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Hiver 2003-2004, Vol 7 n°2

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Dernières nouvelles de la recherche

Par Angela Pirisi

 

Les interventions en milieu scolaire réduisent les symptômes du syndrome de stress post-traumatique

Selon les chercheurs de RAND Corporation de Santa Monica en Californie, une thérapie cognitivo-comportementale fournie à l’école peut réduire les symptômes du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) et de la dépression chez les élèves exposés à la violence. Dans le cadre de l’étude, 769 élèves de 6e année de deux écoles de Los Angeles ont été interrogés sur leur exposition à la violence, en tant que victimes ou témoins, à l’exclusion de la violence familiale et de celle véhiculée dans les médias. Parmi ces élèves, 126 présentant des symptômes du SSPT ont été sélectionnés pour l’essai, qui comportait 10 séances de thérapie cognitivo-comportementale. Soixante et un élèves, choisis de manière aléatoire, ont été placés dans un groupe d’intervention précoce et 65 autres ont été placés dans un groupe d'intervention différée avec liste d’attente, et ont commencé leur traitement trois mois plus tard. Tous les élèves ont subi une évaluation avant et trois mois après l’intervention. L’étude a montré que, trois mois plus tard, le groupe d’intervention précoce présentait des résultats beaucoup plus faibles que le groupe d'intervention différée aux mesures de SSPT, de la dépression et de troubles psychologiques. Les enseignants n’ont constaté aucune différence notable en ce qui concernait les problèmes de comportements en classe ou d’apprentissage. Les élèves du groupe d’intervention différée ont également obtenu de meilleurs résultats aux mesures de SSPT, de dépression et de troubles psychologiques après l'intervention. Les auteurs en concluent qu’une intervention collective normalisée de thérapie cognitivo-comportementale comprenant 10 séances en milieu scolaire peut considérablement réduire les symptômes du SSPT et de la dépression chez les élèves exposés à la violence.

 

Journal of the American Medical Association, 6 août 2003, v. 290: 603-611. Bradley D. Stein et coll., RAND, Santa Monica, Californie.

 

L’héroïne et la méthadone seraient efficaces contre une toxicomanie résistante au traitement

Selon une étude du comité central sur le traitement des héroïnomanes (Centrale Commissie Behandeling Heroïneverslaafden) d’Utrecht au Pays-Bas, la co-prescription d’héroïne aux personnes dont la toxicomanie est résistante au traitement peut être utile lorsque le traitement exclusif à la méthadone échoue. Pour cette étude, 549 personnes suivant des programmes de traitement d'entretien à la méthadone dans six villes hollandaises ont participé à deux essais randomisés et contrôlés . Parmi ces participants, 375 ont reçu de l’héroïne inhalable et 174, une combinaison d’héroïne injectable et de méthadone, pendant 12 mois. Le groupe qui prenait de l’héroïne inhalable était divisé en trois sous-groupes : le premier recevant 12 mois de méthadone, le deuxième, 12 mois de traitement combiné méthadone plus héroïne, et le troisième, six mois de traitement à la méthadone suivi de six mois de traitement combiné. Le groupe qui prenait de l'héroïne injectable était réparti en deux sous-groupes, l’un recevant 12 mois de méthadone seulement et l'autre, 12 mois de traitement combiné. Les sous-groupes recevant de l’héroïne étaient autorisés à se rendre dans les services de traitement sept jours par semaine, trois fois par jour, et pouvaient recevoir un maximum de 1 000 milligrammes d’héroïne et de 150 milligrammes de méthadone par jour. Les participants ont été évalués avant l’intervention, puis tous les deux mois. Les résultats ont montré qu’un traitement combiné d’une durée de 12 mois était beaucoup plus efficace qu’un traitement exclusif à la méthadone. Le taux de réaction était de 50 pour cent pour l’héroïne inhalable contre 27 pour cent pour la méthadone, et de 56 pour cent pour l’héroïne injectable contre 31 pour cent pour la méthadone. Le fait d’interrompre la co-prescription d’héroïne engendrait une détérioration rapide de l’état de 82 pour cent des sujets qui réagissaient au traitement combiné. Les auteurs en concluent q’une co-prescription sous surveillance de méthadone et d’héroïne à des fins médicales est réalisable, sûre et efficace. Cependant, ils ajoutent qu'étant donné qu’entre 45 et 88 pour cent des participants n’ont pas réagi au traitement, d’autres interventions doivent être mises en place.

