
Par Cindy McGlynn
Printemps 2005, Vol 8 nº3
« Se former » et « demander de l’aide » sont des recommandations d’usage pour les personnes qui vivent avec un proche ayant un problème de santé mentale ou de toxicomanie. CrossCurrents a décidé d’y ajouter des conseils pratiques proposés par des spécialistes pour aider les professionnels des soins de santé à guider les familles dans leur vie quotidienne.
Le membre de la famille (généralement la fille) atteint d’un trouble alimentaire ne doit pas diriger la préparation des repas du reste de la famille et peut avoir besoin de prendre ses propres repas à un autre moment. Selon Anne Kerr, directrice de programme à Sheena’s Place, centre de soutien de Toronto pour les personnes atteintes de troubles alimentaires : « Un trouble alimentaire peut perturber complètement les heures de repas et les interactions des membres de la famille vis-à-vis de la nourriture. C’est difficile parce que votre fille peut prendre beaucoup de plaisir à lire les livres de cuisine et à regarder les autres manger. Mais elle peut être très anxieuse en ce qui concerne les habitudes normales d’alimentation et pourrait commencer à contrôler les menus et les collations, ce qui suscitera un immense ressentiment chez vos autres enfants. C’est une situation insupportable pour tout le monde ».
Anne Kerr affirme : « Si une fille se confie à sa mère, celle-ci pourrait se prendre comme une conseillère et penser être la personne la mieux placée pour l’aider. Le parent essaie généralement de gérer la vie et la maladie de son enfant et cela se transforme en une vaste lutte de pouvoir. Les troubles alimentaires ne sont pas un problème de nourriture, mais de maîtrise et d’estime de soi. C’est pourquoi ils doivent être gérés par un professionnel de la santé ».
Anne Kerr affirme que le fait de perdre du poids est si valorisé dans notre culture que les autres membres de la famille peuvent considérer les troubles alimentaires comme une solution à un problème de contrôle du poids. Les filles peuvent voir leurs efforts récompensés et la famille entière peut finir par nier un problème très grave. Selon
Anne Kerr, « les gens banalisent les troubles alimentaires en disant ‘Moi, j’aimerais bien être un peu anorexique’, ce qui équivaut à dire ‘J’aimerais bien avoir un petit cancer’ ».
Adoptez une attitude positive à l’égard de la personne atteinte d’alcoolisme mais négative à l’égard de sa consommation d’alcool. En d’autres termes, vous devez faire preuve de soutien et d’affection mais également établir des limites personnelles par rapport aux comportements inacceptables. Le Dr Graeme Cunningham, directeur de la division Toxicomanie du Homewood Health Centre de Guelph (Ontario), suggère de dire, par exemple, « Chéri, je t’aime mais tu sens vraiment mauvais quand tu as bu, alors nous ne ferons pas l’amour si tu as bu de l’alcool! »
Assistez aux réunions d’Al-Anon, trouvez un parrain Al-Anon et suivez le programme en 12 étapes, même si votre conjoint continue à boire.
Selon le Dr Cunningham, jusqu’à 80 pour cent des alcooliques modifient leurs habitudes de consommation ou renoncent à l’alcool moins d’un an après que leur conjoint a commencé à participer à un programme Al-Anon en 12 étapes.
Le Dr Cunningham affirme que l’alcoolisme modifie les règles, les rôles et les rituels d’une famille et qu’il est important de valider les émotions des enfants en les encourageant à s’exprimer. Les parents doivent les écouter attentivement et partager leurs propres émotions à l’égard du problème.
Selon Nina Littman-Sharp, responsable du Service du jeu problématique au Centre de santé mentale et de toxicomanie (Toronto), les familles doivent savoir qui est responsable en cas de dette et comment protéger leurs biens. Elle ajoute : « Il est parfois judicieux de rencontrer un responsable de sa banque. Les membres de la famille doivent connaître les responsabilités qu’ils endossent en possédant une carte de crédit partagée ou un compte conjoint. Il peut également être nécessaire de consulter un conseiller en crédit et éventuellement un avocat ».
Selon Nina Littman-Sharp, le remboursement de la dette d’un joueur à problème ne résoudra pas son problème. Si possible, il est préférable que la personne qui a contracté la dette assume elle-même son remboursement. Cependant, si la famille du joueur souhaite offrir son soutien financier, la meilleure solution est de régler directement la facture plutôt que de donner l’argent au joueur, qui pourrait être tenté de le jouer. Nina Littman-Sharp ajoute : « Nous voyons souvent des cas où la confiance reigne toujours et où un membre de la famille peut payer la dette si le joueur jure de ne plus jamais recommencer. Lorsque celui-ci récidive, la perte de confiance peut être considérable. C’est un moment critique pour la famille et il s’ensuit des sentiments de colère, de rage et de chagrin ».
Si les problèmes sont urgents, la famille peut prendre des mesures sans la coopération du joueur à problème. Dans les autres cas, elles doivent essayer de collaborer avec la personne. Selon Nina Littman-Sharp, « vous pouvez encourager votre parent à suivre un traitement mais vous ne pouvez pas l’y obliger – c’est sa vie. Ce n’est pas en disant : ‘je vais te confisquer tout ton argent et je te suivrai partout où tu iras’ que vous résoudrez le problème ».
