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Aider à panser les blessures

Les soins sensibles aux besoins des survivants de traumatismes : qu’est-ce que c’est ?

Par Tammy Rasmussen et Julia Bloomfield

 

Kim, 38 ans, est mère de deux enfants de 7 et 8 ans. Ayant subi dans son enfance de la violence physique et sexuelle, Kim souffre à présent de flash‑back, de cauchemars, d’hyper-vigilance, de dépression et d’angoisse. À 14 ans, elle a commencé à boire de l’alcool et à se mutiler. Vers la fin de son adolescence, elle buvait de façon excessive presque tous les weekends. À 25 ans, elle a emménagé avec son conjoint et a arrêté de boire lorsqu’elle est devenue enceinte. Le couple s’est séparé il y a trois ans, après quoi Kim a recommencé à boire de façon occasionnelle. Puis, il y a un an, elle s’est fait agresser sexuellement par un inconnu et a recommencé à boire tous les jours. Les services d’aide à l’enfance sont intervenus ; la garde des enfants a été confiée au père. Pour la première fois de sa vie, Kim a demandé de l’aide.

 

Extrait de l’expérience de Kim : le système traditionnel de soins

Kim s’inscrit à un programme de traitement en établissement mixte. Un autre client la drague, ce qui déclenche chez elle une série de flash‑back. Le personnel du programme n’ayant pas l’habitude des problèmes liés aux traumatismes, Kim est orientée vers les services de soutien en santé mentale de l’hôpital local, où elle devient de plus en plus perturbée. On la maîtrise, ce qui la plonge dans un abîme de souvenirs douloureux. Le personnel lui explique qu’elle doit avant tout vaincre sa toxicomanie. On la renvoie donc au programme de traitement en établissement. Ses flash‑back et ses mauvais souvenirs persistent, si bien que Kim se remet à boire, après quoi elle est obligée d’abandonner le programme. Elle se retrouve seule, sans réseau de soutien communautaire, avec ses traumatismes et d’autres problèmes qui ne font que s’empirer.

 

Extrait de l’expérience de Kim : les soins sensibles aux besoins des survivants de traumatismes 

L’intervenant des services d’aide à l’enfance qui travaille avec Kim l’oriente vers un organisme de traitement de la toxicomanie où elle va subir une évaluation. On l’invite à s’asseoir dans une salle d’attente agréable. Une conseillère l’appelle dans son bureau privé, où elle lui explique le processus d’évaluation. Kim lui avoue qu’elle est nerveuse. La conseillère la félicite d’abord de son courage, puis elle lui explique son droit à la protection de sa vie privée, les exceptions à la confidentialité des renseignements, ainsi que le contenu de l’évaluation, y compris des questions sur ses traumatismes. La conseillère la rassure qu’elle est libre de ne pas tout divulguer.

 

Pendant l’évaluation, Kim commence à avoir une réaction dissociative. Sa conseillère, comme tous les autres membres du personnel clinique de l’organisme, est formée en traitement de première étape du traumatisme. Elle est capable d’aider Kim à revenir au moment présent et à se sentir en sécurité et en pleine possession de ses capacités. Elle la rassure que dans le cadre de son traitement, Kim aura l’occasion de s’attaquer à ses deux grandes préoccupations : ses flash‑back et sa toxicomanie. La conseillère lui demande de décrire ses propres forces, en lui expliquant qu’elle y trouvera la motivation pour changer.

 

Après plusieurs séances, la conseillère recommande à Kim de s’inscrire à un programme en établissement de traitement de la toxicomanie, sensible aux besoins des survivantes de traumatismes, qui se trouve en dehors de la ville. Avec Kim, elle établit un plan de gestion du sevrage. Pendant la séance d’orientation, le personnel du programme en établissement invite Kim à exprimer toute préoccupation qu’elle pourrait avoir. Kim dit qu’elle fait parfois des cauchemars qui la replongent dans son expérience d’abus sexuels. On dresse un nouveau plan : Kim écoutera son baladeur numérique MP3 pendant la nuit, car la musique la calme. Lorsqu’elle sentira que la nuit s’annonce particulièrement difficile, elle aura le droit de dormir sur un sofa dans la salle de séjour.