 

British Medical Journal, 9 août 2003, v. 327: 310. Wim van den Brink et coll., Centrale Commissie Behandeling Heroïneverslaafden, Utrecht, Pays-Bas.

 

Les besoins uniques en matière de santé mentale des personnes âgées sans abri requièrent de l’attention

Selon des chercheurs de l’Université de Toronto, les personnes âgées sans abri ont des besoins uniques en matière de santé et des raisons particulières de fréquenter les foyers d’accueil. Les chercheurs ont combiné une étude documentaire, une collecte de données démographiques et une enquête menée auprès de 11 foyers d’accueil de la région de Toronto pour définir les caractéristiques sociodémographiques des personnes âgées sans abri, y compris leurs raisons de fréquenter un foyer, leurs comportements problématiques  et leurs besoins en matière de santé physique et mentale. L’étude documentaire comprenait l’analyse de bases de données de Medline, AgeLine et de PsycINFO. Les données démographiques ont été fournies par le Toronto Community and Neighbourhood Services Department (services communautaires et de quartier de la Ville de Toronto). Dans le cadre d’une enquête en 21 questions sur les besoins de services, les membres du personnel de première ligne et du personnel administratif des foyers d’accueil ont été interrogés sur les besoins de leurs clients, les raisons de l'itinérance de ces derniers et leurs comportements problématiques courants. L’étude documentaire a révélé une forte prévalence de troubles mentaux et de déficiences cognitives. Les personnes âgées sans abri étaient également plus susceptibles que les sans-abri plus jeunes de signaler un problème médical et d'être en plus mauvaise santé que les autres personnes âgées. Les données sur la fréquentation des foyers d’accueil à Toronto indiquaient que, depuis 1997, 12 pour cent des personnes fréquentant les refuges avaient plus de 50 ans, avec un ratio hommes-femmes de trois pour une. Le personnel des foyers d’accueil a identifié un besoin de services psychiatriques sur place plus ciblés et, pour lui-même, la nécessité d’une formation sur les besoins des personnes âgées qui fréquentent les foyers d’accueil. Les chercheurs pensent que des centres pour personnes âgées sans abri, dotés d’équipes multidisciplinaires incluant des spécialistes en gériatrie, pourraient répondre aux besoins en matière de santé particuliers à ces personnes. Les auteurs recommandent d’étudier plus avant la question  pour évaluer pleinement les besoins en matière de santé des personnes âgées sans abri.

 

Revue canadienne de psychiatrie, juillet 2003, v. 48: 374-380. Vicky Stergiopoulos et Nathan Herrmann, St. Michael’s Hospital, Toronto, département de psychiatrie, Université de Toronto.

 

Le trouble d'hyperactivité avec déficit de l'attention laisserait présager des problèmes de toxicomanie ultérieurs

