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Hiver 2004-2005, Vol 8 n°2

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Dernières nouvelles de la recherche

Par Hema Zbogar

 

Les participants aux programmes d’échange de seringues prennent moins de risques avec le VIH

Selon des chercheurs de l’Université de l’Illinois à Chicago, les usagers de drogues injectables qui participent à un programme d’échange de seringues (PES) sont moins susceptibles que ceux qui n’y participent pas d’avoir des comportements liés à la drogue qui accroissent le risque de transmission du VIH. L’étude portait sur 558 personnes qui avaient obtenu au moins la moitié de leurs seringues d’un PES et 175 autres qui n’y avaient pas eu recours. Comparativement à ceux qui ne passaient pas par un PES, les usagers y ayant recours étaient trois fois moins susceptibles de partager des seringues et plus de deux fois moins susceptibles de prêter leurs seringues usagées ou de partager leurs réchauds ou de l’eau. Le risque que les usagers d’un PES se servent de la même seringue pour plus d’une injection était de 85 pour cent inférieur à celui des non-usagers. Même chez les personnes qui se partageaient leurs seringues, celles ayant recours à un PES étaient plus susceptibles de le faire pour un nombre d’injections généralement bien inférieur, et de toujours nettoyer leurs seringues usagées à l’eau de javel. Les chercheurs en concluent que le recours régulier à un PES est lié à une pratique moins fréquente de modes d’injections susceptibles de transmettre le VIH ainsi qu’à des modes d’injections moins risqués de ce point de vue.

 

Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes, septembre 2004, v. 37: 1187–1196. Lawrence Ouellet, Dezheng Huo et Susan L. Bailey, division d’épidémiologie et de biostatistiques, Community Outreach Intervention Projects, école de santé publique, Université d’Illinois à Chicago.

 

Un état de santé maternelle défavorable influe sur le risque de suicide de la progéniture

Une étude prospective réalisée à Stockolm, en Suède, révèle qu’il pourrait y avoir une corrélation entre une grossesse difficile et un état de santé peu favorable chez la mère, et le risque accru de suicide chez sa progéniture adolescente. Pour cette étude qui portait sur une cohorte de 713 370 sujets nés en Suède de 1973 à 1980, les chercheurs ont évalué les effets de problèmes utérins et périnataux ainsi que de deux variables maternelles – des facteurs psychosociaux établis selon l’âge et la parité des naissances, et le statut socio-économique, tel que reflété par le niveau d’éducation. Le risque de suicide s’avérait supérieur chez les personnes qui avaient une petite taille à la naissance (moins de 47 cm) et un faible poids (moins de 2,5 kg), et qui sont nées d’une mère adolescente. Le risque de tentative de suicide était supérieur chez les personnes affichant un faible poids à la naissance et nées d’une mère adolescente, tout comme il l’était si la mère avait un niveau d’éducation peu élevé et si la personne était le 4e enfant de sa famille ou plus jeune encore. Ces divers facteurs influaient modérément sur le risque de suicide et de façon moindre que les antécédents familiaux de comportements suicidaires. Les auteurs de l’étude soulignent qu’il faudra des recherches plus approfondies pour savoir si la corrélation entre le comportement suicidaire et la multiparité, le peu d’éducation de la mère et son jeune âge, est modifée par le stress. L’étude n’explique pas le lien entre une croissance limitée du fétus et le suicide, mais l’ on a rapporté des corrélations similaires entre un faible poids de naissance et des problèmes psychiatriques importants.

 

Lancet, 25 septembre 2004, 364: 1102–1103. E. Mittendorfer-Rutz, F. Rasmussen, et D. Wasserman, département des sciences de santé publique, Institut Karolinska, Stockholm, Suède.