 

Pendant la première semaine, lors des séances de thérapie de groupe, on explique aux clients ce qu’est la sécurité physique et émotionnelle. Kim apprend des exercices qui l’aident à se centrer sur elle‑même et à composer avec ses états de besoin intense et ses réactions de stress post‑traumatique. Lorsque son traumatisme se manifeste, on l’encourage à parler de son expérience au présent, d’explorer les liens entre son traumatisme et son usage d’alcool, puis d’identifier et d’adopter des stratégies d’adaptation positives.

 

Avec sa conseillère principale, Kim explore diverses stratégies d’adaptation pour parer à ses souvenirs perturbants, et elle se renseigne sur les moyens de composer avec ses flash‑back. Comme les bruits soudains la perturbent, le personnel l’informe à l’avance des exercices d'incendie et l’aide à trouver des stratégies d’adaptation qui renforcent son sentiment de sécurité. En outre, Kim essaie de respecter le plus possible son engagement à ne pas se mutiler. Pendant la deuxième semaine, Kim confie à sa conseillère que pendant les séances sur les femmes et les relations sociales, elle s’est sentie envahie par de mauvais souvenirs et un sentiment écrasant de panique. Elle craint d’être renvoyée du programme si elle se met à quitter la salle pendant chaque séance. Avec son équipe de traitement, Kim discute de l’importance de doser ses efforts et de cerner les composantes du programme qui, bien que susceptibles de déclencher chez elles des réactions fortes, seront gérables pour elle. Son équipe est d’accord que si Kim se sent dépassée par les événements lors d’une séance de groupe, elle peut sortir de la salle pour pratiquer ses stratégies d’autogestion de la santé mentale.

 

Peu à peu, Kim développe la capacité d’utiliser ces stratégies pour participer plus longtemps aux séances. Elle commence à faire le lien entre son usage de drogues, ses problèmes de santé mentale et son traumatisme, et elle sent que ses réactions traumatiques sont reconnues en tant que telles par les autres.

 

Pendant la dernière semaine du traitement, Kim dresse un plan de soins prolongés incorporant des stratégies pour renforcer sa sécurité émotionnelle et physique et prévenir les rechutes. Lorsqu’elle exprime des doutes par rapport à ses antidépressifs, sa conseillère organise une évaluation auprès du psychiatre consultant, qui possède des connaissances spécialisées en toxicomanie, pour passer en revue les médicaments que prend Kim, en tenant compte de ses réactions traumatiques. Une conférence téléphonique a lieu entre Kim et ses fournisseurs de services, y compris l’intervenant des services d’aide à l’enfance, pour discuter de la postcure. Kim décide alors de se joindre à un groupe de prévention de la rechute, ainsi qu’à un programme de compétences parentales pour les femmes ayant un problème de toxicomanie.

 

De retour dans sa communauté, Kim s’efforce de rebâtir sa relation avec ses enfants et de renforcer ses techniques d’adaptation. Mais après plusieurs mois de participation au groupe de prévention de la rechute, Kim revient un jour voir sa conseillère. Elle est désespérée. Elle explique que la semaine d’avant, sa fille a fêté ses huit ans et que l’événement a entraîné chez elle des flash‑back tels qu’elle n’en avait encore jamais eus. Elle a bu de l’alcool pour éloigner les flash‑back, mais elle ne veut pas retomber de nouveau dans ses vieilles habitudes. Sa conseillère la félicite de nouveau d’avoir eu le courage d’avouer ce qui s’est passé, puis elle l’appuie dans sa détermination de guérir. Kim et sa conseillère prennent rendez‑vous avec l’intervenant des services d’aide à l’enfance pour discuter du processus de guérison et identifier d’autres sources de soutien. Kim accepte de se faire orienter vers un thérapeute en traumatismes qui pourra l’aider à traverser chaque étape de son rétablissement. D’ici là, Kim continuera à prendre des forces et à travailler avec son ex‑conjoint et les services d’aide à l’enfance en vue de reprendre un jour la garde de ses enfants. 

Tammy Rasmussen est conseillère en traumatismes au centre Jean Tweed.

Julia Bloomenfeld est directrice des services cliniques du centre Jean Tweed.