Selon le Dr Richard Swinson, titulaire de la chaire Morgan Firestone de psychiatrie à l’Université McMaster de Hamilton (Ontario), les parents doivent éviter d’être contraints de jouer un rôle dans les rituels auxquels s’adonne parfois la personne atteinte d’un trouble obsessionnel-compulsif pour se rassurer. Il ajoute : « J’ai vu un garçon dont la pire crainte était que ses parents meurent. Sa crainte pouvait être déclenchée par n’importe quel chiffre qu’il voyait. Par exemple, s’il s’agissait du six, sa famille pouvait mourir dans les six semaines ou six membres de sa famille pouvaient décéder. Ce garçon avait un rituel complexe qui consistait à monter cent fois les escaliers. Sa famille devait ensuite se tenir autour de lui pendant qu’il récitait une sorte de prière compliquée ». Le Dr Swinson souligne qu’il peut sembler cruel de résister au désir de rassurer la personne, mais qu’en fait, ce désir d’aider en soulageant son angoisse est inapproprié.
Le Dr Swinson affirme que la thérapie cognitivo-comportementale fait habituellement partie du traitement d’un trouble obsessionnel-compulsif. Par exemple, une personne obsédée par l’idée « d’attraper » un cancer peut se rendre dans un centre de traitement du cancer dans le cadre de sa thérapie. Il est important qu’à la suite de cette thérapie d'exposition, la famille n’essaie pas de rassurer la personne en lui disant par exemple « mais bien sûr que tu n’as pas été en contact avec un cancer. C’est absolument sans danger ». Cela peut paraître simple mais c’est difficile à réaliser.
Le Dr Swinson affirme que dans l’idéal, un membre de la famille devrait assurer le rôle d’entraîneur pour connaître parfaitement la thérapie d’un parent. Au début, l’entraîneur pourrait participer à une ou deux séances, puis ne venir qu’une fois par semaine pour le suivi afin de savoir ce que doit faire son parent pendant les six jours suivants.
Susan Hayut, psychothérapeute et éducatrice familiale dans un cabinet privé de Montréal, au Québec, affirme que si un enfant est atteint du THADA, il ne guérira pas avec l’âge. Poser un diagnostic précoce est une approche bien plus efficace que d’attendre de voir ce qui va se passer. Selon Susan, « l’estime de soi de toute la famille pâtit de l’absence de diagnostic car les enfants se culpabilisent en s’imaginant mauvais enfants et les adultes pensent qu’ils ont échoué ». Un diagnostic précis doit inclure des éléments comme un historique familial et individuel détaillé, un test du quotient intellectuel et éventuellement un test scolaire utilisant des épreuves normalisées ainsi qu’une liste de vérification à remplir par les parents, par les enseignants ou par une autre personne qui connaît l’enfant depuis de nombreuses années.
Les parents cherchant des solutions sur Internet trouveront des produits à base d'herbes médicinales, des cassettes vidéo et même des chapeaux, tous censés guérir le trouble d’hyperactivité avec déficit de l'attention (THADA) en quelques minutes. Susan Hayut déclare : « Le THADA est si perturbant pour la cellule familiale que les personnes cherchent désespérément un remède et sont prêtes à essayer n’importe quoi. Les recherches indiquent que dans la majorité des cas, la meilleure solution réside dans une combinaison de médicaments, de séances de counseling pour les parents ou les soignants et une thérapie cognitivo-comportementale ».
Avant d’être diagnostiqués, les enfants sont souvent assaillis de reproches : « pourquoi ne peux-tu pas faire ça ? » et « pourquoi fais-tu cela ? ». Susan Hayut affirme que les parents peuvent créer un environnement plus positif en encourageant une routine stable, en établissant des règles et en expliquant leurs attentes. Selon Susan Hayut, « pour ces enfants, les matins sont particulièrement difficiles. Par exemple : le parent pose des vêtements devant l’enfant en lui disant ‘c’est l’heure de t’habiller’, mais ce dernier se met à jouer un jeu électronique pendant 20 minutes et ne s’habille pas. Par conséquent, la règle doit être ‘pas de jeu électronique tant que tu n’es pas habillé’. L’attente du parent est ‘tu seras habillé à temps pour partir en voiture’. Les enfants ont besoin de ce genre d’aide pour passer une bonne journée ».
• Association canadienne pour la santé mentale, centre de ressources pour les familles et les soignants
• Children and Adults with Attention Deficit Disorder
• Attention Deficit Resource Network
• Anxiety Disorders – The Caregiver
• Service du jeu problématique, Centre de toxicomanie et de santé mentale
• Ligne ontarienne d’aide sur le jeu problématique
• Family and Friends Against Disordered Eating
• National Eating Disorders Association
• Mood Disorders Association of Ontario
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Accès aux bases de données du DART (Drogue et alcool – Répertoire des traitements), de la Ligne ontarienne d’aide sur le jeu problématique, ainsi que de Service Info Santé mentale Ontario (MHSIO).
Extraits tirés d’une revue canadienne sur la toxicomanie et la santé mentale.
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