 

Une puberté précoce est liée à un usage précoce de drogues

Des chercheurs de Melbourne, en Australie, pensent que les enfants qui entament leur puberté à un âge précoce sont plus exposés au risque d’avoir des problèmes liés à l’usage d’alcool, de cannabis ou de tabac. Les chercheurs ont interrogé 5 769 enfants de 10 à 15 ans à Washington, aux É-U., et à Victoria, en Australie. Les participants ont rempli un questionnaire sur leur usage de tabac, d’alcool et de cannabis. On leur a aussi demandé de situer leur développement biologique, en donnant des indications quant au développement de leur poitrine et à la pilosité pubienne. Les chercheurs ont constaté que la probabilité que les jeunes prennent une drogue à un moment donné de leur vie était près de deux fois plus élevée en pleine puberté qu’en début de puberté et trois fois plus élevée en fin de puberté. Une fois en pleine puberté, leur taux d’usage abusif courant de drogues avait augmenté de 40 pour cent et ce taux doublait en fin de puberté. Les auteurs partent du principe que, la puberté représentant le début d’une période où l'exposition au risque d’usage et d’abus de drogues et d’alcool est beaucoup plus forte, une puberté précoce risque de prolonger la période propice à l’expérimentation. Ils préconisent l’élaboration de messages antidrogues ayant pour cible les adolescents plus jeunes, et estiment que l’on ne doit pas simplement les éduquer mais mettre l’accent sur des stratégies qui réduisent leur accès aux drogues.

 

Pediatrics, septembre 2004, v. 114: e300-e306. George C. Patton et coll., centre de santé des adolescents, institut de recherche sur les enfants et département de pédiatrie Murdoch, Université de Melbourne, Melbourne, Australie.

 

Un gène relierait la dépression et la dépendance à l’alcool

Des chercheurs de l’école de médecine de l’Université Washington à St. Louis ont identifié un gène qui semble lié à la dépendance envers l’alcool et à la dépression. Les résultats d’études précédentes laissent à penser que des gènes communs sont peut-être à la base des deux pathologies, et qu’ils semblent présents chez les membres d’une même famille. Mais c’est la première fois que l’on dit avoir repéré un gène spécifique qui semble accroître, et le risque de dépression, et celui de dépendance à l’alcool. Des études de suivi permettront peut-être de révéler les particularités biologiques qui font que certaines personnes ont une propension à la dépendance envers l’alcool, que d’autres en ont une à la dépression, et d’autres encore aux deux, tandis que certaines ne sont affectées ni par l’une ni par l’autre. Les chercheurs pensent qu’une variation ou une altération du gène CHRM2 joue un rôle dans ces quatre états possibles. Les résultats pourraient servir à repérer les personnes le plus à risque de présenter ces troubles et à orienter de nouveaux traitements.

 

Human Molecular Genetics, 13: 1903–1911. Jen C. Wang et coll., département de psychiatrie, école de médecine de l’Université Washington, St. Louis, Missouri.

 

Contre le trouble d’angoisse sociale, la thérapie est tout aussi efficace que les médicaments

Selon des chercheurs de l’Université Duke à Durham, en Caroline du Nord, les antidépresseurs et la thérapie verbale s’avèrent aussi efficaces l’un comme l’autre pour traiter le trouble d‘angoisse sociale. Des études antérieures montrent que certains antidépresseurs, en particulier les inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine (ISRS), aident à apaiser la angoisse sociale tout comme le fait la thérapie cognitivo-comportementale. Dans cette étude, les chercheurs ont voulu savoir si la combinaison des deux thérapies produit de meilleurs résultats. Ils ont recruté 295 personnes présentant un diagnostic de trouble d’angoisse sociale, pour une étude de 14 semaines. Ces personnes ont reçu, au hasard, l’un des cinq traitements suivants : du Prozac® (un ISRS) seulement, une thérapie de groupe seulement, du Prozac plus une thérapie, un placebo plus une thérapie ou un placebo seulement. Selon les résultats obtenus, tous les traitements étaient préférables au placebo seul mais ils ne différaient pas entre eux. On a constaté une nette amélioration chez 54 pour cent des participants ayant reçu du Prozac et une thérapie, chez 51 pour cent de ceux n’ayant reçu que du Prozac, chez 52 pour cent de ceux ayant suivi une thérapie uniquement, chez 51 pour cent de ceux ayant reçu un placebo en plus de la thérapie, et chez 32 pour cent des participants n’ayant eu que le placebo. Des symptômes significatifs persistaient après le traitement. Les auteurs estiment que l’administration de Prozac ou le suivi d’une thérapie individuelle, plutôt qu’une thérapie collective, pendant une période plus longue pourrait produire de meilleurs résultats. Par ailleurs, aucune preuve n’a été donnée d’une plus grande efficacité d’un traitement combiné. Les auteurs pensent aussi qu’un traitement séquentiel plutôt que simultané pourrait s’avérer plus efficace.

