout de 36 semaines de gestation ou plus. Après l’accouchement, on a demandé aux mères quelle avait été leur consommation d’alcool et de tabac au cours des trois mois précédant la conception, ainsi qu’au premier, deuxième et troisième trimestre de leur grossesse. On a également recueilli des données sur le sexe, l’âge fœtal et la taille du bébé. Cinquante et un des nouveau-nés présentaient une infection à la naissance.D'après les résultats de l’étude, le risque de voir leur nouveau-né atteint d’une infection était plus élevé chez les mères qui disaient avoir consommé de l’alcool ou en avoir fait un usage excessif (sept boissons alcoolisées par semaine ou plus), ou avoir fumé durant leur grossesse que chez celles qui avaient dit s’en être abstenues. Après vérification du revenu maternel, de l’usage du tabac et d’un faible poids de naissance, l’usage excessif d’alcool, surtout au deuxième trimestre de grossesse, a plus que triplé le risque d’infection néonatale. Les auteurs préconisent des recherches plus poussées pour déterminer si la consommation d’alcool au deuxième trimestre est particulièrement dommageable. Le tabagisme maternel peu importe quand, avant ou durant la grossesse, augmente aussi le risque d’infection. Les auteurs recommandent d’approfondir les recherches quant aux effets de la consommation maternelle d’alcool sur le développement des systèmes organiques et aux effets combinés de la consommation d’alcool et de tabac sur le nouveau-né.

 

Alcoholism: Clinical and Experimental Research, juin 2005, v. 29: 1035–1043. Theresa W. Gauthier et coll., Children’s Center division de médicine néonatale et de périnatologie, Université Emory, Atlanta, Géorgie.

 

Les amitiés nous aident à vivre plus longtemps

Des amitiés solides pourraient prolonger la vie, affirment des scientifiques de l’Université Flinders, à Adelaide, en Australie. Ils se sont basés sur les données de l’étude longitudinale australienne sur le vieillissement (The Australian Longitudinal Study of Ageing), démarrée en 1992, qui évalue l’influence des facteurs économiques, sociaux, comportementaux et environnementaux sur les personnes de plus de 70 ans. L’étude est fondée sur l’observation de 1 477 personnes résidant dans la collectivité et dans des établissements de soins. Cette observation s’est d’abord faite chaque année, durant quatre ans, puis tous les trois ans. On a demandé aux participants la fréquence des contacts, téléphoniques ou en personne, qu'ils entretenaient avec leur conjoint, leurs enfants, d’autres parents, des amis et des confidents. Les résultats ont révélé que les personnes de plus de 70 ans disposant d’un solide réseau d’amis voient leur risque de mortalité réduit de 22 pour cent comparé à celles qui ont un réseau d’amis restreint. On a constaté que les confidents avaient un effet positif moins marqué. Les réseaux constitués par les enfants et d’autres parents avaient peu d’effet sur la survie. La corrélation existait toujours après examen de la situation socioéconomique, de la santé et du mode de vie. Les chercheurs pensent que les amis pourraient décourager les comportements à risque, tout en remontant le moral, favorisant l’estime de soi et la capacité d’adaptation aux situations stressantes.

 

Journal of Epidemiology and Community Health, juin 2005, v. 59: 574–579. Lynne C. Giles et coll., département de réhabilitation et de soins aux personnes âgées, Université Flinders, Adelaide, Australie.

 

Les médicaments antipsychotiques font de l’effet rapidement

D’après une étude menée par le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) et l’Université de Toronto, les médicaments antipsychotiques commencent à réduire la psychose dans les 24 heures qui suivent leur prise. Pour cet essai multicentrique à double insu, 311 personnes atteintes de schizophrénie ont été réparties au hasard en deux groupes, le premier devant recevoir un placebo et, le second, les antipsychotiques olanzapine ou halopéridol. On a observé les participants avant l’administration du médicament puis deux heures plus tard et, encore, 24 heures plus tard pour suivre leur changement de comportement en se servant de l’échelle des syndromes positifs et négatifs et de l’échelle d’évaluation des impressions cliniques globales. En analysant les données cliniques, on a pu constater, dans les 24 heures suivant l’administration du médicament, une évolution de la psychose (qui comportait une désorganisation conceptuelle, un comportement hallucinatoire et des pensées de nature inhabituelle) chez les personnes ayant reçu l’un des deux antipsychotiques. Le changement était plus important chez ces personnes que chez celles ayant reçu un placebo. Les auteurs remarquent que ce résultat est contraire à l’hypothèse courante selon laquelle les antipsychotiques ne manifestent leurs effets qu’au bout de deux semaines minimum. Ils estiment que ce résultat a d’importantes incidences cliniques car il pourrait permettre aux médecins de s’attendre à des effets plus rapides du traitement et, du même coup, de mettre au point des stratégies plus efficaces pour la gestion médicale de la psychose.