Selon des chercheurs de l’Université de Pittsburgh en Pennsylvanie, les enfants ayant un trouble d'hyperactivité avec déficit de l'attention (THADA)ont davantage de risques de développer ultérieurement des problèmes de toxicomanie. Les chercheurs ont interrogé 142 adolescents de 13 à 18 ans ayant été traités pour un THADA dans leur enfance et un groupe témoin de 100 adolescents sans THADA, et ont suivi les participants pendant cinq ans après le diagnostic. Par rapport aux membres du groupe témoin, les adolescents atteint du THADA étaient plus susceptibles de signaler un état d’ébriété lié à l’alcool, ainsi qu'un usage quotidien de tabac ou de multiples drogues illégales. Vingt-trois pour cent des jeunes atteints du THADA avaient connu un état d’ébriété au cours des six  mois précédents, contre 12 pour cent pour les jeunes du groupe témoin. Leurs résultats aux mesures de problèmes d’alcool étaient deux fois plus élevés que ceux du groupe témoin. Trente pour cent des adolescents ayant le THADA ont déclaré fumer quotidiennement des cigarettes, contre 12 pour cent pour le groupe témoin. Vingt pour cent ont déclaré avoir l’habitude de prendre des drogues illégales, contre sept pour cent pour le groupe témoin. Les adolescents du groupe THADA ont également dit avoir fumé leur première cigarette et commencé à prendre des drogues, hors marijuana, à un plus jeune âge que ceux du groupe témoin, bien que l’âge du premier verre d’alcool, de la première expérience ébriété et du premier usage de marijuana ne différait pas entre les deux groupes. La gravité de symptômes du THADA dans l’enfance était liée au développement ultérieur de problèmes d’usage de multiples drogues. La présence de symptômes persistants du THADA à l’adolescence était, quant à elle, associée à une ébriété répétitive, à des problèmes d’alcool et à un usage quotidien de tabac. La présence de symptômes persistants du THADA, conjuguée au développement d’un trouble des conduites, était rattachée à des problèmes d’alcool chez environ la moitié des adolescents atteints du THADA, ainsi qu’à un usage de marijuana et de drogues illégales. Les auteurs recommandent que les futures recherches examinent d’autres facteurs, comme les antécédents familiaux, qui pourraient contribuer à l’usage d’alcool et de drogues chez les jeunes atteints du THADA.

 

Journal of Abnormal Psychology, août 2003, v. 112(3) : 497-507. Brooke S. G. Molina et William E. Pelham, Jr., Western Psychiatric Institute and Clinic, et l’école de médecine de l’Université de Pittsburgh.

 

La panique est liée au tabagisme et à la dépendance à la nicotine

Selon des chercheurs de l’institut psychiatrique Max Planck de Munich, en Allemagne, le fait de fumer augmente le risque d’avoir une crise de panique et un trouble panique. D’après une enquête de suivi sur quatre ans menée auprès de 3 021 jeunes de 14 à 24 ans, les crises de panique et le trouble panique sont fortement liés à un tabagisme régulier et à une dépendance à la nicotine. L’enquête a révélé que les fumeurs réguliers et dépendants à la nicotine étaient 10 fois plus nombreux que les non fumeurs à subir des crises de panique. Les crises de panique se produisaient également chez deux pour cent des fumeurs réguliers non dépendants à la nicotine et des fumeurs occasionnels. Les fumeurs réguliers non dépendants et dépendants avaient respectivement trois et quatre fois plus de risques de subir une crise de panique que les non‑fumeurs. Les critères pour le trouble panique étaient satisfaits par moins d’un pour cent des non‑fumeurs, par un pour cent des fumeurs occasionnels, par deux pour cent des fumeurs non dépendants et par presque quatre pour cent des fumeurs dépendants à la nicotine. Les résultats révèlent également un lien entre un tabagisme régulier et un trouble d'anxiété généralisée. Un lien plus faible existe entre la panique et une dépendance ultérieure à la nicotine. Les auteurs soulignent que les résultats ne s'étendent pas aux adultes plus âgés, mais qu’ils indiquent seulement la période d’apparition des symptômes de panique, période à haut risque et liée au tabagisme et à la panique. Et même si l’étude semble indiquer une corrélation entre la panique et une dépendance à la nicotine, aucun lien clair ne pouvait être établi entre la panique et un tabagisme ultérieur, étant donné que de nombreux participants ayant vécu des épisodes de panique avaient déjà fumé avant l’étude.

