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Les clients bénéficiant d’un soutien pour personnes handicapées luttent pour survivre

the front cover of a crosscurrents magazine- the main image is a vase with bold coloured flowers

 

Par Michelle Edmunds

Printemps 2004, Vol 7 nº 3

 

Les citoyens de Toronto qui dépendent de l’aide publique obtenue par l’entremise du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées (POSPH) aimeraient voir le système s’améliorer du point de vue pécuniaire et de celui du respect de leur dignité. Deux coalitions d’action du POSPH se sont constituées en l’an 2000 pour défendre les droits des personnes ayant une maladie physique ou mentale. Elles visent notamment l’augmentation du revenu mensuel du POSPH, qui se situe actuellement entre 630 $ et 900 $ par mois.

Selon Nancy Vander Plaats, présidente de la coalition provinciale d’action du POSPH, le coût de la vie à Toronto a augmenté de 22 pour cent depuis 1993 ; mais les bénéficiaires du POSPH continuent d’attendre une augmentation de leurs prestations. << L’ancien gouvernement de Ernie Eves s’était engagé à augmenter les prestations de cinq pour cent (soit 46 $ par mois) », dit Nancy Vander Plaats. « Cela n’est rien, ajoute-t-elle. Le gouvernement s’est accordé une augmentation de 37 pour cent au cours des 10 dernières années mais les personnes aux prises avec une maladie de longue durée et qui sont incapables de travailler doivent se satisfaire de 46 $ de plus ? »

La rumeur court, pourtant, dans le secteur de la santé mentale, qu’une augmentation des prestations du POSPH est prévue. Le nouveau gouvernement libéral a promis d’ajuster la prestation aux personnes souffrant d’invalidité selon l’augmentation du coût de la vie, ce qui devrait se faire chaque année. « Nous savons qu’une personne sur cinq en Ontario aura une maladie mentale à un moment quelconque de sa vie et nous n’avons pas l’intention de laisser cette fraction de côté », a déclaré Laurel Broten, députée du parti libéral pour la circonscription d’Etobicoke-Lakeshore Sud.

Barry Heaton, défenseur des personnes vivant avec une maladie mentale à Toronto, se préoccupe des années de revenu ayant fait défaut. « C’est bien que ces personnes reçoivent davantage d’argent chaque année. Mais si nous voulons les voir dépasser le seuil de la pauvreté, il va falloir leur verser un paiement rétroactif pour les dix dernières années jusqu’à concurrence du coût de la vie actuel. »

Quant à lui, Randy Kosowich, coprésident du comité torontois de la coalition d’action du POPSH, estime « qu'il n’y a pas seulement la question de lutte pour survivre avec les prestations du POPSH, il faut aussi qu'il y ait davantage de compassion. On dirait que, sous prétexte que l’on a une maladie mentale grave, on ne compte plus, on n’a plus d’importance ». Et Randy Kosowich d’ajouter : « Certains des agents du POPSH traitent les bénéficiaires comme s’ils arnaquaient le système de santé mentale. Ils ne devraient pas les traiter comme s’il s’agissait de l’ensemble de la population. Ils devraient tenir compte de leurs besoins particuliers et traiter chacun d’eux comme des individus à part entière, ayant leur valeur propre et leur dignité ».

Zaid Mohamed, qui depuis de nombreuses années est aux prises avec la schizophrénie, reçoit des prestations d’invalidité et doit lutter pour s’en sortir avec le marché actuel des locations. « J’ai appris qu’il me fallait me débrouiller avec moins pour tout », dit-il. « Je ne m’achète jamais de nouveaux vêtements et je fais très attention à mes dépenses en nourriture. Je suis sur une liste d’attente pour obtenir un logement abordable mais, d’après ce qu’on m’a dit, il me faudra probablement attendre des années avant d'en avoir un. » Trouver un travail n’est pas forcément la solution la plus pratique. Zaid Mohammed a une certaine appréhension à chercher un emploi. « J’aimerais travailler. J’ai travaillé de nombreuses années mais, à cause de ma maladie, j’ai perdu les divers emplois que je tenais. Je n’ai vraiment pas envie de me retrouver une fois de plus dans cette situation. » 

Bryan Lefebvre, dont la schizophrénie s’est manifestée alors qu’il était étudiant, vit de la prestation du POPSH depuis 10 ans. Voici sa réaction : « J’avais travaillé trente ans, mais n’en étais plus capable ; la schizophrénie a pris le dessus. Qui sais ce que j’aurais pu devenir si je n’avais pas eu cette maladie, un médecin probablement ? Je ne serais sûrement pas en train de vivre d’un chèque de 600 $ d’invalidité pour maladie mentale. »

Sandra Pupatello, ministre des Services sociaux et communautaires, est dégoûtée par le gâchis qu’ont laissé les gouvernements de MM. Mike Harris et Ernie Eves. « Quand je pense à nos prédécesseurs et au gâchis qu’ils ont laissé derrière eux, cela me met vraiment en colère. C’est affreux, scandaleux, ce qu’ils ont pu faire, cacher des fonds et tout le reste », dit-elle. Mais Sandra Pupatello n’est pas en mesure de fournir d’indications précises quant aux changements prévus en matière de POPSH. « C’est un problème qui existe depuis huit ans. On ne peut pas le régler du jour au lendemain, surtout quand on sait tous les problèmes qui existent au niveau du Programme Ontario au travail », commente-t-elle, avant d’ajouter : «Les bénéficiaires du POPSH devraient gagner davantage d’argent et avoir accès à davantage de ressources. » La ministre mettra en application la réforme proposée par l’ancien gouvernement conservateur, avec une augmentation mensuelle de 46 $ par mois pour les bénéficiaires du POPSH. « Actuellement, nous nous occupons de mettre la réforme en application et, l’important, c’est de le faire au plus vite », explique-t-elle.

Certains croient que le gouvernement de l’Ontario va peut-être offrir une augmentation significative. D'autres craignent toutefois qui si l’augmentation est généreuse, elle risque de se faire au détriment d’un autre programme – qui très vraisemblablement affectera l’accès aux logements abordables. Dans un cas comme dans l’autre, les gens qui ont une maladie mentale en Ontario vont continuer de se voir pénaliser pour une maladie que, comme le souligne Bryan Lefebvre, « ils n’ont pas choisie. »