 

Archives of General Psychiatry, octobre 2004, v. 61: 1005–1013. Jonathan R.T. Davidson et coll., département de psychiatrie et des sciences du comportement, centre médical de l’Université Duke, Durham, Caroline du Nord.

 

L’amygdale pourrait intervenir dans la dissipation des peurs

D’après une étude menée par des chercheurs de l’Université de New York, la région du cerveau intervenant dans le ‘désapprentissage’ des peurs est peut-être la même que celle qui permet leur apprentissage initial. Cette région du cerveau où les peurs s’oublient, l’amygdale, avait déjà été repérée chez les animaux mais pas encore chez l’être humain. Les chercheurs ont eu recours à une imagerie par résonance magnétique (IRM) pour voir ce qui se produit au niveau du cerveau lorsqu’on ‘désapprend’ des peurs. Ils ont appris aux participants à associer la vue d’un carré de couleur à un choc électrique modéré. Ils ont ainsi créé chez eux une peur conditionnée pouvant être provoquée par la vue du carré. Les chercheurs ont ensuite supprimé cette peur en soumettant les participants à des chocs  de plus en plus faibles jusqu’à ce que la présence du carré ne soit plus accompagnée d’aucun choc. Des remnographies ont montré une activité au niveau de l’amygdale au moment de l’apprentissage des peurs et au moment de leur suppression. De nombreuses recherches ont déjà été menées sur l’acquisition des peurs et leur traitement, mais cette étude est l’une des rares à examiner comment les craintes peuvent se dissiper naturellement. Les chercheurs pensent que ce résultat aidera peut-être à trouver des traitements contre les phobies.

 

Neuron, 16 septembre 2004, v. 43: 897–905. Elizabeth A. Phelps et coll., département de psychologie, Université de New York, New York.

 

Une intervention de courte durée pourrait réduire l’usage d’alcool

Des chercheurs de l’Imperial College de Londres, au Royaume-Uni, affirment qu’une intervention de courte durée peut réduire l’usage d’alcool des personnes qui se présentent aux services d’urgence avec, pour antécédents, des problèmes liés à l’alcool. Pour cet essai à simple insu, 599 clients ayant des problèmes d'alcool et qui avaient été admis dans des services d’urgence se sont vu remettre au hasard, soit simplement un feuillet d’information, soit un feuillet d’information et un rendez-vous avec un travailleur social spécialisé en alcoologie. Les résultats obtenus ont été recueillis au bout de six mois et de douze mois, lors des entrevues avec les clients et sur examen des dossiers de l’hôpital. À six mois, la consommation hebdomadaire moyenne d’alcool était de 60 boissons dans le groupe d’intervention et de 83 dans le groupe de contrôle. À douze mois, elle était passée à 57 boissons et 70 boissons respectivement. Les clients du groupe d’intervention totalisaient en moyenne 0,5 visite de moins que ceux du groupe de contrôle aux services d’urgence durant les douze mois qui ont suivi. On n’a observé aucune différence significative entre les membres des deux groupes quant à leur santé mentale ou à leur qualité de vie. Les auteurs de l’étude en concluent que l’orientation des clients vers une intervention de courte durée leur est bénéfique et pourrait bien réduire la demande au niveau des services d’urgence.

 

Lancet, 9 octobre 2004, v. 364: 1334–1339. Lynn T. Singer et coll., département des sciences médicales générales et de pédiatrie, Université Case Western Reserved, Cleveland, Ohio.