 

Archives of General Psychiatry, juillet 2003, v. 60 : 692-700. Barbara Isensee et coll., Clinical Psychology and Epidemiology Unit, Max Planck Institute of Psychiatry, Munich, Allemagne.


Ego meurtri et cœur brisé, sources de dépression

Selon des chercheurs de la Virginia Commonwealth University de Richmond, en Virginie, l’humiliation combinée au chagrin est plus susceptible de provoquer une dépression que le chagrin seul. Les chercheurs ont interrogé 7 322 jumeaux adultes sur les évènements stressants de leur vie qu’ils ont répartis en quatre catégories, selon l’effet produit : humiliation, sentiment d’être pris au piège, chagrin après une perte, et sentiment d’être en danger. Les résultats ont montré que le chagrin et l’humiliation précipitaient les épisodes de dépression majeure et les épisodes mixtes de dépression majeure et d’anxiété généralisée. Le chagrin et le sentiment d’être en danger se rattachaient à des taux plus élevés d’anxiété généralisée. Le sentiment d’être pris au piège engendrait des épisodes mixtes. Un décès ou une séparation (initiée par le répondant) laissaient présager une dépression mais pas d’anxiété. Les évènements marqués par l’humiliation et le chagrin (à savoir, une rupture amoureuse) avaient un effet plus dépressif que le chagrin seul (à savoir, le décès d’un être cher). Le décès d’un membre de la famille avait seulement 50 pour cent de chances de déclencher une dépression par rapport à une rupture amoureuse. Les auteurs en concluent que les évènements qui sont sources d’humiliation, et non pas uniquement de chagrin, augmentent le risque d'épisodes dépressifs, ce qui, selon eux, pourrait s’expliquer par leur définition de l’être humain en tant qu'« organisme qui protège son statut. »

 

Archives of General Psychiatry, août 2003, v. 60:789-796. Kenneth S. Kendler et coll., Virginia Institute for Psychiatry and Behavioral Genetics, Virginia Commonwealth University, Richmond, Virginie.

 

Les liens entre la consommation d’alcool et les taux d’accidents mortels au Canada

Des chercheurs de l’Université d’Oslo en Norvège ont constaté une forte corrélation entre la consommation d’alcool et les accidents mortels au Canada au cours des 50 dernières années. Les chercheurs ont comparé le taux de mortalité annuel des personnes de 15 à 69 ans et la consommation d’alcool par habitant, et ont ensuite analysé les données annuelles de Statistique Canada sur les décès accidentels, les ventes de boissons alcoolisées par habitant et les immatriculations de véhicules motorisés. Ils ont également examiné les effets de la consommation totale d’alcool sur les accidents impliquant des véhicules motorisés, les chutes mortelles et les noyades au Canada entre 1950 et 1998. Le lien alcool-accident pour les hommes a été constaté dans toutes les provinces, et pour les femmes dans toutes les provinces sauf l’Ontario. À l'échelle nationale, une hausse d’un litre de la consommation d’alcool par habitant augmente le taux de mortalité due aux accidents de 5,9 pour les hommes et de 1,9 pour les femmes, sur 100 000 habitants. Chez les hommes, un lien important a été constaté entre la consommation d’alcool et les accidents impliquant des chutes ou des véhicules motorisés ainsi que d’autres accidents. Chez les femmes, la corrélation avec les chutes et d’autres accidents était importante. Selon les chercheurs, les études précédentes ne s’étaient intéressées qu’aux risques d’accident individuel, fondés sur la consommation d'alcool individuelle, mais de telles données n’étaient pas représentatives des tendances ni des changements au fil du temps dans la population globale. Les chercheurs concluent que l’alcool est un facteur important pour expliquer l’évolution des taux d’accidents au fil du temps.

 

Addiction, juillet 2003, v. 98(7) : 883-893. Ole-Jørgen Skog, Centre for Advanced Study, Norwegian Academy of Science and Letters and Department of Sociology, Université d’Oslo, Oslo, Norvège.