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Au-delà des modèles thérapeutiques

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Les thérapeutes savent-ils ce que veulent vraiment leurs clients ?

Par Kate Kitchen

Automne 2005, Vol 9 nº1

 

S’il est vrai, comme le dit John Lennon, que « la vie, c’est ce qui nous arrive pendant que nous sommes occupés à planifier autre chose », il se pourrait bien aussi que la thérapie, c’est ce qui arrive pendant que le thérapeute est occupé à suivre divers modèles thérapeutiques.

D’après TalkingCure.com, site Web de Scott D. Miller et Barry Duncan, quatre facteurs pondérés catalysent le changement en psychothérapie : les facteurs extra-thérapeutiques comptent pour 40 pour cent ; la relation de collaboration, pour 30 pour cent ; les placebos, l’espoir et les attentes, 15 pour cent ; et la structure, le modèle et la technique de la thérapie, 15 pour cent.

Or, la majorité des psychothérapeutes s’intéressent à perfectionner leurs compétences en fonction de leur modèle thérapeutique préféré. MM. Miller et Duncan rapportent que depuis le milieu des années 1960, le nombre de modèles thérapeutiques a augmenté, passant de 60 à plus de 250. J’ai moi-même étudié plusieurs de ces modèles et j’en enseigne quelques-uns.

MM. Miller et Duncan ne sauraient douter de l’efficacité de la psychothérapie ; ils peuvent citer de nombreuses études attestant du contraire ; mais ils sont d’avis que nous nous attardons trop sur les différences particulières qui distinguent chaque thérapie. Ils soutiennent que diverses approches sont à peu près aussi valables les unes que les autres, et que ce sont les similarités plutôt que les différences qui confèrent à la thérapie son efficacité. Ce qui nous ramène aux quatre facteurs mentionnés plus haut.

MM. Miller et Duncan ne disent pas non plus que nous devrions ignorer les modèles et les techniques. Mais ils pensent qu’en discutant de ce qui fonctionne en thérapie, on porte trop d’attention aux éléments qui intéressent les thérapeutes, comme les modèles et les techniques, et trop peu à l’autre partenaire du processus thérapeutique, le client. En se concentrant sur ce que MM. Miller et Duncan appellent ‘la théorie du client sur le changement’, les thérapeutes peuvent puiser dans ces facteurs extra-thérapeutiques qui comptent pour 40 pour cent du changement en thérapie.

Dans leur ouvrage The Heroic Client publié en 2002, MM. Miller et Duncan parlent de la compétence du client et encouragent les thérapeutes à lui donner le rôle « d’agent principal du changement ». Ils avancent qu’une thérapie a plus de succès lorsque les cliniciens accordent plus d’attention à ce dont le client pense avoir besoin et qu’ils suivent ce fil conducteur, laissant la sagesse du client dicter le choix des techniques.

MM. Miller et Duncan ne prétendent pas que les soins axés sur le client ne sont pas déjà pratique courante de diverses thérapies ; ils sont d’avis que les diverses thérapies pourraient être plus efficaces, non pas du fait de l’efficacité particulière du modèle ou de la technique mais parce que les cliniciens ont choisi l’une ou l’autre en fonction de ce dont le client estime avoir besoin. Les auteurs s’intéressent aux similarités plutôt qu’aux différences, car selon eux, ce sont les similarités qui sont les facteurs d’efficacité quand on étudie les modèles de changement en thérapie.

Ils suggèrent aussi de considérer ce qui fonctionne en thérapie du point de vue du client ; la théorie du client sur le changement devrait guider le travail du thérapeute, notamment la prise de décision concernant le choix des modèles ou des techniques qui pourraient être utiles. Les thérapeutes ont beaucoup de théories bien développées sur la santé mentale et la toxicomanie, et sur la façon dont les gens changent : modèles biologiques, psychologiques, comportementaux, psychodynamiques et ainsi de suite ; mais MM. Miller et Duncan estiment que la thérapie est plus efficace lorsque le thérapeute axe son travail sur la théorie du client sur le changement. Lorsque les thérapeutes interrogent leur client et cherchent à savoir ce qui, d’après lui, est la cause de ses problèmes et comment il pense pouvoir se rétablir, ils sont alors en mesure, à partir de la direction donnée par le client, d’adapter la thérapie à ses besoins propres. Non seulement les techniques peuvent-elles être adaptées au cas par cas, mais les autres facteurs qui influencent les résultats seront aussi plus forts.

La relation thérapeutique (qui compte pour 30 pour cent des résultats) est plus efficace lorsque le client se sent compris et respecté. Selon MM. Miller et Duncan, les thérapeutes peuvent également prêter l’oreille à ces facteurs extra-thérapeutiques sous estimés, qui comptent pour 40 pour cent du changement. En fait, ils conseillent d’approfondir la recherche pour obtenir plus d’information. Un thérapeute qui est à l’affût de ces 40 pour cent de facteurs sous-jacents, cherchera à repérer la mention de personnes, d’endroits et de situations vers lesquels le client pense pouvoir se tourner pour obtenir de l’appui, de l’inspiration et de l'information.

Considérer le client comme le cœur même du changement donne à la psychothérapie la qualité de collaboration qui peut permettre à un client qui souffre, de faire des démarches l’amenant à la guérison et au bien-être. Le thérapeute a aussi la possibilité d’observer le courage dont son client fait preuve en faisant ces démarches.

Les paroles de John Lennon nous rappellent que souvent, nous sommes si conditionnés par nos préconceptions des choses et de ce qu’elles devraient être, que nous oublions de les voir sous leur vrai jour. Les thérapeutes peuvent eux aussi profiter de ces paroles de sagesse. Dans leur publication The Heroic Client, MM. Miller et Duncan affirment que « Les différentes écoles de thérapie sont peut-être le plus utiles lorsqu’elles proposent aux thérapeutes des façons d’envisager des situations familières d’un regard neuf, lorsqu’elles donnent aux thérapeutes le pouvoir de changer l’opinion qu’ils pourraient déjà s'être faite sur leurs clients (p. 58 de l’anglais [notre traduction]).

 

Kate Kitchen est clinicienne en pratique avancée au sein du programme des troubles de l'humeur et de l'angoisse du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) de Toronto.

 

On porte trop d’attention aux éléments qui intéressent les thérapeutes, comme les modèles et les techniques, et trop peu à l’autre partenaire du processus thérapeutique, le client.