 

American Journal of Psychiatry, mai 2005, v. 162: 939–946. Shitij Kapur et coll., Centre de toxicomanie et de santé mentale, Toronto, Ontario.

 

Pour être efficaces, les campagnes contre la stigmatisation doivent cibler les stéréotypes de violence

Des chercheurs de l’Université Leipzig, en Allemagne, affirment que, pour être vraiment efficaces, les campagnes qui visent à réduire la stigmatisation et la discrimination à l’égard des personnes schizophrènes devraient cibler les notions d’imprévisibilité et de dangerosité. Après avoir présenté à 5 025 participants un cas fictif décrivant une personne qui répond aux critères de schizophrénie ou de dépression majeure du DSM-III-R, on leur a demandé de décrire le problème présenté. On a alors regroupé leurs réponses en quatre catégories : diagnostic psychiatrique correct ; autre maladie psychiatrique ; problème personnel ; et autre. On a ensuite demandé aux participants d’indiquer si la personne décrite était selon eux imprévisible ou dangereuse, si un manque de volonté était la cause de la maladie et quel serait le pronostic si la personne recevait le meilleur traitement possible. On leur a également demandé s’ils avaient une expérience personnelle de la maladie mentale. Enfin, les participants ont reçu une liste de types de relations sociales telles que ‘locataire’ ou ‘parent par alliance’, et on leur a demandé d’indiquer s’ils accepteraient la personne décrite précédemment dans un tel rôle. D’après les résultats de l’étude, le fait d'être étiqueté comme ayant une maladie mentale augmentait la probabilité que la personne fictive soit considérée par les participants comme étant dangereuse et imprévisible, quel que soit le degré de connaissance des participants de la maladie mentale. Les perceptions d’imprévisibilité et de dangerosité augmentaient la tendance des participants à rejeter une telle personne dans un des rôles sociaux décrits dans la liste. L’étiquetage du problème en tant que maladie mentale diminuait la tendance à attribuer le trouble à un manque de volonté. Les auteurs mettent en garde contre les limites possibles des résultats de l’étude, qui se limitait à la schizophrénie. Ils demandent en conclusion que les campagnes de lutte contre la stigmatisation ciblent les stéréotypes d’imprévisibilité et de dangerosité car ce sont les éléments qui risquent le plus d’affecter le consentement du public à s’engager dans des relations sociales avec des personnes schizophrènes.

 

Social Psychiatry and Psychiatric Evaluation, mai 2005, v. 40: 391–395. Matthias C. Angermeyer et Herbert Matschinger, département de psychiatrie, University de Leipzig, Leipzig, Allemagne.

 

Le jeu et la toxicomanie ont des traits communs

Des chercheurs de l’Université de Missouri-Columbia affirment que l’insubordination, la colère et une disposition à prendre des risques sont des traits de caractère que les joueurs compulsifs et les personnes ayant une toxicomanie ont en commun. Aux fins de leur étude, les chercheurs ont commencé par administrer des tests de personnalité à 939 jeunes hommes et femmes de Nouvelle-Zélande alors âgés de 18 ans. Une fois que ces jeunes avaient atteint 21 ans, les chercheurs ont procédé à un diagnostic de jeu problématique et de consommation d’alcool, de cannabis et de nicotine ayant survenu chez les participants au cours de l’année précédente. Les chercheurs ont ensuite étudié la corrélation entre le jeu compulsif et chacune des trois autres toxicomanies. Pour cela, ils ont comparé dix traits de caractère élémentaires relevés chez les participants affectés par chacun de ces troubles à ceux de participants n’étant ni joueurs compulsifs ni toxicomanes. Les résultats ont mis en évidence une similarité entre la personnalité des joueurs compulsifs et celle des personnes toxicomanes. Les personnes qui avaient eu un problème de jeu au cours de l’année précédente étaient trois fois plus susceptibles d’avoir un problème de toxicomanie. Elles étaient aussi plus susceptibles d’afficher des résultats plus élevés lors de l’évaluation des traits de personnalité négatifs, telles que la nervosité, la colère et le sentiment d’être maltraité ainsi que l’impulsivité et une disposition à prendre des risques. Les auteurs pensent que ces résultats pourraient aider à expliquer le lien entre le jeu compulsif et les autres toxicomanies et mener à de meilleurs traitements.

 

Archives of General Psychiatry, juillet 2005, v. 62: 769–775. Wendy S. Slutske et coll., université de Missouri-Columbia, Columbia, Missouri.